Nos masques.

On porte tous des masques.

De temps en temps. Pas toujours. Parfois.

Peut-être au travail. Quand une décision, commentaire ou situation ne fait pas ton affaire, mais que tu dois dire oui, ok, pas de trouble, acquiescer en sentant l’élastique te fendre la nuque pendant que tu souris, les lèvres tendues, telle une ligne qu’on trace à la règle, à l’ordre qu’on te donne.

Peut-être entre amis. En couple. Quand la discussion ne prend pas la direction que tu voudrais, qu’elle ouvrira un chemin que tu ne souhaites pas nécessairement emprunter, que tu ne veux pas te battre pour une stupidité, une idée qui ne viendra pas chambouler ta vie, qui n’est pas fondamentale, qui ne secoue pas tes valeurs, un truc que tu oublieras facilement demain.

Descendre le masque, sourire, sentir lentement s’abattre ses cheveux pour les voir se redresser au passage de cette pièce moulée en plastique sur lequel des traits exprimant la joie sont imprimés.

Monsieur sourire.

Tout va bien.

Tu vois.

Ce sourire sur mon visage.

Cette attitude neutre.

Sans vie.

Qui dit oui.

Je mets mon masque sur lequel le malheur peut s’abattre.

Imperméable. Invulnérable. Indétectable.

Un visage de plâtre. Ces statues qu’on admire au musée. Aux yeux sans pupilles, aux yeux sans paupières. Sans ride, sans âge. Sans vie. Ce marbre lisse, sans défaut, sur lequel tout glisse. Sans l’abîmer. David et sa main sur l’épaule.

Un visage de cire. Embaumé. Saupoudré pour imiter la peau. Maquillé pour imiter la vie. Aux joues faussement rosées. Ce visage artistiquement sculpté par un thanatologue talentueux. Cet épiderme sans irritation, sans poil, ni pustule. Parfait. Qui ne montre aucune imperfection, aucune sensibilité. Aucune vie.

– Ça va?

– Tout à fait.

– T’es certain?

– Oui. Pourquoi ? Haha…

Le masque qui descend. Sans faire de bruit. Ce mécanisme de protection naturelle. Cette mécanique huilée qui ne laisse rien paraître. Qui vient couvrir ce qu’il ne faut pas. Ce qui dérange. Cette faiblesse. Tout va à la perfection. Tout à fait. Vraiment.

L’homme de fer.

Tony Stark est un drôle de gars. Quand il devient l’homme incroyable, ça le rend si sympathique, c’est formidable. Quelle puissance il a.

Tellement.

Qu’il doit porter une armure pour se protéger.

Toujours?

Non.

Seulement quand ça crunche.

Chacun son niveau.

Le policier dans une manifestation ne descend pas toujours sa visière. Seulement quand il pense qu’il sera attaqué. Quand ça brasse. Quand il y’a aura des coups. Quand il voudra camoufler cette faiblesse. Quand il voudra surtout se protéger.

Les masques sont tombés dit l’expression.

Rarement.

Sinon, y’en aura toujours un autre qui imite encore mieux.

Ce qu’on voudrait cacher.

Ne me parlez pas de franchise. Je vois cette ligne sur votre cou. Ce visage qui dit non, mais qui pense oui. Ou le contraire. Ce que vous voulez versus ce que vous dites.

Ne me dites pas que vous communiquez toujours ce que vous pensez. Je vois cette ligne sur votre cou. Qui dit que vous êtes en désaccord, mais que vous ne voulez pas l’exprimer.

Je ne vous juge pas.

J’ai un coffre plein de ces masques.

Prêts à faire ce qui faut. Quand il faut.

Sourire. Rire. Ou pleurer.

Quand il faudrait se révolter. Pleurer. Ou rire.

Cacher ce qu’il ne faut pas montrer.

À ce moment-là.

Quand il faut.

Ou pas.

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Le temps.

Je suis incapable de vivre avec le temps.

La durée.

Si j’étais plus honnête, je dirais que je suis incapable de vivre avec le temps.

L’époque.

Tenons-nous-en donc à la durée, pas à l’époque. Pour ce billet, du moins.

Les heures, les minutes, les secondes. Les jours, les semaines, les mois et les années.

Incapable de dealer avec ces morceaux de temps qui nous glissent entre les doigts.

Et depuis quelques mois, j’en ai jamais eu autant.

Les affaires vont bien. Pas de soucis.

Mais, pour la première fois en dix ans, je ne suis pas dans le jus. Les mandats s’enlignent à la queue-leu-leu. Sans se battre entre eux. J’ai du temps pour les réaliser. Ce que j’ai rarement eu.

J’ai toujours été un gars surbooké. Avec un agenda débordant. Avec des mandats empilés comme un Tetris.

– Tu peux en prendre encore Marc?

Ouais.

– On t’a pas appelé, on s’est dit que t’avais pas le temps. 

Ben non. J’en avais. Ben, un peu.

Aujourd’hui, on dirait que j’ai de la misère à dealer avec ça.

Le temps a déjà été mon allié. J’ai su l’étirer sans que mes clients réalisent que je travaillais 30 heures par jour.

Le temps a déjà été mon ennemi. J’ai connu la réalité qui te dit que 30 heures, c’est impossible.

J’ai une mauvaise relation avec le temps.

Vous chargez combien de l’heure.

Heu?

Je ne sais pas. Je charge au travail. Effectué. Pas au temps.

T’as dormi combien de temps?

4h.

Et j’ai couru 10 km. Lu 100 pages d’un roman. Travaillé ma journée. Réunion. Rencontre. Conception. Bureau. J’ai même cuisiné.

T’as dormi combien de temps?

7h.

Incapable de fonctionner. Zombie. De la brume dans les idées. Facebook. Instagram. Hockey. Et j’ai mangé de la chnoute.

Le temps est une matière insoluble.

Je n’en maîtrise pas l’espace. Encore moins la notion.

Hier. Demain.

Je ne sais pas.

Je déteste le temps sur mon corps.

Le ravage.

J’aime le temps dans ma tête.

La dimension.

Je déteste le temps de mes nuits.

Trop court. Mouvementé.

Je ne voudrais pas que le temps de mes jours finisse.

Je déteste aller au lit.

Je dis demain à un client en pensant que c’est possible.

Je sais.

Je dis demain à un client en sachant que c’est impossible.

Je sais.

Je dis bonne nuit en sachant qu’elle ne le sera pas.

Aujourd’hui, j’ai du temps.

Et je me rends compte que je ne sais pas comment l’utiliser.

Je ne sais pas quoi en faire.

Je cours au milieu de l’après-midi en me disant que je devrais être au bureau, en me sentant coupable. Alors que j’ai déjà été au bureau à 21h00 au lieu de m’occuper de mes enfants, sans me sentir coupable.

Le temps est une matière incompressible. Le temps est une matière incompréhensible.

Le blanc plafond me le rappelle dans ces nuits d’insomnie.

Ce blanc visage dans le miroir me le rappelle tout le temps.

Je voudrais être ce livre auquel on s’attache sans penser au temps.

Je voudrais être cette série dont on souhaite une saison de plus.

Je voudrais être de mon temps.

Je voudrais marquer le temps.

L’arrêter. L’analyser. Le comprendre.

Le vivre.

Du moins.

Gris.

J’avais quinze ou seize ans quand j’ai développé mes premières photos.

Mon père avait défoncé un vieux garde-robe dans ma chambre au sous-sol de la maison familiale pour y installer une chambre noire. Quelques tablettes, une lumière rouge et une porte étanche. Pour ma part, j’avais calfeutré les fenêtres de la salle de bain et de ma chambre afin de pouvoir me déplacer, dans une noirceur la plus totale, entre les bassins d’acide et l’évier.

Je suspendais mes films au pommeau de la douche pour les sécher.

Sous l’agrandisseur, je rognais une photo en faisant le focus, minutant le nombre de secondes d’exposition nécessaire qui assurerait le contraste voulu. À l’aide de mes pinces de bois, je déplaçais le papier imprimé de lumière et le passais du révélateur au bain d’arrêt pour terminer au fixateur.

Je n’étais pas très bon techniquement. Un peu brouillon. De la poussière collait sur mes négatifs et mes photos avaient quelquefois des empreintes de doigts. Elles étaient parfois voilées par la lumière ou du papier mal conservé.

J’aimais les odeurs des produits chimiques. Particulièrement celle de l’acide ascorbique du révélateur. Ce mélange qui faisait apparaitre ta photo. Cet embryon d’image qui se manifestait sous les vagues du liquide. Cette photo prenant naissance sous tes yeux. C’était magique. Pas toujours réussi, j’avoue. Mais magique. À chaque fois.

Depuis quelque temps, j’ai souvent ce souvenir en tête.

Cette image qui apparaît.

Mais à l’inverse.

J’ai l’impression que certaines images s’effacent.

La photo contrastée, pure, noir et blanc, lentement grisonne et disparaît, part en fumée. Des visages, des paysages, des mots, des goûts ou des odeurs se dissipent dans ma tête. Comme si des pans complets de ma mémoire s’enfonçaient plus profondément en moi, rendant certains passages si diffus qu’ils sont plus difficiles, voire impossibles, à se rappeler.

On les hume à fond de poumons sans y déceler une odeur.

Rien.

Je n’ai pas de maladies quelconques. Pas que je sache. J’avais quinze ou seize ans, j’étais déjà comme ça. Une mémoire défaillante. Qui échappait des bribes. Qui échappait des événements. Qui essayait de. Aujourd’hui j’ai du mal à me souvenir d’hier.

Pas mal à.

Mal à.

J’ai peur. Peur de voir s’effacer des souvenirs. De voir disparaître en moi, ces visages.

Nous sommes du bois.

Du bois qu’on plane. Du bois qu’on sable. Petit à petit. On perd de l’épaisseur. Du volume. La sciure sur le plancher. Le bran de scie. Ces souvenirs qui ne reviendront jamais.

Les plus belles sculptures ont vu ces séquelles sur le plancher, laissées par leurs créateurs.

Souvent, on ne voit que les oeuvres d’art, pas le processus dans lesquelles on les a créé. On ne voit pas les esquisses, les crises, les rires ou les larmes, la joie ou la peine créative. Que le résultat. Cette oeuvre. Cette photo. Qui perd peu à peu de sa vivacité.

J’ai souvent peur de ne pas me rappeler de toutes ces images. Celles qui, pourtant, sont venues s’imprégner si doucement qu’on les croyaient éternelles, indélébiles, fixées à tout jamais..

J’ai peur de voir disparaître mes souvenirs.

J’ai peur de voir moins de teintes.

J’ai peur de ne voir que du noir.

Que du blanc sur cette photo.

 

Dany.

J’avoue que ce n’est pas son talent que j’ai apprécié en premier. Sa beauté peut-être. Celle de la jeunesse. Grand blond avec une couette. Il me faisait penser à moi. En plus beau. En plus grand. J’avais la couette. La couleur des cheveux. Pas la beauté. Ni la jeunesse.

Ses illustrations étaient magnifiques. Un artiste avec un talent fou. Un trait de crayon sans hésitation. Un humour et une intelligence qui se démarquaient. En agence, pour le jeune directeur artistique que j’étais, le Klondike et une menace. À la fois. Capable de réaliser tes idées encore mieux que tu ne les as pensés toi-même. Capable de te faire mal paraître au niveau technique. Je l’ai engagé tout de suite. Le talent, tu ne passes pas à côté de ça. Fuck le reste.

Le gars s’est avéré un compagnon de travail incroyable. On partageait le même humour. Des idées rocambolesques. Une connexion formidable. Et puis la récession est arrivée. Les mises à pied. Lui, pas moi. Le départ pour Québec. On s’est quitté. Moi, avec ma job pesante, obligatoire, puisque j’assumais le seul revenu familial; lui, avec son talent, cette jeunesse et cette jungle professionnelle qui l’attendait.

J’ai envié sa mise à pied. En jalousant plutôt sa vie. Sa jeunesse. En plaçant sur la balance, cette vie professionnelle que j’aurais voulu plus enivrante et cette vie familiale arrivée trop rapidement. 

J’aurais voulu être celui pour qui tout était possible. Pas celui pour qui tout était déjà tracé. Je n’étais pas si vieux. Je l’ai réalisé par la suite, mais je n’étais pas encore au niveau de ces idées-là.

Je ne l’ai jamais revu.

Si. 

Je l’ai croisé.

Comme j’étais un habitué du terminus d’autobus  – réalité de parents séparés en villes éloignées – je l’ai vu sortir du bus de Québec alors que j’avais le cœur brisé d’entrer mes enfants dans le même bus, avec dans leurs mains un sous-marin Subway et leurs valises. 

Salut. Salut.

C’est tout.

J’étais dans la salle bain quand j’ai entendu frapper à la porte de mon bureau.

En pleines vacances de la construction. Une douzaine d’appels. Pas plus. Sept, pour moi. Les autres, c’est un running gag : tous ces appels pour des gens qui ne sont pas moi. Pas plus de courriels. Alors que dire d’entendre cogner à sa porte. Probabilité nulle. Un client (peu probable). Un ami (peu probable avant 17h). Un itinérant (ils préfèrent les marches). 

Je suis entré dans mon bureau et je suis tombé sur lui.

L’ai reconnu tout de suite.

Pas la jeunesse. Moi non plus. 

Mais le sourire. Ce corps long et flexible capable de raconter des conneries et de les mimer en même temps. Il n’avait pas changé d’un iotas.

Je l’ai pris dans mes bras comme si je le connaissais depuis des années. Moi, qui ne l’avais jamais pris dans mes bras.

On a jasé voyage, vie, etc. Un condensé d’une heure. On a ri. Comme avant. Comme il y’a près de 25 ans.

J’ai eu l’impression que c’était hier. Ce grand veau plein de talent et moi, ce gars entré dans une vie qu’il ne désirait pas tant que ça.

On a parlé Grèce, Pérou, Indonésie, Maroc.

On a parlé de villes qu’on n’avait, ni lui ni moi, eu même l’idée de visiter à l’époque.

La vie est parfois une autoroute, un boulevard, un chemin de terre ou une ruelle, où, tous les jours, nous croisons des gens par affaires, par hasard, par ci, par là. Et puis, un jour de canicule, où la sueur te coule dans le dos, où la poussière s’accumule sur ton bureau, il est débarqué.

– T’as pas changé.

– Toi, non plus.

C’était une belle rencontre, Dany.

Vraiment. 

Reviens me voir.

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Pas hier. Hier, hier.

Vieillir, c’est souvent recevoir en pleine face qui tu es.

Quand tu es jeune, tu as beaucoup plus de latitude. 

D’abord le temps.

Tu as le temps devant toi. De changer. De trouver une nouvelle voie. De t’améliorer. De faire mieux. Ou pire – ça arrive. Tu as le temps. Tu as  la jeunesse. Celle de la sève dans les branches. Celle qui élimine les doutes et qui te fait avancer comme un bélier.  Celle qui pardonne tout. Quelle ignorance! Que voulez-vous, il est si jeune. Vous avez tellement raison.

Quand tu es jeune, tu as aussi cette flamme en dedans de toi. Cette mèche, dont tu oublies la longueur – que la vieillesse te rappellera plus tard – que tu consumes comme si elle était renouvelable. Tu as l’énergie qui te fait dormir quatre heures et d’être top shape. Les mêmes quatre heures que tu rêves aujourd’hui de dormir d’un coup. Sans pilule.

Quand tu vieillis, t’as plus ça.

En courant, tu réalises que ce tendon est plus récalcitrant, qu’il prend plus de temps à se détendre. En te levant, la courte nuit te suit pendant des jours. Zombie. Même démarche. Même espérance sans espérance. Tes excès te font sentir comme si tu sortais d’un coma de quelques années. L’alcool entre encore plus facilement qu’avant, mais n’a plus l’effet euphorisant. Au contraire. Elle t’amène au fond. Où tu ne veux pas.

Tu vieillis.

Tout ça, on sait ça.

On nous le rappelle souvent. Quand on nous rappelle notre âge. Quand on nous appelle monsieur ou madame. Quand on ajoute le petit ou petite en avant du nom. Comme ajouter l’insulte à l’injure.

Je sais de quoi je parle. La cinquantaine est passée. La soixantaine se pointe.

J’ai pourtant l’impression parfois qu’hier était hier. 

Pas hier, hier. 

Hier, hier. 

Pas loin. 

Hier.

J’écoute de la musique qui ne date pas de six mois. Des livres écrits dans l’année. Des films réalisés pendant l’hiver. Je mange des trucs que je ne connaissais pas y a deux ans. Je voyage en sac à dos. Je travaille encore comme un fou. Je regarde rarement derrière. Oui. Jamais non. Rarement. Comme un scout. Prêt. Toujours. Je mets l’effort. L’énergie. La passion.

Je suis encore surpris de voir ou lire ce que je fais.

C’est moi, ça?

WoW.

Je suis surpris.

Je doute. Full. Encore. Malgré les années. 

Mais.

J’ai encore parfois la candeur de me trouver bon. Ne vous inquietez pas : j’ai aussi une large part où je me trouve pourri. Ça m’arrive aussi. La plupart du temps même. D’ailleurs plus souvent que mes clients. Mais bon. C’est moi par rapport à moi. Et non, moi par rapport à un client. C’est ok. J’assume.

Mais des fois, j’exulte. 

Oui. Oui. J’exulte.

Rien du pilote automatique. J’apprécie la manœuvre manuelle. Celle qui rend le chemin cahoteux.

Pas si pire le petit monsieur.

Pas si pire.

Je n’ai pas toujours pensé ça.

Vieillir m’a déjà pesé.

Souvent.

À m’en fendre l’âme.

Hier. 

Y a plusieurs années.

Il n’y a pas six mois.

Aussi.

Vieillir, c’est souvent recevoir en pleine face qui tu es.

Vieillir, c’est souvent recevoir en pleine face qui tu es, mais de lever le menton en disant à la vie : j’ai connu pire, buddy. Pire. So take your time. Take your fucking time.

Tassez-vous de là. Il se pourrait que je reste.

Don’t beam me up Scotty.

Présent.

– Ne demande rien à mon oncle Antonio, là.

– Ben non, j’ai répondu à ma mère.

Nous sommes partis marcher sur la rue Racine, Antonio, l’oncle de ma mère – que j’appelais mon oncle pareil – et moi, du haut de mes 7 ans et lui de ses 70 ans.

Je suis revenu de la promenade avec une auto Matchbox.

– Il ne l’a pas demandé, a dit mon oncle en souriant, il l’a juste prise dans ses mains, m’a dit qu’elle était super belle et qu’il ne l’avait pas dans sa collection. Sans jamais la lâcher. Il ne l’a pas demandé. 

Ma mère a levé les yeux. J’avais sûrement un sourire.

Celui du petit criss qui a eu ce qu’il voulait.

Je ne m’en rappelle pas. 

Ni de ce souvenir ni d’autres d’ailleurs. 

C’est maman qui m’a conté ça ce week-end. Entre Trois-Rivières et Chicoutimi. Alors qu’on était monté déménager ma fille. Un road trip (Grand) Mother And Son. 

– Tu ne t’en rappelles pas?

– Ben non.

J’ai souvent l’impression de ne pas me rappeler grand-chose. Vague. Quelques bribes ici et là. Des fragments. Des odeurs. Des saveurs. Oui, j’ai des marques facilement identifiables, des jalons importants, mais tout autant du flou, des événements incertains dont je ne saurais garantir la véracité.

Dernièrement, j’ai beaucoup visité mon passé. Je suis allé où ça fait mal. Sous la galle. Quand tu grattes une plaie. Que tu vas au vif. Ce terrain glissant que tu préfères contourner, quitte à rallonger le parcours. Les brûlures. Internes. Celles qui ne paraissent pas. Les pires. Celles qui ne guérissent pas.

J’ai le malheur d’avoir perdu ma sœur et mon père. Mais j’ai surtout le bonheur d’avoir encore ma mère. 

Au présent.

Il me semble que c’est le seul temps où je suis bien. Le présent. Le passé me chagrine, le futur me fait peur. Au milieu, ça va. Je contrôle. Ou du moins, j’ai l’impression de. Le présent, c’est le temps que je préfère pour conjuguer ma vie. Les autres sont trop complexes. On fait des fautes en les accordant. Ou en se désaccordant. Anyway. 

Samedi soir, dans la chambre que nous partagions, je regardais dormir ma mère entre deux pages du roman Les gratitudes de Delphine de Vigan. C’est un privilège de voir dormir sa mère. C’est le retour des choses. Dans la colonne des plus ou moins, je vous garantis qu’elle m’a vu plus souvent dormir que moi je ne l’ai vu. Je la regardais en pensant que j’étais privilégié de l’avoir encore. En santé. Drôle et vivante. Plus que moi souvent. 

Jusqu’à mes 11 ans, j’ai eu la chance de vivre dans l’appartement, au deuxième étage de la maison de mes grands-parents où habitaient aussi les deux frères de ma grand-mère. OK, je n’ai pas toujours dit ça quand j’ai vu que des familles avaient des maisons somptueuses, plus qu’un trois et demi dans le bas-fond de la ville, mais, avec du recul et l’âge, je réalise que j’ai eu le privilège de descendre les marches et me sauver furtivement pour aller me réfugier et me faire gâter-pourri par tous ces petits vieux pour qui j’étais un être exceptionnel, sans défauts. Et ça, ben je pense que c’est ce qui m’a le plus bâti. Et surtout, non débâti. Être la vedette. Se sentir spécial. Se sentir aimé. 

– Je ne me souviens de rien, maman.

– Moi, oui.

C’est ce qui est le plus important.

Se sentir spécial.

Être chanceux de.

Nostallergique.

Je n’aime pas beaucoup hier.

Il me semble y avoir déjà passé beaucoup trop de temps.

À ramoner. À roter le sur. À y revivre ce qui est pourtant mort. À regretter le passé. Qui ne reviendra pas. C’est le principe du passé. Passé simple. Décomposé. It’s over. Get over it. C’était mieux avant est souvent une excuse pour ne pas regarder en avant.

Je peux vous en parler.

Dans mon délire d’écriture, je suis allé me promener dans ce coin-là. J’ai dépoussiéré des souvenirs. Des vieilleries qui s’emmagasinaient dans ma tête. Ma vieille tête. De plus en plus vieille. Mon blond qui tire au blanc, sans passer par le gris.

Rarement jojo.

Mes idoles de jeunesse meurent jour après jour. Mark Hollis et Andy Anderson, cette semaine. Je n’écoute plus les Cure depuis des décennies. J’ai pourtant encore un album de Talk Talk dans mon iPhone. Parce que c’est bon. Juste bon. Mais j’en ai un aussi de Dominique Fils-Aimé qui naissait la même année que le hit It’s My Life sortait. Pour les mêmes raisons. Je n’ai pas arrêté d’écouter de la musique en 1984. Je serais capable de partir sur la lune avec un seul album de chaque année qui s’est écoulée depuis que je suis né. Que j’écouterais avec autant de plaisir. Qu’importe les décennies. Je ne suis pas accroché à une seule. À aucun style. Il y avait autant de merde qui se jouait ou s’écrivait en 1970 qu’aujourd’hui. La merde est intemporelle. Tout comme le génie. C’est réducteur de penser que le sort de la musique s’est joué entre 1970 et 1980. Comme il serait impensable de dire que la littérature s’est éteinte avant ce siècle. Le cinéma. La vie.

Je suis nostallergique.

Allergique. À ces moments nostalgiques. Tellement parfaits. Qu’on oublie que les souvenirs sont des menteurs. Le passé est un bout de bois qu’on a sablé à le rendre tout lisse. On oublie ainsi les échardes. Tant mieux. Parfois. Quand ç’a été difficile. Surtout. Avouons que ça ne les rend tout de même pas géniaux, ces moments. Faut pas virer du noir au blanc. Le bon temps est mort et je m’en fous. Disait Renaud. Il avait bien raison. Il y a peu de choses positives qui ne sort de ce brassage. N’en déplaise aux psys. Désolé. Je le sais, j’ai visité ces lieux. Je m’y suis blotti. Je m’y suis vautré. Ils n’ont rien de rassurant. Rien de paisible. Le passé est un fourbe qui se sert du temps pour apaiser les blessures. À rendre le laid, beau. L’ordinaire, extraordinaire.

La nostalgie c’est de penser que c’était mieux, mais c’est avant tout avoir une image idéaliste du passé. Comme si tout était beau. Parfait. Dans le temps.

Aujourd’hui n’est pas mieux qu’hier. Pas pire.

J’aime penser que le présent est le seul état qu’on contrôle.

Le futur.

Je ne sais pas.

Je ne suis pas rendu là.

Je suis aujourdhui.

Et je ne l’idéaliserai pas demain.

Promis.

Con fort?

J’ai négligé ce blogue depuis des mois. Comme je néglige Facebook. Mis à part mes voyages. J’ai tout de même moins échangé. Moins joué avec mon logo. Moins présent sur les réseaux. Je suis sur autre chose. Je me suis investi sur un autre truc. Dans un projet d’écriture. Pas un billet d’humeur. Pas un statut rigolo. Je ne sais pas trop comment qualifier le tout encore. Récit. Roman. Rien.

Surtout rien. Parce que ça se peut aussi. Rien.

Rien pour les autres.

Peut-être.

Pas pour moi.

Pis c’est ben correct de même. Je n’ai pas d’attente. Je suis le premier lecteur. Qui décidera si c’est bon ou non. Poubelle et publier partagent quelques lettres. Pub entre autres. On ne s’en sort pas finalement.

Tout ça pour dire que ce projet me sort de ma zone.

Ma zone de confort.

Mon terrain.

Je ne suis pas en train de jouer dans ma cour. Sur ma patinoire.

Je vous en glisse un bout, tiens.

Voilà.


« J’ai écrit ça d’un trait.

Comme un crève un bouton.

Quand la peau se sent agressée sous la pression des index, quand le point rouge blanchit sous l’effort, quand l’éruption déchire la chair et sort de celle-ci telle l’éruption d’un volcan. La lave. Le sang. Le pus. La douleur. La peau froissée.

Les mots se sont affolés.

Les gens autour de moi, au café, se questionnaient sur ce gars devant son ordinateur, les yeux dans l’eau. Vieux fou. La barbe. La peau usée.

Puis, ils ont rapidement détourné le regard et repris leur vie.

Le gens reviennent toujours à leurs vies.

Un intermède. Une pub.

Les autres sont des publicités imposées dans une série à la télévision. Aussitôt, celles-ci passées, tel un fardeau obligé, on retourne au programme régulier.

Quand ma sœur a eu 10 ans, on lui avait offert comme cadeau d’anniversaire, un chaton. Un mignon petit grisou placé dans une boite de carton, provenant de l’épicerie du coin de la rue que maman avait enrubanné d’une boucle rouge vif. J’avais dessiné sur la boîte. Papa avait percé des trous tout autour, pour permettre au félin de respirer. Le petit marchait dans la caisse. Miaulait. Vendant tout de suite la surprise qui n’en était déjà plus une. Ma sœur était folle de joie. Quelques jours plus tard, je me suis levé avec ce qu’on pensait un rhume. Avril achevait, c’était le moment de l’année où notre mère nous grondait, ma sœur et moi, de trop rapidement avoir laissé tomber nos vêtements plus chauds pour des fibres plus estivales. Ma mère m’a servi du sirop Lambert et frictionné au Vick’s Vaporub. Les jours ont passé, et au lieu de m’améliorer, j’avais commencé à tousser plus creux. J’avais de plus en plus du mal à respirer. À la sortie de la clinique de pédiatrie où on m’avait diagnostiqué une crise d’asthme sévère due à une allergie aux chats, nous sommes revenus à la maison. Le souffle court, je me souviens de monter difficilement les marches de la maison, notre appartement était au deuxième étage de l’immeuble. Au milieu de l’escalier, j’avais aperçu mes amis, rassemblés chez le voisin. En rond, silencieux, leurs regards s’étaient portés sur moi pendant ma difficile ascension.

Le sentiment que j’ai eu à ce moment-là est le même qui me suit depuis des années: pendant que la terre s’arrête pour toi, que ta vie tombe en ruine, par la maladie, la mort ou le malheur, la terre continue de tourner.

Avec ou sans toi à bord.

Au moment où tu vis un événement des plus difficiles, il y a des gens qui ont le plus gros orgasme de leur vie, pendant que t’apprends que ton père va mourir du cancer, ton voisin vient d’être promu, avec un salaire qui va doubler.

À l’inverse, on n’a aucune idée de ce que le gars qu’on croise sur la rue, sa compagne de travail, son client vit chez lui ou chez elle pendant que toi, tu vis le plus beau des voyages.

Pendant qu’on m’avait hospitalisé, mes amis avaient continué à jouer. À rire. À vivre.

J’étais dans l’escalier et la photo que je me faisais de cette bande d’enfants rieurs en était une où j’étais surtout absent.

On a dû se débarrasser du chat.

La boîte a dû resservir au transport de la bête. Maman a dû nettoyer la maison de fond en comble.

Éliminer toutes traces de poils.

Comme si rien ne s’était passé.

Éliminer les traces »

Mes terres.

L’autre jour, je me suis retiré dans mes terres.
Je dis l’autre jour. C’est intemporel.
Je dis ça. Je dis rien.
Intemporel.
Hier. Avant-hier. Y’a quelques heures. Un mois.
C’était hier. Comme c’était y’a douze mois. Un an.
L’autre jour.
L’autre jour, je me suis retiré dans mes terres.
Un repli.
Comme à la guerre.
Quand l’ennemi cause une déroute.
Quand l’ennemi nous pousse dans nos tranchées.
Quand on pense qu’on ne gagnera pas. 
La fin.
Le dead end.
Tes terres sont le dernier rempart pour sauver ta vie.
La dernière tranchée.
Le trou.
Avant de passer au trou.
Quitte à s’ensevelir pour vrai.
S’enterrer.
Vivant.
À la défaite, on préfère la fuite. 
On ne veut pas perdre.
C’est humain.
Normal.
Drôle d’analogie, j’en conviens, car je ne suis en guerre avec personne.
Du moins, pas à ma connaissance. 
Manifestez-vous, sinon.
J’imagine que la série de films sur la Deuxième Guerre mondiale, visionnés en rafale, m’ont influencé dans mes choix de mots. 
Churchill. Eisenhower. Adair.
La guerre. Les tranchées. Se replier. 
Bon, je n’ai pas mis le doigt sur l’ennemi, sur le bobo, comme on dit, mais quand j’ai commencé à écrire ce billet, je sentais qu’il fallait que je me retire.
Tout loin.
Y’a des jours comme ça.
Où l’ennemi, même inconnu, ne rampe pas loin.
Où le mieux, c’est de te retirer dans tes terres.
Refuser.
Vous comprendrez que je ne cause pas géographie.
Je ne suis pas devenu soudainement propriétaire d’un lopin de terre.
Gentlemen-Farmer.
Oubliez ça.
Ce n’est pas pour moi.
Je n’ai pas la graine.
Je vous parle de se retrouver en soi.
Se retirer à l’intérieur de soi.
De se réfugier quelque part sous son cervelet.
Sous ses cheveux.
Tout petit. Tout trapu.
Le dernier renfort.
Quand plus rien n’est là.
Que toi.
Y’a plein d’invitations auxquelles tu dis non.
Sans vouloir dire non.
Parce que.
Rarement c’est parce que tu n’aimerais pas être là.
Seulement que tu ne veux pas.
Ou ne peux pas.
Partager.
Partager ce qui est secret.
Ce qui est en toi.
Négatif.
Positif.
Tes terres.
C’est là.
Où peu de monde se rend.
Quelques-uns.
Les rares.
Ceux qui ont droit.
De te voir si fragile.
Nu.
L’âme à l’air.
L’arme à terre.
Sinon, personne n’a le droit d’entrer sur tes terres.
Si tu ne veux pas.
Personne.
Fermer la gate.
No Entry.
Ce n’est pas tout le monde qui veut vivre Occupation Double.
Mes terres m’appartiennent.
Entre pas qui veut.
Et c’est tant mieux.
Mes terres.
À moi.

Réflexion.

À plat. Recroquevillé.
L’oeil pourtant ouvert.
Sur le patio, un oiseau immobile.
Pas sur ses pattes. Sur le côté.
La brise le revigorant l’espace d’un clin d’oeil.
Son plumage revivant sous le vent.
J’aurais pu croire que cette petite mésange dormait.
Si ce n’étaient de ces fourmis qui transitaient par son trou de cul.
Je sais.
C’était poétique avant que je vous scrape tout ça.
Mais la mort, ça n’a pas grand-chose de poétique.
Désolé.
J’ai ramassé l’oiseau au grand dam des fourmis. Vérifié son état. Mort. Et l’ai lancé sur la pelouse. Sans sentiment.
Le petit chat blanc des voisins le transportera peut-être sur leur balcon.
Faux triomphe. Faux trophée d’une fausse chasse.
Les félins sont souvent filous.
Quand j’étais jeune, ma mère craignait les oiseaux qui mourraient en se fracassant le crâne sur une vitre.
Annonciateur d’une mort prochaine.
Paroles de vieux.
Superstition.
Je ne suis pas un ornithologue.
Pas même intéressé.
Je trouve les oiseaux bucoliques.
Jusqu’à ce qu’ils chient sur ma voiture.
Encore le cul.
Décidément.
On dit que les oiseaux se trompent rarement dans leur trajectoire, mais quand ça arrive, c’est une question de vision.
Le reflet des vitres.
La réflexion.
Phénomène par lequel des ondes, des particules ou des vibrations se réfléchissent sur un obstacle.
Je fais mon savant, mais c’est tout ce que j’ai retenu de la physique à l’école.
Bête noire du secondaire.
Mauvais.
J’étais incapable de sciences.
C’était l’époque où on avait le droit de couler.
Le droit d’être mauvais.
C’était l’époque où on avait le droit à l’échec.
C’était l’époque des rangs centiles.
Où les notes annoncées à voix haute par le prof commençaient par les meilleures.
Quand, dans une classe de 30 élèves, après la nomination d’une vingtaine, tu n’as pas encore entendu ton nom et ta note, ça n’allait pas bien.
À part la physique, j’ai tout passé mes sciences sur la fesse. Même pas les deux. Une seule.
Et je suis toujours vivant.
C’était l’époque où l’échec était possible.
Mon père et ma mère m’ont dit de me forcer. D’étudier.
Au lieu d’aller pleurer chez le prof.
Pour que je passe.
C’était l’époque où un succès était un succès.
Pas un échec camouflé. Un vrai.
Mais je m’éloigne.
Je voulais seulement vous raconter cet oiseau.
Mort.
À cause de la réflexion.
Et si ce n’était pas de la réflexion de son image sur la fenêtre, mais sa réflexion sur sa vie qui lui aurait dicté son envol final.
Bang.
Mésange déprimée par trop de soleil.
Été interminable de canicule.
Trop de moustiques ou pas assez.
Probablement le résultat de la perte de contrôle des rois de la chaîne alimentaire qui ont bousillé le climat.
Et si c’était simplement ça.
Le constat réfléchi d’un oiseau qui ne voit pas le bonheur plus loin que son bec.
Je ne vois pas le bout du bonheur.
Mon nid vide.
Tiens une vitre.
Bang.
Fini.
Pourquoi pas ?
On pensera à une réflexion.
On ne cherchera pas plus loin.
C’est comme ça que meurent les oiseaux, non?
On n’autopsie pas les mésanges.
Encore moi leurs cerveaux.
Têtes de linotte.
J’en étais à ces réflexions.
Sur la vie des oiseaux.
Sur la mienne.
Celle des autres.
Celle de Jacqueline Jencquel.
Cette Française de 75 ans qui a décidé de mourir avant d’être malade, avant de subir les affres de la vieillesse.
Refuser le déclin.
Refuser que vieillir ce soit beau ou génial pour tout le monde.
C’était un peu le buzz de mon mur Facebook, cette nouvelle.
Cette mort assistée. 
Réfléchie.
Je ne dis pas que c’est bien.
Ni que c’est mal.
Seulement que c’est une belle matière à réflexion.
Encore ce mot.
Qui nous ramène aux grands débats.
Aux grandes questions.
Le droit de mourir.
De décider de ce qui est bien pour soi.
Sans se soucier si ça fait l’unanimité.
Si ça fait plaisir à l’humanité.
Ce qui m’amène à vous parler de ma lecture du moment : Sapiens de Yuval Noah Harari. Et sa brève histoire de l’humanité. Livre qui dormait dans ma bibliothèque depuis trop de mois. Livre fascinant. Sur nous. Sur ce qui nous entoure.
Qui nous ramène à l’essentiel.
Sur notre histoire.
Loin. Loin.
Mais pas tant.
Celle où nous avions la cervelle de ce petit oiseau.
À aujourd’hui. 
Celle où nous avons la cervelle de ce petit oiseau.
Couché sur le patio. 

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Image d’oiseau de lorisworld

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