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    Réflexion

    Chroniques sénégalaises 07 – Le prix


    Combien vaut une vie humaine?
    Vous vous êtes déjà posés la question? Moi, ça m’obsède depuis que j’ai remis les pieds au Sénégal, il y a maintenant deux semaines. Ne me dites pas que la vie, ça ne se compte pas. Tout se compte. Tout est monnayable de nos jours. Même l’amour. Alors, s.v.p, donnez-moi un chiffre.

    Si vous en êtes incapable, laissez-moi vous aider un peu dans vos calculs. Lors de notre première journée de clinique, un jeune homme s’est présenté avec un œil déformé de la grosseur d’une boule de billard. Après investigation, une simple morsure obtenue lors d’une dispute avec son jeune frère a dégénéré avec le temps. Par négligence, mais surtout par manque de moyens, ce stupide incident s’est transformé en tumeur cancéreuse. Prix pour l’opération à Dakar : 100$. Vous vous doutez bien que ce jeune homme et sa famille n’ont pas cette somme. Sans être devin, il est facile de prédire qu’à court terme, il perdra son œil et que cette tumeur ne s’arrêtera pas là. Conclusion, une centaine de dollars suffiraient pour que sa qualité de vie s’améliore. Cent stupides dollars. Une paire de jeans. Un plein d’essence. Un mois de cellulaire. Pour une vie. C’est simple comme calcul. Comme le fait Liam Neeson dans son interprétation d’Oskar Schindler dans le film de Spielberg sur sa fameuse liste, quand il réalise le nombre de juifs qu’il aurait pu encore sauver en regardant ses bagues et sa voiture qu’il avait conservées. Mais nous ne sommes pas devant un écran avec du popcorn, mais devant ce bonhomme avec un œil qui veut lui sortir de la tête.

    Voici donc notre réalité, ici, à Thiaré.

    Chaque jour, des pathologies bénignes, pour la plupart si faciles à guérir chez nous, se transforment lentement en malaises plus importants pour des centaines, voire des milliers de gens. Rarement pour des sommes astronomiques. Des médicaments à 10$, 20$, 50$. Des interventions chirurgicales du même prix. Dérisoire. Mais y a rien de drôle là-dedans. Rien.

    Un étudiant me faisait remarquer qu’il avait perdu l’appétit quand il a réalisé que nos restes de table finissaient dans les assiettes de certains employés du dispensaire. Qu’il avait l’impression que de manger leur enlevait de la nourriture. Une infirmière a fondu en larme quand elle assisté à l’accouchement d’un mort-né causé par un manque de suivi de grossesse. Plusieurs de nous réalisent, chaque jour, que la vie est injuste. Nous réalisons que la vie à un prix, mais n’a finalement aucune valeur sauf celle qu’on lui accorde. Si je suis capable de payer les 100$ qui me permettrait de survivre, est-ce que ma vie vaut plus que quelqu’un incapable de le faire? Serais-je si important dans l’Histoire pour que moi, je puisse me faire opérer plutôt qu’Elage, Ousman ou Bâ. Ma vie a-t’-elle vraiment plus de valeur que la leur?

    Oui la misère est mondiale. Des villages comme Thiaré, il en existe des milliers éparpillés sur le globe. Des villages ou la vie tient à rien ou si peu qu’on pourrait la sauver ou l’améliorer avec quelques moyens.

    À plusieurs reprises, nous avons voulu nous cotiser pour payer une intervention ou médicament spécialisé, mais nous ne pourrons pas tout réglé et créer des attentes que l’on ne pourra pas toujours combler serait encore pire. Nous tentons du mieux que l’on peut de panser et ce que nous faisons est important, mais nous réalisons bien que c’est le minimum. Que notre retour à la maison laissera cette population comme elle était avant qu’on y foule les pieds. Que les sentiments d’impuissance et de résilience auxquels nous faisons face nous suivront encore longtemps dans notre confort.

    C’est le prix à payer quand tu t’embarques dans ce genre d’aventures. Un prix difficile à évaluer. Le prix de la vie.

    Chroniques sénégalaises 05 – Le temps



    Le temps s’est arrêté quelque part à 200 km de Dakar au Sénégal, dans un village nommé Thiaré. Ici, le quotidien s’installe tranquillement. Nous nous transformons petit à petit. Notre rythme de vie rapide est de plus en plus derrière nous. Hier, j’ai passé presque 2 heures dans la salle d’attente de la clinique à ne rien dire. À simplement observer ces gens qui attendent qu’on les appelle pour nous rencontrer. En silence. J’ai observé leurs gestes lents, leur sérénité. Tout ici respire la résilience. On ne combat pas le temps. On ne cherche pas à l’apprivoiser, encore moins de l’étirer; le temps dévient une matière immuable comme l’air que l’on respire. Un simple bonjour est une discussion interminable où on s’informe de nos familles mutuelles. Un bonjour ne se limite pas à sept petites lettres anodines, mais à une notion beaucoup plus importante, celle de prendre le temps de marquer l’importance d’une rencontre.
    Deux heures, ça représente le temps qu’il faut pour filtrer les 120 litres d’eau que notre équipe ingurgite chaque jour. Pendant ces deux heures, l’eau passe dans le tuyau du sac de filtration comme le sable dans le sablier. Pourtant l’eau est l’antonyme du temps. Autant le temps n’a pas d’importance, autant l’eau est indispensable à notre survie. Nous buvons nos gourdes à satiété, jusqu’à la dernière goutte, et ce, même si celle-ci est chaude. Cette eau propre est notre meilleure garantie contre la maladie. Il faut souvent être privé d’un truc banal pour en apprécier toute sa valeur. L’eau rime avec or.

    Si l’eau est le premier élément indispensable, la merde arrive deuxième. Très très près. Ne riez pas. Notre cœur nous a fait venir ici, mais ce sont nos intestins qui nous permettent de l’apprécier. Ça me rappelle un numéro d’humour de Roland Magdane dans lequel tous les organes humains se disputaient le rôle le plus important du corps. Le cerveau se vantant d’être l’organe suprême tandis que le cœur, celui qui nous permettait de vivre. À la fin, le trou de cul décidait de cesser de fonctionner provoquant un problème majeur au niveau du corps entier. Ici c’est pareil. Notre force et notre moral passent par la bonne marche de nos intestins. Tous nos malades le sont par le cul. Quand tu passes ta nuit à courir les toilettes, tu ne peux pas être alerte le lendemain. D’où l’importance de l’eau et de notre salubrité. Vous riez encore? Allez péter. Et profitez-en. Car ici, c’est un autre luxe dont on se prive.

    En vrac
    Sur la route de Kaolack, un panneau publicitaire du réseau cellulaire Orange titrait «Vous rêvez d’une meilleure vie?». Comme si un cellulaire avait les vertus pour changer le destin des gens. Comme si posséder un téléphone irriguait la faim et la pauvreté. Y’a des jours où mon métier de publicitaire me lève le cœur…

    Le courriel à tué le courrier traditionnel. On ne s’écrit plus de lettres. On pense rapidement, nos missives arrivant à la seconde où elles quittent nos ordinateurs. Alors quand nous avons croisé un marchand de cartes postales, plusieurs de nous sommes tombés sous le charme de cet ancien dada. Comme sur Facebook, nos messages à nos proches sont lus par un paquet de gens; comme Twitter, nos écrits sont limités par un nombre de caractères, selon la grosseur de notre calligraphie, mais le simple fait de l’écrire à la main rend le geste à limite du romantisme.

    Chroniques sénégalaises 03 – En route

    Avertissement, dans ce billet, les fautes de frappes ou de français seront nombreuses, mais explicables. Je tente d’écrire péniblement dans l’autobus qui nous amène à Kaolack, dernière escale avant Thiaré. Les vapeurs du diesel sur la route mixée au balancement déficient des pneus du véhicule expliquent pourquoi certains d’entre nous sont sur le Gravol. Pour danser sur les rythmes africains que nous crache la radio, à plus de 50 km, notre bus a développé des symptômes de Parkinson, nous faisant sauter sur nos sièges. La route avec ses énormes nids de poules nous rappelle notre patrie. C’est pourquoi ce voyage de moins de 200 km devrait nous prendre plus de 5h à réaliser. Sur la route, nous croisons d’autres transporteurs, des camions remplis à rebord. Lors de nos arrêts fréquents, les vendeurs de cartes d’appels cellulaires et de friandises nous sollicitent de toute part. Entre les bourgades, les décors se ressemblent, les bâtiments en ciment se succèdent sur cette terre rouge où des baobabs sans feuilles souffrent du manque d’eau de la saison sèche. Ce n’est pas notre cas, nous prenons soin de nous hydrater, c’est le meilleur moyen pour nous de rester en santé. Chacun de nous doit prendre sa ration, aucune chance d’y échapper.

    Sur notre chemin, la plupart des affiches publicitaires autrefois réservées aux grandes marques nationales ont cédé leurs places aux candidats à la présidence. Le gars de pub en moi constate que le président actuel a le plus gros budget de placement, ses panneaux sont plus énormes et plus nombreux que ses adversaires. Fin de la parenthèse professionnelle. Déformation oblige.

    Nous sommes suivis par un autre bus, rempli de nos 1500 kg de valises. Notre croix depuis le début du périple. Nous avons bardassé ces valises à nous en écoeurer. De Chicoutimi à Dakar, en passant par Paris, d’aéroport en aéroport, d’autobus en autobus, de bâtiments à bâtiments. À nous en briser le dos. Pleines à craquer de médicaments ou de matériel de soins. J’aimerais d’ailleurs remercier certains de nos donateurs qui nous ont permis d’en emmener autant. Permettez-moi de les nommer, grâce à eux, notre aide sera tangible: mes amis Louis Doucet, Réjean Bédard, Marjorie Bilodeau, Marielle Couture et moi-même; la famille de Chantale Deschênes, notre chef de mission, Mona, Linda, Stéphane et Éric, Geneviève Gignac, Karine et Véronique Chantale, ses amies Sonia Patry, Claudia Morissette, Marthe Lespérence; j’espère ne pas en oublier. Sachez que les Sénégalais, eux ne vous oublieront pas.

    Nous arriverons en fin de journée à notre destination finale, Thiaré. On nous attend, pour la cérémonie des valises et notre baptême (voir mon texte de l’an passé). La journée de demain sera réservée à la préparation de la clinique pour une ouverture, le surlendemain. On a hâte.

    En vrac
    Les Sénégalais aiment rire. Ils ont d’ailleurs eu, en novembre dernier, la première édition du Festival du rire de Dakar. En parlant de blague, notre guide sur l’Île de Gorée avait un bon sens de l’humour. Nommant « Sénégaulois », les Français, encore très présents ici (le Sénégal étant une ancienne colonie, indépendante depuis 1960) et parlant de « rhume de fesses » pour décrire la diarrhée.

    Chroniques sénégalaises 02- «Je serai candidat»


    Voilà c’est officiel, Youssou en fera partie.

    Le chanteur sénégalais Youssou Ndour a annoncé lundi soir qu’il sera candidat à l’élection présidentielle de février au Sénégal. Ce n’était plus un secret pour personne, à la fin novembre il avait mis la puce à l’oreille aux journalistes en mettant en veilleuse sa carrière de chanteur pour se consacrer à des projets d’ordre politique.

    Ils seront plus d’une vingtaine de candidats à faire la lutte au président sortant Abdoulaye Wade. Agé de 85 ans, l’homme est au pouvoir depuis 2000. Il a été réélu en 2007 pour cinq ans et se représente pour un nouveau mandat de sept ans après une modification de la Constitution rétablissant le septennat. Le pouvoir est une drogue forte. Surtout en Afrique.

    Comme je ne suis pas encore débarqué (j’écris ce billet depuis l’aéroport Charles-de-Gaulle) je ne suis pas en mesure de vous parler de la perception directe des Sénégalais, par rapport à la candidature de N’Dour. Mais déjà, sur les réseaux sociaux, on s’enflamme de part et d’autres. J’ai d’ailleurs été surpris de lire les arguments des détracteurs, tout comme que ceux de ses fans.

    Pour certains Sénégalais, la fonction de président est une tâche beaucoup trop sérieuse pour la confier à un griot (en Afrique, personne appartenant à la caste des poètes et musiciens, héritiers de la culture orale). On reproche à N’Dour de ne pas avoir d’expérience et surtout aucun diplôme. On voit aussi d’un mauvais œil, le fait qu’il soit riche. C’est drôle de lire ce genre de truc, alors qu’on vit la même chose chez nous. La crainte des gens riches…

    Dans la presse en ligne dakaroise, on dit que sa décision de se présenter est plus populaire à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Il faut dire que le chanteur à toujours eu bonne presse au niveau international par rapport, à ses projets de micro-crédit et de chaînes spécialisées jumelés à ses multiples spectacles bénéfices.

    Bien hâte de sentir le pouls de la population à ce sujet…

    Iphonetrip.com
    Dans ce périple, j’avais fait le choix de ne pas apporter mon portable, mais uniquement mon iPad. Pour me divertir, bien sûr, mais avant tout pour écrire ce blogue. Lors de mes recherches sur le net pour trouver une façon de pouvoir me connecter via un réseau 3G, je suis tombé sur un site (iphonetrip.com) qui vantait la possibilité de se connecter partout dans le monde pour la modique somme de 7,95 $ par jour. À ce prix-là je me suis dit que le risque en valait la chandelle. J’ai commandé ma carte micro-sim en spécifiant mes dates de départs et lieux visités, un dimanche apres-midi. Jeudi matin suivant, FedEx arrivait avec l’enveloppe contenant le Saint-Graal. Comme il m’était impossible de savoir si cela fonctionnait avant mon arrivée à Paris, j’ai suivi les indications et remplacer ma carte Rogers par la nouvelle. En débarquant à CDG, mon iPad s’est automatiquement connecté et j’ai reçu un courriel de confirmation de Iphonetrip.com. Bon je sais que le vrai test sera lors de mon entrée en brousse, mais je peux vous dire que dès maintenant, cette option fera dorénavant partie de mes essentiels lors de mes prochains voyages. À suivre.

    > Crédit-photo : REUTERS/Valentin Flauraud

    Chroniques sénégalaises 01- le retour

     
    Voilà. Ma valise est fermée. Pleine à craquer. J’ai dû la peser, défaire, peser, refaire, peser, prioriser, repeser pour arriver au nombre de kilos permis. Faut dire qu’avec une tente, un sac de couchage et tous ces trucs aussi banals, mais plus qu’essentiels, comme du papier-cul, il te reste peu de place pour tes affaires personnelles. Que l’essentiel. Depuis plusieurs jours déjà, sur la page privée de Facebook réservée au stage, les étudiants se lamentent sur le dépassement de poids ou leur manque d’espace de leurs valises. Difficile de laisser derrière soi ce confort nord-americain. Difficile d’abandonner nos habitudes de riches. Ce bien-être acquis sans trop d’effort. Disons que c’est notre toute première épreuve. Si on peut appeler ça ainsi. Misère des riches. 
     
    Le danger de comparer  
    Quand je voyage je n’aime pas retourner aux mêmes endroits. Si je le fais, je tente par tous les moyens de ne pas visiter les mêmes lieux, choisir les mêmes restaurants. Je déteste la routine. Au risque de me tromper. Pourquoi? Premièrement, j’aime beaucoup l’imprévu, j’aime voir ce que le destin me réserve et comme il est rarement possible de recréer une première expérience, vaut mieux garder ce souvenir que de tenter en vain de recréer ces hasards de la vie. Comme manger à ce restaurant découvert par dépit parce qu’on s’est fait prendre par la pluie. Ce même restaurant auquel on aurait jamais songé dans une autre situation. Y retourner, briserait ce charme créé pour l’occasion. Deuxièmement, y a tellement de trucs à voir, faire, manger, lire que je ne comprends pas l’idée de refaire ce qui a déjà été fait. La jouissance de la découverte l’emportera toujours sur le confort du déjà-vu. Et finalement, n’est-ce pas l’essentiel-même du voyage que de se laisser aller et de ne surtout pas se blaser? 
    Mais voilà que je retourne au Sénégal. Dans ce même petit village qu’est Thiaré. Dans ce même dispensaire de santé, un an plus tard, presque jour pour jour. Avec des étudiants et des bénévoles. Le danger de refaire les mêmes gestes me guette et ça me fait peur. Vigilance. 
     
    Lego vs. L’égo  
    De 18 intervenants, l’an passé, notre groupe est passé à 31 cette année. Avec tout ce que ça comporte comme logistique. Comme les infrastructures d’accueil demeurent les mêmes, ce sont les personnes qui devront s’adapter aux lieux. Mais tout ça, c’est physique et mathématique et par le fait même facile à régler. Facile à matérialiser. Assoir et servir à bouffer à plus de personnes, comme pour les faire dormir à quelque part, ça ne représente pas un grand défi. Un jeu d’enfant. Comme des blocs Lego. 
    Ça sera différent pour notre bloc personnel, l’égo. Chacun des participants débarqueront avec des idées, des aspirations et surtout un bagage de vie très différents. Les étudiants en soins infirmiers, dont quelques-uns en seront à leur baptême de l’air, représentent tout de même un bloc homogène. Ils sont avant tout, la raison même pour laquelle ce stage est organisé. Habitués de vivre en gang, la notion de promiscuité n’est pas un truc qui les dérangera, au contraire… Il y va de même pour les enseignantes; oui, ce sera dans un cadre différent, mais leur travail de soutien et d’encadrement demeurera le même. Pour les bénévoles, dont je fais partie, c’est autre paire de manches. Ils devront s’adapter à un groupe de jeunes, vivre différemment et surtout s’adapter à vivre en groupe, avec des gens qu’ils connaissent à peine. Il ne faut pas perdre de vue, que cette expérience de vie qu’ils s’apprêtent de réaliser est un stage humanitaire et non un voyage. Nuance subtile, mais majeure. Tout ce que nous accomplirons, là-bas sera toujours dicté en fonction de notre mission première, celle d’aider. Nous ne serons des touristes que par notre couleur de peau et nos grands yeux, mais surtout pas par nos idées préconçues. Nos découvertes se feront dans un cadre humanitaire, ce qui devrait se matérialiser par de l’ouverture sur les autres, et surtout oublier notre petite personne pour l’espace de trois semaines. À des années-lumières d’Occupation Double… 
     

    Le temps qui passe.

    Je déteste vieillir.
    Le gris des cheveux, les chairs qui ramollissent, les esprits qui s’obturent. J’aime pas. Et comme tout ça est incontournable, à moins de se faire croire le contraire le tout dans une philosophie optimiste, le constat est que je trouve ça énormément difficile à vivre. Pas facile. Déprimant. Quand on me rabat que vieillir en sagesse est génial, je veux bien, mais la résultante est que le temps avance toujours, et ce, à un rythme que je trouve, hélas, trop rapide. Beaucoup trop.
    Alors les fins d’années, comme les anniversaires, me font chialer. Pleurer. J’ai la fin des temps nostalgique comme j’ai le vin triste. Désolé. Je suis comme ça. Le temps m’a modelé comme ça. Alors les années qui s’accumulent me font chier. Je n’y peux rien.
    Pas par nostalgie, mais au contraire, par ce que cela représente vraiment : le temps qui passe est déterminant.
    2011 n’est plus. Je n’en ai rien à foutre réellement. Personnellement, de façon égoïste, cette année ne m’aura pas plus marqué qu’une autre. Pareil à 2010, 2009… Mais tout ça est tellement relatif quand on le rapporte à soi uniquement. Pour les Tunisiens et les Égyptiens, par exemple, cette année passera assurément à l’Histore. Peut-être. Pour des amis, ce sera l’année marquante où leur petite fille aura été victime d’un atroce accident, d’autres auront perdu des êtres chers, leurs pères, leurs mères, des frères et des soeurs. Pour eux, 2011 aura été une année charnière, indissociable de leur futur immédiat. Une maille dans un chandail de laine. Un trou. Une étape. Le temps est comme ça. Pour certains, les années se matérialisent en jours anonymes qui passent sans laisser de traces et pour d’autres, en balises qui provoquent des marques indélébiles et deviennent par le fait même des faits importants. La vie est ainsi.
    Le temps passe, mais n’a pas le même impact pour chacun. Je connais les années qui m’ont marqué sans avoir besoin d’agenda pour me les rappeler. Le quotidien se chargeant de le faire tous les jours, de toute façon, par mes actions, ma façon de vivre ou de réagir.
    Pourtant, dans trois petits jours, 72 heures, j’aurai le cul dans un avion qui me mènera sur le continent africain. Sur ce continent où le temps est relatif, à la limite insignifiant, sans importance. Mon quotidien se métamorphosera. Et j’ai hâte. Ça me fera du bien de perdre pied, de réfléchir différemment. D’avoir une montre inutile. Une connexion internet intermittente qui je sais me fera sacrer, mais contre laquelle je n’aurais aucune emprise. Ça me fera suer. Silmutamnémant, ça me fera aussi le plus grand bien. De ne rien contrôler et de ne rien pouvoir y changer. Surtout. De voir que ce temps qui passe n’est pas le même que chez nous. Une petite mise à niveau. Un refresh.
    S’il y a un point positif au temps qui passe est ce beau risque que le vent change pour prendre, cette fois, la bonne direction. Et c’est ce que je nous souhaite à chacun de nous. Pas un ouragan. Une petite brise personnelle qui aura un impact sur chacun de nous, et indirectement, sur notre société. Parce que le vrai changement vient directement des individus. Vous êtes ceux qui font la différence. Y a pas de société sans individus.
    Bonne année 2012.

    Le bonheur est contagieux

    Dans la queue à la caisse du Canadian Tire, elle était tout juste devant moi. Frêle et fière, avec son foulard fuchsia sous son manteau de lainage gris. Sur le comptoir, les achats de cette vieille dame attendaient d’être pris en charge par la jeune caissière. L’inventaire : biscuits pour chien, bacon pour chien, os en corde pour chien.

    — Ouais, il est gâté ce petit chien-là, hein? avançais-je.

    Elle a peu bronché, ne saisissant pas tout de suite que je m’adressais à elle. Puis, regardant par dessus ses lunettes, elle me jeta un regard comme Mathieu Kassovitz dans le film La Haine, en murmurant dans sa tête « C’est à moi qu’tu parles? Hein? C’est à moi que tu parles? »

    — Il est pas mal gâté, hein? ajoutais-je.

    Y avait plus de doute dans sa tête maintenant. Ce gars-là mal rasé, avec ces drôles de lunettes s’adressait bien à elle. Elle a souri discrètement et m’a répondu « Oui, c’est pour mon petit chien… ».

    — On les aime tellement ces petites bêtes-là…, tentais-je à nouveau, profitant de la brèche que j’avais provoquée.

    — Mets-en qu’on les aime, moi, mon chat, je le gâte tellement…, dit la caissière, s’introduisant dans cette discussion qui devenait de moins en moins monologue.

    « C’est un mini Colley, c’est comme mon bébé… » Me dit la dame, en me regardant droit dans les yeux. Son visage s’étant illuminé tout d’un coup. Elle sourit de toute sa bouche et rajouta : « il est tellement fin avec moi, toujours collé, affectueux… c’est comme mon bébé! ». Ses affirmations dites au bout des lèvres transpiraient l’amour. Ce petit chien-là devait avoir une place énorme dans la vie de la petite dame. Tout la place. Elle continua à en parler, s’adressant tour à tour à la caissière ou à moi. Intarissable, elle nous racontait tous ces trucs anodins que les chiens font, anodins pour les voyeurs comme nous, indispensables pour les gens qui les reçoivent. Je ne l’écoutais plus. J’imaginais cette dame âgée dans son condo, avec ce petit chien roi qui lui rendait si bien tout l’amour qu’elle lui apportait. Et surtout,  j’ai vu dans ses yeux qu’elle était contente de nous faire part de son petit bonheur. Que ses chuchotements étaient de grands cris d’amour, mais que sa petitesse et vieillesse ne lui permettait pas d’exprimer aussi fort qu’elle l’aurait voulu.

    Je me suis mis à penser à mon père. C’est le genre de truc que faisait mon père. Parler aux autres, les déranger dans leur silence. Quand j’étais plus jeune, ça m’énervait. Ça me gênait quand il s’adressait à des étrangers, quand il ne se mêlait pas de ses affaires. Je trouvais que ça faisait bonhomme. C’est bonhomme de parler de tout et de rien, de faire des blagues avec les gens qu’on ne connait pas. Mais bonhomme rime souvent avec bonheur. Je gêne aussi ma fille quand je m’adresse à des étrangers pour dire des niaiseries. Peut-être que 80% du temps, ça reste des discussions banales qui ne passeront pas à l’histoire. Mais cette après-midi-là chez Canadian Tire, je pense avoir provoqué un petit moment de bonheur de 5 minutes. À la petite dame, la caissière et moi.

    Le bonheur est contagieux, encore faut-il se laisser contaminer.

    Le monde est petit. Très très petit.

    Les Québécois n’auront jamais autant voyagé. En scrutant les données de Statistiques Canada, la courbe est exponentielle. Nous sommes toujours prêts à décoller. Y a pas une semaine où tu n’entends pas quelqu’un qui parle de son imminent départ dans des pays avec des noms qu’il fallait faire semblant de connaître il y pas si longtemps. On voyage de plus en plus jeune, en famille ou en couple et on voyage de plus en plus loin. Les périples, jadis réservés aux grands explorateurs sont maintenant banalisés par les tours opérateurs qui les rendent accessibles à tout le monde en autocar climatisé. Il y a plus vraiment de destinations qui nous impressionnent. On ne parle plus de Tombouctou comme le bout du monde. On va en Europe comme on allait à Old Orchard dans les années 70. Les voyages dans le sud sont devenus de banals week-ends dont on se confesse quasiment. « Tu arrives de voyage? » – Non, non je suis seulement allé 10 jours à Cuba. C’est devenu banal. Anodin.

    Et la bouffe? Haaaa la bouffe. On entre dans le plus simple IGA de quartier pour s’acheter quinoa, manioc, farine de banane plantain. On cuisine le monde de plus en plus quotidiennement. Notre trio carotte/patate/navet est devenu moribond et l’offre s’est multipliée pour nous offrir des légumes de champs du monde entier. L’expression légumes de terre est devenue légumes de Terre. Légumes d’ailleurs qu’on réussit maintenant à cultiver très bien, ici même. L’exotisme ordinaire. On peut manger exotique bio, près de chez nous. J’écris exotique et je me fais rigoler, car ce mot n’a plus la même saveur que jadis. Notre alimentation a tellement changé et évolué qu’on peut difficilement parler de bouffe d’ailleurs. Beaucoup de produits importés font partie intégrante de notre alimentation quotidienne. Et ce n’est même plus réservé à une élite. Ni à une classe plus riche. Ricardo, Faita, Pinard et compagnie ont réussi, avec leurs émissions et livres, à métamorphoser la cuisine québécoise et la rendre multiculturelle en démocratisant celle-ci. Notre table est multiculturelle. Nous bouffons le monde.

    Nous n’avons jamais été aussi informés sur les grands conflits mondiaux. Nous avons suivi les dernières grandes révolutions sur Twitter. En direct. Nous avons vécu le printemps arabe, dans le confort de nos foyers. Nous avons pu suivre les élections tunisiennes et en parler parce que sa couverture par les médias nous a été offerte sur le web. Nous nous nourrissons de sources d’informations diverses et mondiales. Les points de vue sont de plus en plus diversifiés. Nous avons maintenant l’opportunité de lire comment l’orient perçoit l’occident. Nous extrapolons moins. Des idées d’ailleurs influencent les nôtres. Un mouvement comme Occupons machin s’exporte, s’importe, comme un fruit. Nous vivons le village Global. Nous sommes mondiaux. Les barrières tombent.

    Nous vivons une époque formidable, comme j’aime le dire si souvent. Une époque mondialisée.

    Le monde est petit, mais plus nous. Nous avons grandi de ces expériences multiculturelles. Nous ne sommes plus des étrangers. Imbibés de culture, nous sommes devenus des citoyens du monde.

    Pourtant, quand Khady du Sénégal finira ses études au Saguenay, c’est dans une autre ville, peut-être province et même pays qu’elle ira pratiquer.

    Pas qu’elle n’aime pas le Saguenay, ni le Québec. Elle a quand même choisi de s’y établir pas seulement le temps de ses études, mais avec le but de s’y intégrer. D’épouser une nouvelle culture. Comme des milliers d’étudiants le font, chaque année au Saguenay, à l’Université du Québec à Chicoutimi, ou dans un de nos quatre Cégeps. Des milliers d’Africains, de Magrhébens, de Chinois ont opté pour le Saguenay comme terre d’accueil pour vivre une nouvelle vie, mais une poignée seulement resteront. Et ce n’est pas parce qu’ils n’aiment pas rester ici. Vraiment pas. C’est le Saguenay ou le Québec qui n’en veulent pas.

    « Tu as été victime de racisme ici, Khady? » La question l’a fait sourire de toutes ces belles dents quand je lui ai posé la question, vendredi passé chez moi. Oui. Elle l’est. Et pas toujours de façon directe. Le racisme latent, hypocrite est bien pire. Te faire traiter de négresse par un individu sans cervelle fait beaucoup moins mal que de te voir refuser un stage dans une entreprise, que d’être la dernière choisit pour un travail d’équipe, que d’être reconnue coupable sans avoir eu droit à une enquête. Uniquement par ta couleur de peau, ton allure, ton odeur. Pour leur permettre de suivre un stage en entreprise, indispensable à la réussite de leurs études, les intervenants des institutions d’enseignement doivent user de tous leurs atouts pour convaincre les entreprises de les accepter. Je ne parle pas ici d’avoir à placer des derniers de classe, des cancres, et je parle encore moins d’embauche à temps plein, mais uniquement d’un stage bénéfique à la fois à l’étudiant et à l’entreprise. On ne parle ici pas de charité. Mais c’est quasiment ce que l’on doit faire pour solliciter les entreprises.

    On dit souvent que le racisme vient surtout de l’ignorance. Pas toujours. On ne peut pas être ouvert à toutes ces cultures culinaires, littéraires, etc. sans l’être à leurs auteurs, ceux de qui tout cela origine. On se targue de vouloir voir le monde, mais quand ce monde est notre voisin, on lui ferme la porte. On ne veut surtout pas le voir. Le tourisme à sens unique.

    Pourtant, nous voyageons comme jamais, nous bouffons cantonais, créole et libanais et nous nous préoccupons d’envoyer des sous en Haïti quand son peuple souffre de la multiplication de cataclysmes. Nous n’avons jamais été autant citoyens du Monde. Nous n’avons jamais autant aimé le Monde. Nous aimons tellement ce qui vient d’ailleurs. Tellement. Que nous préférons qu’ils restent ailleurs. Surtout pas chez nous.

    Il est là, le coeur d’une ville.

    Samedi après-midi, je suis passé à la Librairie Marie-Laura, sur la rue St-Dominique à Jonquière, ramasser des livres que j’avais commandés depuis belle lurette. Pas que la commande avait pris du temps à arriver, mais je n’avais pas trouvé le temps de m’y rendre. J’ai profité de ma visite pour acheter le nouveau Paul, et faire un don pour La Fondation pour l’alphabétisation. Olivier, un de leurs sympathiques libraires, tenait le fort en ce samedi mouilleux et froid. Uniquement à l’extérieur, car il se dégage de cette librairie une chaleur dont les propriétaires, Daniel et Andrée, ainsi que leurs employés, sont les uniques responsables. Pendant que je fouinais dans le rayon des bandes dessinées et scrutais la table des suggestions de l’équipe, je pouvais observer le travail d’Olivier. À une madame âgée, il recommandait de s’assoir sur un des sièges confortables de la librairie afin de lire quelques pages pour s’assurer que le livre qu’il lui conseillait était ce à quoi elle s’attendait. Un homme accompagné d’un ami qui cherchait un livre à offrir en cadeau à sa femme, tentant d’expliquer dans ses mots le style littéraire recherché alors qu’Olivier fouillait un peu partout pour le combler. L’atmosphère était sympa. Les gens de la Librairie Marie-Laura personnifient exactement l’idée que je me fais de ce noble métier qu’est celui de libraire; métier qui, avouons-le, est presque en voie d’extinction de nos jours. L’achat en ligne, les megas centres comme Walmart et Costco, Archambault ou Renaud-Bray rendent la vie dure à ces boutiques spécialisées, troquant des prix extras à défaut de conseiller. Je ne suis pas du genre à être contre le progrès et j’ai écrit souvent dans ce blogue que les petits commerces spécialisés doivent se réinventer au lieu de se lamenter. Qu’au lieu de se battre sur le même terrain que la concurrence, ils doivent jouer ailleurs, en offrant autre chose qu’un prix, à vendre une expertise ou une expérience. Et c’est tout à fait ce que font les gens de cette librairie.

    Ce qui m’amène à vous dire que je viens de terminer la nouvelle revue CVS, édition automne / hiver; ce magazine qui parle des centres-villes de Saguenay et de leurs commerces. Formidable outil de communication qui permet à ces entreprises, mais encore plus aux gens qui y travaillent de montrer ce qu’ils ont à offrir. Bien que ce mandat est une expérience créative intéressante, ce que j’apprécie par-dessus tout dans son exécution est justement d’avoir la chance de rencontrer les gens qui font que nos centres-villes bougent et vivent. Tout comme les gens de chez Marie-Laura, les commerçants des centres-villes sont différents des autres par le côté très personnalisé de leur démarche. Dans ces commerces, la hiérarchie y est beaucoup moins perceptible : on fait des affaires la plupart du temps avec les propriétaires. Y a un côté amical qui se dégage de ces rencontres. Oui, il y transaction, achat, business, mais d’une façon moins directe, plus humaine… moins mercantile. Ce fut, encore une fois, un plaisir de travailler avec mon équipe et de sortir du cadre du magazine traditionnel en tentant d’embarquer nos clients dans des avenues éclatées – il faut voir Michael Tremblay, du Temaki Sushi Bar, jouer les samuraïs du dimanche! Sans eux, pas de magazine, et encore moins de centres-ville. Merci.

    Je vous invite à arpenter vos centres-villes, mais surtout de prendre le temps de parler avec ces commerçants allumés, à ces artisans qui luttent pour la survie d’une vie différente que celle dictée par les gros joueurs économiques. Occupons nos centres-villes. Pour reprendre un terme à la mode…

     

    Occupons-nous des gens au lieu d’occuper des places.

    J’avais commencé un paquet de billets sur le mouvement Occupons kekpart (mettez l’endroit qui vous convient), mais rien n’a abouti par un texte précis. Pourquoi? Simplement parce que j’avais l’impression en donnant mon opinion que je prendrais position dans un débat où je ne veux surtout pas la prendre. Avant tout, je pense que manifester est un geste démocratique. S’exprimer, surtout pacifiquement, est un droit non négociable si on veut se proclamer une société égalitaire. Sur ce point, il m’est impossible de ne pas respecter ce droit si fondamental de vouloir discuter de changement de société. Difficile d’être contre la vertu. Surtout quand la cause est noble. Et ce mouvement, à la base, l’est.

    Non. Ce n’est pas le rassemblement de centaines de milliers de personnes qui me dérange, mais que la résultante se résume uniquement à ça. S’assembler. Jaser. Parler. Jaser. Parler. Mais peu d’actions concrètes. Beacoup de mots. Peu de moyens. On fait des tables rondes, on fait des procès verbaux, des ordres du jour, du placotage qui se résument à de beaux discours. On jase, on parle, on discute. Bla-bla-bla. De belles paroles, de belles allocutions difficiles à critiquer puisque les conclusions sont issues pour la plupart de discussions philosophiques axées sur le partage et l’entraide. Dans une belle démocratie ouatée. Qui peut être contre le Bien? Pas moi en tout cas.

    Depuis quelques semaines, sur mon trajet de course je passe régulièrement devant une colonne Maurice arborant une publicité de l’Université Laval illustrant une étudiante en mission humanitaire, arborant comme unique slogan : Agir. Et c’est tout à fait ce que je pense : si l’on veut changer le monde, il ne faut pas qu’en parler, il faut agir. Ce mot résume à lui seul ce que je reproche au mouvement Occupons. Que leurs actions demeurent sur papier ou en paroles. Sur des pancartes ou des affiches. Pas nécessairement par mauvaise volonté, j’en conviens. Simplement parce que la bouchée est trop grande à prendre. Parce que le problème est immense et difficile à saisir si facilement. Et qu’il est surtout impossible à régler en claquant des doigts. Particulièrement si on le prend dans son entier.

    Si on veut changer le monde, y a beaucoup plus simple et c’est de s’impliquer personnellement en posant des actions directes. Si vous voulez changer le monde, commencez par vous intéresser par ceux près de vous, des gens que vous pouvez aider sans manifestation ni fla-fla. Consultez la liste des organismes communautaires de votre ville ou quartier : ils sont des centaines en attente de bénévoles pleins de bonne volonté, comme vous. Et ça, c’est de l’aide directe. Pas de la philosophie à 1$. Du concret. Quand tu débarques passer une journée dans une soupe populaire, que tu t’occupes de placer des vêtements dans une Saint-Vincent-de-Paul, quand tu rends visite à des personnes âgées pour les désennuyer, que tu te débrouilles pour que des jeunes sans-le-sou aient droit à un camp de vacances l’été, que tu t’occupes d’enfants handicapés pour laisser respirer des parents fatigués, tu poses des gestes concrets. Des comportements qui changent le monde petit à petit. Petit, si peu de gens le font, mais l’accumulation de ces petites bonnes actions peut devenir un grand changement. Pas mal plus que les centaines de pages griffonnées, procès verbaux dictés pendant des réunions sans fin.

    Bien sûr qu’aider son prochain de la sorte est enrichissant, mais il faut se le dire, moins «glamour» que de suivre la parade mondiale du mouvement. Contrairement à un manifestant, un bénévole travaille dans l’ombre, sans chercher à être récompensé ne serait-ce que par le bonheur du geste. Contrairement à un manifestant, une personne qui donne de son temps pour aider les autres ne le fait pas pour lui, mais bien pour les autres. Il ne faut pas se le cacher, manifester c’est avant tout de s’assembler, de communier, de rencontrer des gens et c’est plus euphorisant que d’éplucher 40 livres de patates ou de répéter ton nom 40 fois à la petite autiste avec qui tu passeras la journée…

    J’ai eu la chance de travailler avec beaucoup d’organismes communautaires. De toutes les sortes. Comme consultant en communication, solliciteur ou simple bénévole. De les voir donner du temps sans compter. De donner du bonheur. J’ai eu l’opportunité de connaître la réalité de leur quotidien. Du quotidien aussi des gens à qui ils font un bien énorme. Certains bénévoles qui ont eu à jongler avec des deuils d’enfants, avec des gens brisés par la maladie ou la pauvreté, mais avec toujours le même souci de vouloir améliorer la vie de ces gens. De la changer. De changer le monde. Littéralement.

    Pour ces raisons, vous ne me verrez pas occuper aucune place, autre que celle où se trouvent des gens à aider. Directement. Pour agir. Avec un grand A. Comme dans Amour.