Sous les couvertures

Je suis né sous les couvertures.
Enveloppé dans le papier.
Comme un chocolat fin.
Les livres font partie de ma vie comme l’air que vous respirez.
Je m’en entoure.
J’en consomme.
Je suis un junkie littéraire.

J’ai acheté des livres.
Emprunté des livres.
Volé des livres.

J’ai déménagé des livres toute ma vie.
Ou toutes mes vies.

Criss.
C’est quoi cette boîte impossible à lever.
Des livres.
Criss.

Livres salon.
Livres cuisine.
Livres BD.
Livres bureau.

Livre maman.

– Marc, tu pourrais ramener tes livres chez vous?

Oui. Je sais. Mais, non.

Devant la bibliothèque de ma chambre (encore présente) dans la maison de ma mère, mon doigt descend l’épine des livres. Bob Morane. Les Coq d’or. Tout connaître. Je me renseigne sur. Métal Hurlant. Fluide Glacial. Thor. Spiderman. Hugo, Sartre, Druillet, Gotlib, Voltaire, Thériault. Savard.

Des livres laissés là.

Comme ceux qui se retrouvent dans mon bureau au bureau.

Ou ceux du bureau à la maison.

Y a aussi ceux du salon.

Lus. Pas lus.

Pourquoi lui il est là et pas moi. Pourraient-ils me dire en chœur.

Je n’en sais rien.

Je sais pourquoi vous vous retrouvez avec moi.

Mais je ne sais pas l’ordre dans lequel vous serez lu.

Si vous le serez.

Oh.

Ben oui.

T’arrives dans ma vie. Tu peux te retrouver sur une tablette, pour l’éternité. Ou être dévoré en 12 heures. Tu peux traversé 3 continents. Plié en deux dans un sac à dos. Ondulé sous l’humidité d’une plage. Mourru dans la poussière sous mon lit, un signet au milieu du corps. Relu deux ou trois fois. Tu peux être passé à quelqu’un sans jamais revenir. Je vous aime, mais je ne suis pas nécessairement attaché. Comme les lettres.

Pas assez de temps.

Trop de livres à lire.

À vivre.

Je suis né sous les couvertures.

Nourri par ma passion.

Et celle les autres.

Tante Monique qui m’initie à Reiser et San Antonio à un âge où il ne faut pas lire San Antonio. Encore moins Reiser. Ces profs avec leurs lectures obligés. Les amis qui nous disent qu’il faut lire ça. Les libraires qui m’ont pushé dans les narines, des romans et des bédés. Les revues littéraires. Les quotidiens. Le web. Le criss de web. Qui te fait découvrir la littérature du Monde.

Des livres venus d’ici et là.

Achetés neufs.
Usagés.
En ligne.
Sur place.
En français.
En anglais.
En espagnol. Abandonné après 3 chapitres. Incompréhensible.

Y’a toute sorte de dépendances.

C’est la mienne.

J’ai plus de livres que j’en ai lus.

Comme disait mon amie Monique Lo: on les lira à la retraite quand on aura plus d’argent pour en acheter. En attendant, consommons ces mots imprimés sur le papier comme si c’était un parfum qui nous donnerait la vie éternelle. Fontaine de Jouvence. Fontaine de Jouissance. Surtout.

Les livres sont toute ma vie.

Je lis tout ça.

J’écris tout ça.

Sans écrire le mien.

Mon livre.

Un jour.

Oui. Oui.

Un jour.

À suivre.

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Le beau monde.

Une chaussée glacée.
Une auto qui dérape.
En tentant de l’éviter, elle dérape à son tour.
360 degrés. X 10.
Ice Capade.
Et bang.
Un impact.
La voiture à l’horizontale.
Toujours attachée dans celle-ci, écrasée au fond de son siège, elle tente de bouger malgré le mal de dos causé par l’impact.
Une voix l’interpelle.

– Tu es OK?

Vous pensez que ce sont les grands mouvements qui sauveront le monde? Les grandes remises en question. Les grands rassemblements. Les grandes causes.

Vous avez tout faux.

Ce sont des phrases comme « Tu es OK? »
Ce sont de simples gestes.
L’humanité.
L’aide.
L’autre.

Ce sont les individus, eux-mêmes, qui feront la différence.

C’est ma fille qui était dans l’auto qui a dérapé.
Quelque part entre l’Étape et Québec. Dans le Parc.
Lundi dernier.
Ma fille a fait un tête-à-queue et s’est retrouvée prisonnière de sa voiture, au beau milieu de la route. Au milieu de nulle part. Dans le froid. Toute seule.

Et puis une personne s’est arrêtée.
Et puis une autre.
À leur deux, ils ont réussi à la secourir.
À vérifier si elle était OK.
Ils ont réussi à la sortir de la voiture.
La réchauffer.
Appeler la police. L’ambulance.
M’appeler moi.
Tout en la rassurant.
La consolant.
Tout en me rassurant.

Deux étrangers.
Arrêtés malgré le froid et le danger.
Un gars et une fille qui ne se connaissaient pas qui, l’espace d’un instant, se sont improvisés duo de sauveteurs.

– Merci pour ce que vous avez fait.
– Pas de problème, monsieur et rappelez-moi si vous avez besoin de quoi que ce soit.

J’ai raccroché.
En réalisant ne jamais avoir demandé le nom de mes bons samaritains.

Quand je suis arrivé à l’Hôpital Saint-François d’Assise à Québec, rejoindre ma fille, elle m’a tout raconté. Comment ces gens se sont occupés d’elle. L’ont rassurés. En attendant les secours.

On peut parler de fraternité.
D’égalité. De tolérance.
On peut tenir de grands discours.
Dire que l’autre est important.
Dire qu’on est ouvert.
Mais quand vient le temps de le prouver, qui se lève vraiment?
Qui met vraiment ses principes en action?
Qui passe de la parole aux actes?

À mon retour de Québec, ma fille m’a texté.
Par Facebook, la fille qui l’avait aidé a communiqué avec elle.
Pour lui demander si tout allait bien.
Pour lui dire qu’elle avait pensé à elle toute la journée.

Ça m’a ému.

Les gens sont capables d’humanité dans les gestes les plus simples.

Quand les plus pessimistes diront que le monde est rendu fou.
Que le monde est à pleurer.
Que le monde est laid.
Que la planète est en guerre.
Il y aura toujours des personnes qui les feront mentir.
Qui feront la différence.
Qui placeront l’Autre en priorité.
Qui diront que le monde est beau.
Comme ces deux personnes dont je ne connais pas le nom.
Mais dont je connais maintenant la grandeur d’âme.

Merci.

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L’âge dort.

Ce blogue aura bientôt 9 ans.

Dans les quelques 500 billets parus, y en a au moins 8 qui parlent de ma fête.

Un à chaque année.

Qui parle de vieillir.

Négativement.

C’est poche de vieillir. C’est plate. C’est diminuant. Eurk.

Au-delà de 5000 mots vous vomissent la hargne que j’ai à déchirer la dernière page du calendrier.

Parce qu’en plus, je suis né en décembre. Ça fait que j’ai l’impression de vivre mon année à crédit et de vieillir à la fin de celle-ci.

Tiens, ton année est finie. Paie. Change de chiffre, bonhomme.

À mon dernier anniversaire, je n’ai rien écrit.

Niet.

Rien sur mon âge. Rien sur ma fête. Pas de mots poubelles.

J’ai fait parvenir des fleurs à ma mère pour la remercier de m’avoir mis au monde pour voir le Monde.

Bon, c’était facile puisque j’étais en Indonésie, vous me direz. Mais j’étais ailleurs les dernières années aussi.

J’étais peut-être à l’extérieur, mais j’ai eu l’impression d’être beaucoup plus à l’intérieur.

De moi.

Ce dernier voyage m’a fait constater un paquet de trucs que j’avais décidé d’ignorer. Pour toutes sortes de mauvaises raisons.

J’ai une bonne santé. Mon corps tient le coup. Un peu excessif, oui. Capable de me renverser d’aplomb. Alcoolo social. Je dors peu. Je mange bien. Même si souvent, trop. Je fais de l’exercice. Même blessé. Il y quelques méandres qui apparaissent sur mon visage. Des taches sur les mains. Des poches sous les yeux. La barbe de deux jours est blanche. Le muffin qui me sort des jeans. Mais la plupart des trentenaires que j’ai croisés, pendant mon voyage, me donnaient une dizaine d’années de moins. Take it man. TAKE IT. Je fuis moins les miroirs depuis mon retour.

Ma tête ne va pas si mal non plus. Elle est fragile. Capable de plonger dans le noir. Mais la lumière n’est jamais loin. Je suis en apnée. Je plonge, mais jamais trop loin pour ne pas en revenir. J’ai des idées noires. Mais tout autant des idées multicolores. J’imagine que tout ça s’annule. Équilibre? Peut-être. Je m’en balance. J’ai déjà vu neiger. Mes opinions sont plus grises qu’avant. Les grands débats me laissent de marbre. Je fuis les raccourcis. Je réfléchis.

Je suis privilégié. Bon, en fait nous le sommes pas mal tous ici quand on se compare au reste du monde, mais disons qu’ici, je fais partie des privilégiés. Je n’ai pas l’impression que c’est de la chance : je travaille au même rythme qu’à mes 20 ans. Soirs. Fins de semaine. Je travaille peut-être trop. Mais ma tête et mon corps le prennent bien. Et j’ai la «chance» d’aimer ça. Sinon je quitterais tout. Je suis conscient que tout ça repose sur moi. Que si je tombe malade, tout s’écroule. Que la retraite dépend uniquement des choix que je fais. Aucune organisation qui prendra soin de celle-ci. Je ne me plains pas : c’est la vie que j’ai choisi.

J’ai l’impression d’avoir atteint un point de bascule. D’avoir arrêté le temps. Que l’âge dort en moi.

Pour combien de temps?

Bof.

Qui sait.

Je suis capable de 180 degrés.

Je ne suis pas à un premier deni.

Capable de virer boutte pour boutte.

Je prends ce moment de répit.

Je me permets d’arrêter le temps.

C’est encore la meilleure façon de vieillir.

Lentement.

 

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Carte Boni-Bonheur.

Cette année, j’ai décidé de ne pas faire de carte de Noël.

C’est ça. Qui est ça. Décision unanime du PDG. Du-Petit-Des-fois-Gros.

Boom. Une autre tradition qui se perd. Encore.

Depuis mes débuts professionnels, il y a maintenant plus de 25 ans, j’ai toujours envoyé des cartes de Noël à mes clients, à mes amis et ma famille. Pour souligner notre alliance. Pour démontrer ma créativité. Pour vous divertir. Pour vous faire rire. Vous faire réfléchir.

Mais aussi, faut l’avouer, pour nourrir mon ego. Cest vrai.

Est cool ta carte. Est belle ta carte. T’es hot. Full likes.

Vous avez été fins avec moi.

Vous l’êtes encore.

Comme client, vous êtes patients. Vous acceptez que ça prenne du temps. Ce foutu processus créatif. Mais aussi ce trop plein carnet de commandes. Vous êtes compréhensifs, fidèles et importants. Vous le savez peut-être déjà, mais je vous le rappelle.

Comme amis, aussi. Tellement. Ces absences. Ces coups de gueule. Ces divergences. Mais cette fidélité. Cet amour. Cette compréhension. Dans la tempête comme au plus chaud des rayons. Plus fort que tout. Vous vous reconnaissez. Pas besoin de vous nommer. Vous êtes toujours là. Dans le mieux. Dans le pire.

Comme famille aussi. Ces enfants si loin. Mais si proches. Fierté mixée à un amour inconditionnel. Ren. Fred. Mom. Isa. Des racines fortes comme la Terre. Des valeurs plus grandes que les océans du monde. Des moments privilégiés volés à nos vies trop rapides. À rire. À pleurer. À s’aimer.

Ben, à tout ce monde-là. Qui forme mon monde à moi. Ben, y aura pas de carte de Noël, cette année. Niet.

Y aura pas de carte, mais y aura pas rien qui ne se fera non plus.

Chaque année, cette carte me bouffe du temps et me coûte de l’argent. Faut trouver l’idée. Rejeter celles qui sont poches. Affiner la bonne. Recommencer. Réaliser. Imprimer. Envelopper. Timbrer. Tout ça dans une période folle où j’ai de la misère à arrêter le temps.

C’est cool. J’avoue. Mais cette année, on va faire quelque chose d’encore plus cool. Beaucoup plus. Et plus utile. On va utiliser cet argent pour allumer autre chose que nos petits plaisirs perso: on va élargir anonymement notre cercle. On va se faire de nouveaux amis. Mais on n’aura pas le loisir de les connaître.

On investit tout cet argent et on la double dans des dons.

À des gens dans le besoin.

Des organismes.

Des fondations.

Du monde.

Des gens.

Dans le besoin.

All in.

Direct. Indirectement.

Anonymement.

Par nécessité. Par plaisir aussi. Pour faire la différence.

Un peu.

Comme on peut.

On transforme notre carte de Noël en carte Boni-Bonheur.

Des points qui feront la différence. Un peu de bonheur. Et qui sait, changeront peut-être des vies.

Merci de votre participation.

Sans vous, ça ne serait pas possible.

Sans vous, c’est peut-être moi qui recevrais ce don anonyme.

x x x

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Être aimé.

tm-marcface_80

Mes parents partagaient la même date de fête, mais à des années différentes.

Ça m’a toujours facilité la vie. Après le décès de ma sœur, je n’avais qu’à me rappeler d’une seule date  dans l’année pour couvrir tous les anniversaires de la famille.

Ne sous-estimez pas la tête de linotte d’un gars : je l’ai oublié à quelques occasions quand même.

Mais pas depuis la mort de mon père.

La petite famille étant devenue un duo familial, je n’ai plus jamais oublié l’anniversaire de ma mère.

Ma mère a 80 ans, aujourd’hui.

Ce n’est pas rien.

On en parlait dimanche, quand je suis passé souper chez elle.

– Je n’en reviens pas, qu’elle m’a dit. 80 ans. Ça n’a pas de bon sens…

Pourtant, ça en a tout plein.

Une belle petite vielle en santé. Avec des bobos, ici et là, mais rien qui ne l’empêche de vivre chez elle, dans sa maison. Une indépendante farouche comme l’était sa propre mère. Je pense avoir hérité aussi de ce trait de caractère. La solitude ne nous fait pas peur. L’angoisse de la maison vide, très peu pour nous. Ça fait râler les amis ou les conjoints, de ne pas être ennuyeux. De ne pas dépendre affectivement. Même si c’est trop souvent amalgamé à un manque d’intérêt pour l’autre. Alors que ça n’a rien à voir.

Ma mère a 80 ans et elle m’aime toujours.

Ça fait drôle de lire ça? Pourtant, c’est le plus beau cadeau qu’elle a pu me faire pendant toutes ces années.

M’aimer.

Tout simplement. Sans flafla.

Malgré les tempêtes, les démissions et les déboires. Quand j’étais loin d’elle. Quand je le suis encore, même si je suis tout près. Ma mère m’aime. Dans les moments les plus sombres, cet amour est cette petite lumière auquel on s’accroche. Le phare dans la tempête.

Ma mère m’aime.

Je ne pense pas avoir été toujours facile à aimer, mais je ne l’ai jamais senti. Son regard calme. Sa voix sereine. Même ado, en faisant de la discipline je n’ai jamais senti autre chose que de l’amour.

Pour quelqu’un qui n’a pas nécessairement une bonne opinion de lui-même, un amour inconditionnel, c’est du fuel de vie.

On pense, à tort que l’amour d’une mère ou d’un père, c’est inné, que ça va de soi, mais ce n’est pas toujours le cas. Les carences d’amour font beaucoup plus mal qu’une maladie. C’est difficilement traitable et ça laisse des séquelles.

Je n’hériterai pas d’un commerce ou d’une fortune.

Mais de beaucoup plus encore.

D’avoir été aimé.

D’être aimé.

Malgré tout.

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Je suis revenu.

tm-stampJe suis revenu.
Encore.
Au pays.
À la maison.
Sur ce blogue.
Je reviens toujours.

Je suis revenu.
Mais pas vraiment.
J’ai l’impression de laisser un petit peu de moi partout où je vais.
C’est peut-être pourquoi je reviens difficilement.
C’est peut-être pourquoi je pars si souvent.
Les voyages forment la jeunesse.
Les voyages déforment la vieillesse.
Les voyages m’enivrent.
Les voyages me font vivre.
Même si je meurs au retour.
Je reviens toujours.
Mais pas vraiment.
En fait, je ne sais pas trop.
En fait, je ne sais rien.
J’ai pourtant l’impression d’en apprendre tous les jours.
Plus j’avance et plus je sais.
J’ai pourtant l’impression de ne rien savoir.
Plus j’avance et moins je ne sais.

Je reviens de voyage.
J’ai les yeux qui chauffent de tout ce que j’ai vu.
Bu. Mangé. Appris. Lu. Envié. Détesté.
Mettez tous les participes passés que vous voulez. Ils y sont tous.
Même ceux que je ne connais pas.
Je les ai peut-être oubliés.
Je les ai peut-être simplement oubliés.
Tout simplement.
Entre deux escales.
Par conviction.
Par lâcheté.
Parce que je sais.
Parce que je sais crissement pas.
Parce que je m’en fou.
Parce que.

Je suis revenu.
Comme à l’habitude.
Ça sentait le pas habité chez moi.
C’était comme quand j’ai quitté.
Le lit défait.
Du lavage à faire.
Un lave-vaisselle plein.
Oui. Oui. Propre le lave-vaisselle.
Mais le reste.
Pas du tout.
Inhabité.
Moins que mon sac à dos.
Y a rien que je n’ai laissé chez moi que j’ai retrouvé avec joie.
Peut-être les livres nos lus.
Que j’aurais trouvé ailleurs.
Anyway.
Plus j’avance, je réalise que tout ce qui importe est dans mon sac à dos.

Je suis revenu.
Avec des comptes pleins la boîte aux lettres.
Au bureau.
Comme à la maison.
Avec moins d’argent.
Moins riche.
Plus riche pourtant.
Je suis revenu sans revenu.
Je suis revenu.
Au Québec.
Oui.
Revenu.
Québec.
Oui, oui je suis revenu au Québec, Revenu Québec.

Je suis revenu.
Plein.
La gueule.
Les yeux.
La bouche.
La tête.

Mais je ne suis pas vraiment là.

Ne le dites pas à ma mère.
Ne le dites pas à mes enfants.
Ne le dites pas à mes clients.
Ni à mes amis.

Mais je ne suis pas vraiment là.

Pas vraiment.

My body is over the ocean.
My body is over the sea.

Oui. Oui. Je sais que la chanson, ce n’est pas my body, mais c’est my bunny.
My bunny is over the ocean.
My bunny is over the sea.
Mais my bunny était avec moi.

Je suis revenu.

Mais quand j’étais ailleurs, j’ai beaucoup pensé à Cricri.

Christine.

Un peu partout où je suis allé.
J’ai eu l’impression de l’avoir amené avec moi.
Je sais qu’elle aurait aimé voyager comme je le fais.

Je le sais.

Elle me l’a dit quand on a soupé ensemble.
Je lui ai dit : tu adorerais. Pis elle as dit : oui.

Mais elle est partie.

Boum.

Sans moi.

Comme dans un clignement d’oeil.

J’ai pris 10 vols d’avions en 20 jours.
J’ai passé les nuages 10 fois.
En 20 jours.
J’en ai vu des invitants à l’envier de s’y coucher dedans.
J’en au vu des noirs à la plaindre de s’y vautrer.

Je n’en ai vu aucun où elle était.

Je suis revenu.
Mais elle n’est toujours pas là.
Et elle n’y sera jamais plus.
Et moi, je repartirai.
Je repars toujours.
Et je reviendrai.
Je reviens toujours.
Mais elle ne sera jamais là.

Jamais.

C’est beau la vie.
C’est poche la vie.
C’est beau la vie quand tu parcours le monde.
C’est poche la vie quand elle n’y est pas.

Je suis revenu.
Mais Cricri n’y est plus.
Mais moi je suis là.
Même si j’y suis pas.
Mais, je  reviens toujours.

Toujours.

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Cottonnelle®

TM-Marcface-shitHier, j’ai ouvert mon iPad pour écrire un peu.

En voulant revisiter quelques brouillons, j’ai réalisé que, pouf, ils avaient tous disparu. Où? Je n’en sais rien.

Une trentaine de textes. Des idées. Des mots alignés. Des mots perdus. Disparus dans les nuages. Dont un texte plus important, de plus d’une cinquantaine de pages. Un début de roman. Un squelette. Une galette écrite y a plus de 6 mois, sous les conseils d’une blonde comète, que j’avais laissé dormir quelque part où seul Apple™ connaît le lieu. Pour y revenir un jour. En vain.

Sur le coup, j’ai paniqué. J’ai fouillé partout dans mon iPad. Redémarrer. Réinstaller.

Mais je n’ai rien retrouvé.

Rien.

En fixant la clignotante barre d’insertion qui me narguait, j’ai fermé le iPad, je l’ai déposé sur sa charge et je suis allé me glisser sous les draps. Résigné. Mais pas découragé. Même pas eu le goût de faire des ricochets de iPad sur le plancher de béton. J’ai fermé les yeux. Et j’ai dû m’endormir dans les secondes qui ont suivi. Les insomniaques ont la fabuleuse facilité à s’évanouir. Pour quelques heures. Malheureusement.

Je pense qu’il n’y a jamais rien qui arrive pour rien.

Oubliez tout aspect de résilience de ma part : ce texte était de la merde. Tout simplement. De la crotte sur le papier. Juste bon à jeter. Dans les nuages. Des mots dans le Cottonelle®. Normal qu’il aie été flushé quelque part entre Chicoutimi et Cupertino.

C’est mieux comme ça.

Facile de penser que ce qu’on fait est toujours édifiant. C’est rassurant. Mais c’est se mentir à soi-même. Y a des jours où il faut seulement réaliser qu’on a fait fausse route. Qu’on était pas à la hauteur.

Je suis dans un métier qui me le rappelle souvent.

Je n’aime pas. C’est mauvais. C’est de la merde.

Ça ne me plaît pas. Ce n’est pas ce que j’anticipais. Vous êtes dans le champ.

Bon, c’est rarement aussi direct. Les clients ont souvent plus de tact, mais ça veut dire la même chose : tu t’es planté. Ne tournons pas autour du pot. Laissons de côté les points positifs, si vous voulez. Ne m’épargnez pas. SVP. Il n’y a rien de pire que de ressortir du positif d’une merde. Votre concept, c’est de la merde, mais y a des points positifs à retenir. Ha oui?

Venez pas m’secourir. Venez plutôt m’abattre. Pour m’empêcher d’souffrir.

De la merde. Je vous dis. Flush. Bye bye M.Hankey.

Désabusé? Pas une minute. Je suis détaché. Tout simplement. Je sais faire la différence entre ce que je suis et ce que je fais. L’auteur et l’oeuvre. Être capable d’humilité est une grande qualité. Pour un artiste, un effort.

Y a un côté positif de se retrouver devant la page blanche de mon iPad. Le champ libre. L’idée que tout est à inventer. Les doigts crispés devant cette clignotante barre d’insertion que je nargue à mon tour. Comme un coureur qui attend le coup de feu. Prêt à exploser sous les starting-blocks.

À espérer le meilleur.

Et la merde, aux autres.

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La vie des autres

TM-Marcface-autresLa vie.

Certains la veulent tracée sur une autoroute balisée avec de l’asphalte neuf, des arbres en plastique et des arrêts prévus pour faire pipi. D’autres empruntent des chemins hasardeux, peu éclairés, parsemés de nids de poule, quitte à faire pipi sur le bord de la route. Certains veulent que ça brasse. D’autres, le moins possible. Certains se posent des questions à l’infini sans y répondre. D’autres ont toutes les réponses, même aux questions qu’ils ne se posent jamais.

Mille-et-une façons de vivre. En famille. Seul. En couple. Mal marié. Veuf. Reconstitué. Destitué. Décimé. Traditionnel. Mixte. Dispersé. Divisé. Autant de modèles que de gens différents.

La vie est belle. Surtout la sienne.

Celle des autres? C’est moins limpide.

Les médias sociaux sont une fantastique fenêtre pour réaliser à quel point, la concept de vie est relatif à chacun. Que les différents types d’existence se croisent et s’affrontent. La sempiternelle notion des bons et des méchants.

Soi. Et les autres.

Y a ceux qui vivent une vie qu’ils détestent, mais qui ne font rien pour la changer. Continuant à se mentir à eux-même, une errance à égrainer des jours qui ne reviendront jamais. À croire à ce bonheur édulcorée, même si c’est une matière synthétique sans goût qu’ils continuent d’ingurgiter chaque jour.

Il y a ceux qui jugent que leur façon de vivre est un exemple. Que les autres font fausse route. Un modèle unique. Sans failles. Un bonheur à sens unique.

Il y a ceux qui vivent par procuration. Abonnés aux vies des autres. Se gargarisant du malheur des uns. Se méfiant du bonheur des autres. Prophètes de malchance, partageant à qui mieux mieux leur pernicieux venin à défaut de vivre leur propre et souvent triste existence. Faut pas se leurrer, les gens qui s’occupent plus de la vie des autres que de la leur, sont avant tout malheureux. Se délecter des épreuves des autres n’est-il pas le geste le plus abominable qui soit?

Il y a les gérants d’estrade. Qui n’ont pas d’enfants, mais des idées arrêtées sur la façon de les élever. Qui n’ont jamais eu à vivre de deuil, mais qui jugent que les gens s’apitoient sur leur sort. La vie des autres dérange. Surtout quand elle est différente de la vôtre. Ou qu’elle vous fait envie. C’est plus facile de détester un truc que vous pensez inaccessible que d’admettre qu’au fond de vous, vous le désirez.

Ma vie n’est pas mieux que la vôtre. Elle n’est pas pire non plus.

Mais c’est celle que j’ai choisi. Un peu.

La vie des autres, c’est surtout l’avis des autres.

Par rapport à soi.

Je n’en ai rien à foutre de la façon dont vous vivez votre vie.

Laissez la mienne tranquille.

 

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Facebeurk.

TM-Marcface_colereMange de la marde.

Fuck you.

Meurs.

Tu mérites que ça.

Criss de con.

Il est beau notre monde.

Surtout dans les médias sociaux.

Facebeurk. Twitteurk.

140 mauvais caractères. 50 nuances de brun.

Tous ces propos dénigrants. De part et d’autre. Toute cette agressivité de moins en moins retenue. Des mots à saveur de vomi. Des dialogues de violence. Du vitriol sous la langue. Des mots qui frôlent plus les fesses que l’esprit. Tous ces propos absents d’intelligence.

Et tout ça au prix de la vérité.

Ho bien oui.

Parce que c’est bien de ça qu’il est question. La vérité.

Vous la détenez tellement qu’elle vous donne le droit de la cracher à la gueule du premier qui vous contestera. Vous videz de pleins chargeurs de propos haineux sur les gens qui osent avoir une opinion différente de vous. Vous les abattez au prix de votre vérité.

J’ai le droit de te traiter de con. Parce que j’ai raison. Et pas toi.

Toute cette haine me dégoute. Tout ce dénigrement justifié.

Ce n’est pas les idées différentes des miennes qui me font capoter. C’est de la façon dont vous les exprimez. Cette manière désinvolte de désamorcer la violence. De la légitimer. Mes idées sont tellement nobles que j’ai droit de te les chier dessus. J’ai tellement raison que c’est normal de traiter de tête de noeud. Vraiment?

Je me rappelle la première fois où j’ai aperçu une affiche, près d’une caisse dans un grand magasin, qui disait qu’aucune violence verbale ne serait tolérée. J’avais été surpris. Faut vraiment écrire ça? Faut vraiment rappeler aux gens, l’importance de communiquer de manière polie? Faut rappeler aux gens qu’une serveuse de restaurant n’est pas l’unique raison d’un retard, qu’elle fait partie d’une chaîne et que de s’en prendre à elle quand ça se bouscule en cuisine, ne règle rien. Faut vraiment rappeler aux gens que le caissier qui te fait payer n’a aucun pouvoir sur le prix de l’objet que tu achètes et que le vilipender n’en fera pas baisser le coût.

À la blague, quand je suis au volant de ma voiture et qu’un automobiliste me dépasse de façon abrupte, je fais souvent semblant de lui crier : hey le sauvage, tu ne sais pas vivre!!! Ça me fait rire. De penser que mon intervention n’est pas plus brillante que son geste.

Nous vivons une époque de cynisme qu’on attribue trop facilement à de la critique constructive.

Internet pullule de sites de parodies. Ridiculisant les gens à gauche et à droite. Souvent des grossièretés rendues sous le couvert de l’humour. L’humour pardonne les propos injurieux. «Mange de la marde, madame, va chier, madame, c’est une joke, madame» parodiait Paul et Paul (Claude Meunier, Serge Thériault et Jacques Grisé) dans leur disque Remi AM/FM. C’est une joke, madame. Ris. Même si je t’envoie promener. Comme flatter avec un gant de crin. C’est toujours plus drôle de rire des autres que de soi.

Le désabusement face à la société rend les gens intransigeants entre eux. On n’est plus au niveau des idées, mais de celui de qui te les poussera le plus loin dans la gorge. À coups de tabarnac de con. À coups de vérité absolue.

Je pense que la violence est l’arme des faibles.

Je pense que l’injure est un manque d’arguments.

Je pense qu’haïr les gens te fait plus de tort à toi-même qu’à ceux que tu hais.

Je pense que l’ultime vérité n’existe pas.

Je pense qu’une langue dans le vinaigre, c’est simplement dégueu.

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Des mots qui frappent plus qu’une cuiller de bois.

TM-Marcface-decevoirEnfant, je n’ai jamais subi de violences de la part de mes parents.

Ni physiquement. Ni en paroles.

Jamais fait traiter de noms. Jamais reçu de claques derrière la tête. Ma mère m’a raconté qu’un jour, elle m’a donné une tape sur les fesses, mais que c’est elle qui avait pleuré. Moi, je ne me rappelle de rien. Ça donne une idée des séquelles que j’en ai gardé.

Mes parents étaient fermes et autoritaires sans toutefois être trop sévères. En fait, mon père parlait peu. C’est ma mère qui faisait la discipline. L’absence de parole du paternel était pourtant beaucoup plus inquiétante: elle nous faisait craindre le pire. S’il fallait qu’il parle. Watch Out. Ma mère, comme bien des mères des années soixante-dix nous servait, à ma sœur et moi, lorsque nous étions turbulents le classique «attendez que votre père arrive». Ces cinq mots avaient l’effet d’arrêter le temps. D’assombrir le ciel. Soulever le vent. Balayer les feuilles mortes. On pouvait apercevoir la tempête venir de loin. Non! Maman, pas ça!!! On arrête, promis!!! La crainte fait souvent plus mal que le réel.

C’était un des deux trucs ratoureux de ma mère. Elle ne disait jamais rien à mon père, mais on ne courait pas le risque. Au cas. On roulait sur la peur. Sur l’inattendu.

Son autre artillerie lourde, la pire de ses tactiques de destruction massive je dirais, celle qui me faisait fondre le coeur comme glace au soleil était de balancer la phrase «Marc, tu me déçois tellement…»

Ouch.

Décevoir. Sa propre mère. Ses parents.

Tu fais une connerie, OK. Tu n’es pas fier, OK. Tu risques une punition, OK. Si la faute est si grave, une claque derrière la tête, OK. Mais pas ça. Pas se faire dire : tu me déçois. Non. Pas ça. Frappe-moi. Tiens, la cuiller de bois. Non? Tu ne veux pas? Siouplait. Ça ferait moins mal.

Pas de farces. Bien sentie, cette phrase, à elle seule, avait le pouvoir de rendre dociles, les gringalets d’adolescents que nous étions.

Je me rappelle un voyage de gars en auto, où nous racontions des anecdotes de jeunesse. Trois gars dans leur milieu de quarantaine qui exprimaient unanimement comment cette phrase pouvait avoir l’effet d’une bombe quand elle leur était crachée par une personne aussi importante que sa mère ou son père.

Décevoir.

Décevoir les gens importants à ses yeux.

Le degré d’importance de la déception engendrée est égal à l’importance que vous attribuez à la personne que vous décevez.

Un compagnon de travail vous dit qu’il est déçu par l’horaire que vous avez établi. Bof. Un client se dit déçu de ton service, ça dépend de la relation que tu entretiens avec celui-ci. Mais si un de tes proches amis se dit déçu de ton attitude quand tu fais un truc. Ça vient te chercher. Directement. On n’aime pas décevoir. À moins d’être complètement détaché ou insensible aux répercussions de ses propres actions, ce qui est plutôt rare quand on respecte la personne à qui l’on s’adresse.

J’ai encore beaucoup de misère à gérer les déceptions autour de moi.

Les gens que j’aime et qui m’entourent ont cette facilité à me faire sentir mal quand je pense que je les déçois par mes paroles ou mes agissements. C’est fou, hein? Encore aujourd’hui, avec le bagage acquis et la maturité, je fonds comme un petit kid qui se fait prendre la main dans le sac.

Est-ce bien, est-ce mal? Je n’en sais trop rien. Donner aux autres, même si précieux soient-ils, autant de latitude sur soi est téméraire. Comme donner sa carte de crédit, son NIP et les trois chiffres vérificateurs, en disant : sers-toi, y a pas de limite, anyway. Donner la clef de voûte de son coeur. À manipuler avec soin.

Ça vous arrive aussi? Vous avez ce principe (où cette tare, ça dépend ou vous créchez dans votre philosophie par rapport aux autres) en vous?

Si vous l’avez, vous me décevez un peu.

Si vous ne l’avez pas, vous me décevez vraiment.

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