Mon double.

marc_renJe ne voulais pas d’enfants.

J’aurai été ce genre de gars là. Je n’avais pas cette fibre paternelle que je détectais chez certains de mes amis. Je me souviens de mon ami Yohan, mon premier coloc, qui m’annonçait fièrement que sa blonde était enceinte. Il était tellement content. J’étais heureux pour lui aussi. Même si je ne comprenais pas ce que représentait ce sentiment de devenir père. J’étais à mille lieues de ça. Avec mes cheveux crêpés, mes bottes d’armée et mes vêtements rapiécés.

Pourtant.

Deux mois après cette annonce, j’apprenais, moi aussi, que tu ferais de moi un papa. Toi, mon fiston. Y’a près de 25 ans de ça, aujourd’hui.

J’ai eu le vertige quand je l’ai su. Une envie de me sauver. À l’autre bout du monde. C’était trop tôt pour moi. Pas prêt pour ça. Non. Je ne voulais pas entrer dans cette ère d’adulte. Je venais à peine de découvrir le monde, la vie et j’avais l’impression que ton arrivée mettrait une fin à une épopée exaltante et déjà trop courte : celle de l’irresponsabilité et de l’égocentrisme.

Je me souviens d’avoir appelé des chums pour leur annoncer la nouvelle. Je n’ai plus vraiment de souvenirs de cette soirée par contre. Noyé dans la bière et les larmes, j’ai parlé de mes peurs de ne pas assumer. Je parlais de la fin. Alors que j’aurais dû parler du début.

Et puis tu es arrivé. En avance. Prématuré. Avec ta face de souris et tes abondants petits cheveux blonds. Minuscule comme une poupée. Tu étais plus dans ma tête, mais bel et bien là. En vrai. En vie. Je me souviens d’être allé l’annoncer à ta grand-mère et ton arrière grand-mère. Tenter de dire, à travers les larmes, toute la beauté de ta naissance. Du choc que j’ai eu en touchant tes petits doigts. De te voir arriver, petit Marc minuscule. Un petit bonhomme qui entrait dans mes deux mains. Je ne pouvais pas te renier. Tu étais mon portrait caché.

Dans ce petit appartement ordinaire qui mangeait tous mes revenus, on s’est débrouillé, ta mère et moi, pour te créer un environnement plus ou moins adéquat. On avait un maigre salaire pour trois, pas d’auto, le minimum de meubles, et nos propres parents qui nous aidaient à te créer un petit chez toi. Facile? Pas vraiment. J’étais comme une balance. Heureux de t’avoir dans mes bras, malheureux du contexte dans lequel tu étais arrivé. Comme si on m’avait catapulté dans une autre galaxie. Autour de moi, je voyais des parents de mon âge plutôt bien nantis; tellement loin de ce que nous vivions, nous, comme famille.

Tu es devenu un petit homme enjoué. Tellement facile à vivre. On a déménagé. Encore et encore. On a acheté une maison. Ta sœur est arrivée. La vie est devenue plus facile, financièrement parlant. Et plus difficile, sous d’autres plans.

Et boum, en plein pendant ton adolescence, on a dû se séparer.

Trop loin. Beaucoup trop loin.

Le gars qui ne voulait pas d’enfant et qui devait maintenant s’en départir en a pris plein la gueule. Contre son gré. Hey. Je n’étais pas fait pour ça non plus, te quitter.

Te dire tout le mal que ça m’a fait. Que ça me fait encore.

Quand je te vois aujourd’hui. Grand. Fier. Droit comme un piquet. Le cœur sur la main. Ouvert aux autres. Toujours présent. Quand je te vois aujourd’hui et que mes bras ont de la misère à faire le tour de tes larges épaules, j’ai un sentiment de fierté incroyable. Tu es devenu tout qu’un homme. Tu es quelqu’un d’exception. Tu as gardé la candeur de tes jeunes années doublée d’une grande maturité. Une belle et grande insouciance contrôlée.

Aujourd’hui, il y a près de 25 ans qui nous séparent. J’ai pourtant l’impression de ne jamais avoir été aussi près de toi. Comme quand tu te couchais sur mon ventre, sur ce divan crado qu’on recouvrait d’un jeté pour cacher les trous. Nous sommes tellement proches. Pas physiquement, mais dans nos têtes. Cette même ligne de pensée. Ces valeurs que l’on partage, toi et moi. Notre caractère. Notre sens du devoir. On se ressemble, même si cette année, j’aurai le double de ton âge.

Plus je te vois et plus je t’admire.

Fier comme un paon.

Fier comme un papa.

Bonne fête, mon gars.

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Mini-Wheat

mini-wheatJe suis capable du meilleur. Comme du pire.

Gentil comme deux. Teigneux comme pas un.

J’ai autant de caractère que je suis mou.

Je suis de conversation insatiable. Vous chercherez le bouton pause sur ma gueule. Bla bla bla. Introuvable. Je suis aussi muet qu’une carpe. Yeux absents. Silencieux.

Je suis workaholic. Alignant les heures de travail. 12 heures par jour. 7 jours sur 7. Je suis lâche comme un âne. Préférant regarder pousser le gazon, plutôt que de le couper. Une larve.

Je ris à m’en décrocher la mâchoire. Je pleure à m’en fendre l’âme.

Je cours 15 km sans boire. Je bois à être incapable d’aligner deux pas.

J’ai encore des articles de cuisine que ma mère m’a légués quand j’ai quitté le nid familial à 19 ans. Je suis capable de dépenser une fortune pour un gadget que je n’utiliserai jamais.

J’aime le soleil au lever. J’adore m’endormir sous la pluie.

J’écoute de la musique partout : au bureau, à la maison, dans mon auto, en course. J’adore me retrouver tout seul dans le silence.

J’ai des clients qui me trouvent performant. J’ai des clients qui me courent après.

Pour les artistes, je suis en business. Pour le gens d’affaires, je suis un artiste.

Je mange bien. Je mange de la marde.

Je suis de droite, économiquement parlant. Je suis de gauche, socialement parlant.

J’aime aider les plus démunis. Comme je voudrais parfois leur botter le cul.

Je suis d’une simplicité involontaire. Je suis d’une complexité volontaire.

Je suis ici à rêver d’ailleurs. Je voudrais être ailleurs pour m’ennuyer d’ici.

Je ne voudrais pas vieillir. Je ne voudrais pas revivre ma jeunesse.

Je ne m’ennuie pas de mes enfants. Je pleure quand je les vois.

Je suis patient, capable de recommencer un truc des milliers de fois. Je capote à l’idée de refaire la même routine.

Parfois je trouve la vie si lourde. Parfois je constate que le temps passe trop vite.

Je suis trop vieux pour faire ça. Je suis trop jeune pour penser à ça.

Les jeunes m’énervent parce qu’ils ont raison. Les vieux m’emmerdent parce qu’ils ont raison.

Dans une grande ville, j’aime les parcs. En forêt, la ville me manque.

Je voudrais être quelqu’un d’autre. Je trouve que les autres ne sont pas mieux que nous.

Je suis un solitaire qui aime le monde.

Je ne fais pas l’unanimité.

On m’aime. On ne m’aime pas.

Je suis plein de contrariétés.

Full.

Je suis un Mini-Wheat.

Sain. Malsain.

Moins funny qu’une Froot Loops. Moins plate qu’une Special K.

Capable d’être sérieux. Incapable de l’être.

Éclectique.

Tissé d’une fibre de blé. Enrobé de sucre.

Et fier de l’être.

Côté positif. Côté négatif.

Un amalgame de qualités et de défauts.

Ying et yang. Noir et blanc. Abbott and Costello.

Je me méfie des gens unidimensionnels. Aux idées arrêtées. Incapables d’incartades. Comblés dans leurs certitudes. Convaincus de leurs croyances. Rarement plurielles.

Je pense que nous sommes multidimensionnels. Des diamants aux facettes multiples. Capables de refléter des nuances différentes. Surtout aptes aux actions irrationnelles, aux idées nouvelles. Surtout plurielles.

Je suis un Mini-Wheat.

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Le ton des mots

TM-smileyJ’ai écrit ce courriel avec l’aplomb d’un avocat.

J’ai relu chaque phrase, en prenant le temps de changer un mot précisant mal ma pensée, en choisissant un autre pour le remplacer pour m’assurer que l’idée générale de mon propos soit respectée et encore plus précise.

Je l’ai gardé dans ma boîte de brouillons quelques jours.

Une boîte à bouillon. Parfaite pour mariner des mots. Ça leur donne du goût et une consistance. Ça permet de donner de la saveur à un texte. Une pertinence. Ajoutez une pincée de virgules et le tour est joué.

J’ai ressorti le courriel pour une dernière lecture. J’en ai profité pour ajouter quelques smiley pour m’assurer que les endroits dans le texte où mon discours était plus léger seraient perçus comme tels. C’est comme ajouter du rire en canne dans un sitcom. Hey, c’est le temps de rire si tu ne le savais pas. On n’est jamais trop prudent quand on écrit un texte important. Quand on veut éviter toutes mauvaises interprétations.

Relire son texte. Cliquer sur envoyer. Pioup. Courriel en route. Attendre la réponse.

Qui ne vient pas.

Au bout de quelques jours, j’appelle la personne auquel le courriel était destiné.

- Allo, tu vas bien? T’as reçu mon mail?

- Oui. J’ai décidé d’attendre une couple de jours avant de te répondre. Le temps de le digérer. Pour ne pas écrire sous le coup de l’émotion…

- Heu… On parle du même courriel? Celui de lundi?

- Ouais. Je savais pas trop quoi en penser.

En penser quoi?

Coudonc.

Cette missive était claire comme de l’eau de roche. Des mots choisis un à un, avec parcimonie. J’ai jardiné dans Le Larousse. Des phrases construites avec la précision d’un chirurgien. Des blagues faciles à comprendre, avec des petites binettes (comme l’OQLF veut qu’on écrive emoticon), pour savoir que ce petit bout de texte est mis là pour adoucir le ton du discours. Dans un ton déjà hyper molo.

Selon moi.

Faut croire qu’il était uniquement sans ambiguïté pour moi. Pas pour son destinataire.

En cette ère numérique où jamais mots ne se seront autant échangés: par courriel, texto, tweet et statuts Facebook, combien de mauvaises compréhensions, imbroglios créés à coup de mauvaise sémantique, intonation, ponctuation, syntaxe?

Toute cette littératie. Le niveau de celui qui écrit, de celui qui reçoit. Tous ces mots aux différentes significations, écrits sur le coup de la colère, ou celui de l’humour. Tous ces degrés de lecture où l’ironie est perçue comme une insulte, ou un compliment exprimé comme une gifle.

Tous ces mots qui se changent en maux.

Tu m’énerves. Ça peut dire que tu me tombes sur les nerfs. Ça peut aussi dire que tu me plais. Tout dépend du contexte.

Vous envoyez un courriel que vous considérez anodin et vous déclenchez une guerre nucléaire. Boum. L’effet papillon multiplié par 1000. Un mot mal placé et vous changez le rythme d’un échange. Guerre et paix. Guère et pet. Et voilà. Vous êtes dans la merde.

Quand tu t’adresses à une seule personne, ça peut aller. Surtout si tu la connais, car tu peux adapter le niveau du texte à celui du lecteur. Quand tu t’adresses à une foule, comme on le fait en pub, vous imaginez le nombre d’interprétations auxquels votre slogan ou campagne peut avoir? C’est fou. Et déroutant.

Vous voulez savoir comment s’est terminée mon histoire?

La personne ne me parle plus. Fin. Plus de nouvelles. Rien. Malgré mes explications directes, mon point de vue exprimé au téléphone. Rien n’a changé. Son point de vue est demeuré le même. Intrinsèque. Mon courriel est resté logé dans sa gorge. Incapable de le digérer. Intolérance à ma grammaire. Lettre morte. Oraison funèbre. Fin.

Les paroles s’envolent et les écrits restent.

Imaginez quand ils sont, en plus, mal compris.

Ça devient des restes d’écrits qui s’envolent sans paroles.

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Je ne t’aime pas, mais ne sais pas pourquoi.

TM-Dummy- Allo Marc, j’ai un projet à te proposer…
– Cool. C’est quoi?
– Vendre tel produit.
– Mmm, je ne suis pas certain être la bonne personne pour en parler… Honnêtement, je ne peux pas dire que j’aime ton produit…
– Justement. C’est ce dont j’ai besoin.

Je me suis dit pourquoi pas, hein? Pourquoi pas.

Vierge. Ou le contraire, full contaminé.

Par mes propres préjugés et ceux des autres. Surtout ceux des autres. Ce qui est encore pire, vous en conviendrez. Allez. Ne me dites pas que ça ne vous arrive jamais. Je ne vous crois pas. Je vous lis sur Facebook. À colporter des trucs sur lesquels vous vous fiez uniquement à l’opinion de vos amis pour prendre position. Si si. Allez. On est entre nous. Vous faites comme ça, vous aussi. Allons. Soyons honnêtes.

Baser ses idéaux sur des idées basses.

Même pas les nôtres.

J’ai accepté ce mandat parce que justement je n’aimais pas le produit que j’avais à vendre. En réalisant rapidement que je le connaissais, avant tout, très peu. Nuance majeure. Ça peut vous sembler louche, mais ça vient (trop) souvent ensemble. Cette peur de l’inconnu qui nous pousse rapidement de l’autre côté. Nos perceptions négatives renchéries par les influenceurs qui nous entourent. On n’aime pas parce que buddy, votre pote avec qui vous avez 103 amis en commun sur Facebook, celui qui a voté comme vous, avec qui vous partagez un avatar de couleur rouge, noir, ou blanc, mais vraiment surtout parce que votre buddy ne l’aime pas.

Bref. J’ai accepté le mandat en me disant que si je ne suis pas leur client type pour un paquet de raisons, plus ou moins logiques, plus ou moins bonnes, avec des perceptions que je partageais avec un paquet de gens qui ne sont pas leurs clients non plus, ben, ça pourrait les aider. Je suis comme ça.

Éthiquement? Ne venez pas me faire de chichi. Je suis en pub. I am annoying by definition. And I know it. And It’s my job to be. Vous mettre des trucs dans la tête. Vous faire aimer des produits. Même ceux que je n’aime pas moi même. Vous faire hésiter. Vous faire changer d’idée. Avec mes arguments. Ma force de persuasion. Ben oui. C’est mon métier. De vous faire tomber en amour. J’exagère à peine. Du moins, j’espère vous matcher. Une petite vite. Vous verrez après si ça va plus loin. Ça vous appartient. Au produit et à vous. Moi, je ne suis que l’entremetteur. Cupidon.

Quand j’y pense, mon client avait raison.

J’étais la meilleure personne pour me convaincre qu’un produit honni était parfait pour moi.

Est-ce absolument indispensable d’aimer le produit pour bien en parler? Non. Il faut le connaître par contre. En chassant toutes nos perceptions injustifiées.

Hey produit, je ne t’aime pas, même si je ne sais pas trop pourquoi. Et si je mettais mes préjugés de côté et qu’on repartait on scratch, toi et moi?

C’est ce que j’ai fait. Je suis devenu le crash test dummy du produit en question. Pour vous.

Goûter. Cracher. Regoûter. Nuancer. Regoûter. Trouver des qualités. En parler. Reconnaître les défauts. Les rendre moins évidents. Chercher les mots pour en parler. Trouver des arguments. Sans bullshiter. Réaliser que rien n’est tout blanc. Ni tout noir. Que j’avais raison! Que j’avais tort!

Est-ce que j’ai réussi? Les ventes le diront.  Dans mon métier, on peut bien se trouver bon, mais c’est le son du tiroir-caisse qui nous dit si nous le sommes ou pas.

Je sais par contre un truc : ma vision du produit en question a carrément changé. Je suis moins campé dans mes positions, moins tranché dans mes opinions. J’ai réalisé que la force de mes préjugés était particulièrement tenace et que je parlais (un peu, pas mal, trop) à travers mon chapeau.

Maintenant, je n’aime pas plus le produit, mais je sais pourquoi.

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Les mille et une vies

TM-Marcface-direction

J’ai déjà acheté un banc de scie. Une scie sauteuse. Une scie circulaire. Une scie à onglets. Quatre ou cinq perceuses. Des équerres. Des serre-joints. Mille et un machins. Vis, clous, armatures et bois.

J’ai déjà été un vrai gars.

Comme mes chums.

Avec une remise et un établi.

Le samedi matin, j’allais chez Rona et chez Canadian Tire où je croisais des gars comme moi.

Dans une autre vie, j’étais un gars de maison. Avec tous ses outils accrochés fièrement au mur, le sac à clous à la ceinture, le crayon sur l’oreille.

Aujourd’hui, juste l’idée de visser une ampoule me lève le cœur.

Je déteste rénover.

Regarder la circulaire d’une quincaillerie me fait autant bander que tous les tomes de Fifty Shades Of Grey. En images.

Mes outils sont éparpillés un peu partout. Je n’ai souvent aucune idée à quoi servait un truc que j’ai acheté des années auparavant. Et je m’en fous.

Je ne suis plus là. Ma vie est ailleurs.

Je me suis déjà acheté un sac de golf. Des bâtons à l’unité sur eBay. Driver. Sand Wedge. Putter. Des quantités de sortes de balles. Pour corriger une déviation. Aller plus loin. Rouler plus longtemps. Nike. Taylor Made. Tiltest.

On jouait le samedi matin aux aurores. Toujours les mêmes quatre compères. On allait déjeuner vers 6h et jouer sur les terrains qu’on réussissait à réserver dans des villes différentes. Éric, Michel, Steve. Sous le soleil. Sous la pluie.

Puis, j’ai sauté une semaine.

Deux.

Un mois.

Un été.

En allant dans la remise, j’ai vu mon sac.

Un écureuil a bouffé la serviette accrochée à celui-ci. Mes bâtons sont demeurés couverts de boue. Celle de ma dernière partie jouée sous la pluie. Mon sac se balançait sur un clou comme un pendu. Effigie d’une vie antérieure.

Dans une autre vie, j’étais un golfeur. Un très mauvais.

Aller au golf, maintenant? Bof. Une fois par année, avec des chums pour une activité caritative. Un prétexte pour les voir à l’après-golf. Uniquement.

Quand j’ai commencé ma carrière en pub, j’étais de toutes les activités de réseautage d’affaires. Les soupers de Chambre de Commerce. Le serrage de mains. Échanges de cartes de visite. Promesses de rendez-vous. Contrats accordés par référence.

Avec mes pantalons à plis et mes chemises à rayures. Je n’y étais pas très à l’aise, mais fallait y être. Pour les affaires. Alors, le soldat en moi y allait.

Je n’y ai pas mis les pieds depuis des années.

Et je fais toujours des affaires. Même si je rencontre des gens tout en oubliant de leur donner des cartes.

Dans une autre vie, j’étais un homme d’affaires.

Plus maintenant.

Je suis toujours dans le même domaine, mais je suis différent. On m’engage parce qu’on aime bien ce que je fais. Mon style. Ma vision. Pas parce que j’ai payé un verre ou soupé dans une activité. Je travaille en short ou en jeans. En t-shirt. Souvent mal rasé. Les cheveux en bataille. En me faisant demander, chaque jour, si je suis en vacances.

J’ai déjà détesté l’hiver à m’en confesser.

J’ai déjà adoré l’hiver à lisser une patinoire à -35 tous les soirs pour amuser les enfants.

J’ai déjà redétesté l’hiver parce qu’il était simplement long à en plus finir.

J’ai quitté la région pour habiter la ville en crachant au sol, jurant ne jamais y revenir. Pour y revenir. J’ai détesté la campagne jusqu’à ce que j’y habite pour affirmer que je n’y retournerais jamais. Je ne voulais pas d’enfants, j’en ai deux merveilleux dont je ne voudrais jamais me séparer.

À l’aube de mes cinquante ans, j’ai l’impression d’avoir déjà vécu plein de vies différentes.

À aimer des trucs que je déteste aujourd’hui.

À détester des choses que j’adore aujourd’hui.

Des moments enivrants, difficiles, joyeux, affreux ou déroutants. Bien pépère, le cul dans un gros fauteuil confortable ou à la limite du vertige, la fesse sur une chaise bancale sur un fil de fer.

Tels des chats, nous avons cette faculté de revivre. De retomber sur nos pattes. Malgré des chutes dont on ne croyait jamais se remettre. Au lieu de s’écraser, à rebondir ailleurs. Plus loin. À avancer ou reculer. Nos vies ne sont pas linéaires ni chronologiques. On peut apprendre la mort tout jeune et commencer une carrière à l’âge de la retraite. Nos vies se succèdent. À grands coups de reniements. À grands coups de jamais et de toujours. Pour finalement prendre des directions insoupçonnées. À se remodeler selon les gens qui nous entourent, les passions qu’on découvre, avec la maturité qui nous rassure de plus en plus sur nos choix.

Je ne sais pas où je serai dans cinq,  dix ou vingt ans.

Sûrement dans un autre cycle.

Ailleurs. Un peu plus près de moi.

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Chroniques malaysiennes 06 – People

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– Je me demandais, y’a des conflits entre les gens par rapport à ce que tu me racontais hier?

Brandon à pris le temps de prendre une puff de sa cigarette pour me répondre que non.

Non. Les musulmans sont privilégiés par rapport à l’achat de terrains, de possession d’immeubles, mais Brandon qui ne l’est pas, me dit que c’est correct comme ça. Et que la plupart des gens pensent comme lui.

Brandon est chinois et c’est le gérant du petit hôtel où j’ai débarqué à Kuching. On avait jasé pas mal la veille de mon départ  pendant que je prenais une bière et lui fumait une cigarette, on a parlé d’un paquet de trucs et on a continué le lendemain puisqu’il s’était offert de nous accompagner un peu partout à Kuching en cette dernière journée.

On a en profité pour jaser chacun de nos quotidiens. À la fois si différents, mais tout autant tellement semblables.

Prenons par exemple, le cas des premières nations. Les natifs, comme on les appelle ici. Dans l’état du Sarawak, on dénombre pas moins de six ethnies qui habitaient l’île de Bornéo avant la colonisation. Brandon pense que ces groupes ont fait une erreur en acceptant de l’argent et des maisons pour pallier à leurs héritages ancestraux. Qu’au lieu de ça, ils auraient pu s’éduquer et en profiter pour se développer eux-même.

- Same thing in Canada, Brandon. And in a lot of countries where i have been.

Brandon a sourit.

Voilà l’essence même du voyage.

Découvrir. Apprendre. Échanger.

Si vous visitez uniquement des lieux, vous manquez l’essentiel du voyage.

De toute façon, les lieux sont souvent mieux dans les livres. Les photos y sont toujours meilleures que les vôtres. Vous pouvez y aller aussi directement sur Google Map. Zoomer. Tourner à gauche. À droite. Regarder cet immeuble, cliquer dessus et lire tout ce qui le concerne sur Wikipedia.

Je sais pas.

Pour moi, c’est pas voyager.

Il vous manque l’essentiel.

Ceux qui habitent ces lieux.

Comment ils vivent. Qu’est-ce qu’il mangent. Ils font quoi comme travail.

Ils sont pour la plupart, comme vous. Avec ou sans famille. Une blonde ou pas. Divorcé. Sans travail. Trop de travail. Monoparental. Les côtoyer vous fait réfléchir à votre propre existence. Votre vie. Sans jouer le jeu des comparaisons, il faut savoir relativiser pour éviter des conclusions biaisées par rapport à ses propres expériences. Apprendre sans juger, quoi.

Voyager c’est ça.

Sentir le parfum du durian, ce fruit emblématique de la Malaisie. Ce fruit qu’on dit qu’il ne faut pas se fier à son odeur dégoûtante, si prononcée qu’il est interdit dans avoir en sa possession dans les transports en commun et dans les hôtels. Mais faut surtout y goûter. Je l’ai fait. Ça goûte la marde. En fait, c’est pire que le sentir, car la texture est pareille à du vomi de bébé. Mais fait y goûter. Pour le savoir.

Les odeurs de voyage m’enivrent.

Celle des caniveaux secs qui vous remontent dans le nez quand vous marchez sur un grillage d’égout. Celles du street food. Barbecue improvisé au coin d’une rue. Toutes ces étales dans les marchés publics où ces poissons vous regardent sans que vous sachiez leurs noms. Il faut aussi y goûter. Passer par dessus le dégoût et foncer. Parlez au pêcheur, il vous passionnera.

Plus des trois quart de mes repas en Malaisie ont été pris dans la rue. Assis tout croche sur une table bancale, à commander des trucs sans savoir c’était quoi. À demander au serveur, vous, vous mangeriez quoi. A me tromper rarement. À bouffer des trucs dont je vais m’ennuyer pendant l’année qui vient.

Et tous ces gens autour qu’il faut découvrir.

J’ai parlé avec des Polonais, des Italiens, des Français, des Allemands, des Chinois, etc. Name it. On fait le tour du globe rapidement quand on parle aux gens autour de soi. On appelle ça : voyager en double.

Si c’est dépaysant? Pas à peu près.

Épeurant? Bof. Je sais pas.

Je pars du principe que les gens ont de bonnes intentions dans la plupart des cas. À moins de jouer les matamores dans des quartiers malfamés dans le milieu de la nuit, je pense que les gens sont bons. Et en t’adressant à eux de cette façon, tu viens de mettre la table à une relation saine. Si tu débarques avec ton attitude sauvage de touriste avec du cash qui veut être reconnu et adulé comme un conquistador, tu donnes un ton négatif à une relation naissante. Qui veut tisser des liens avec un trou de cul?

Voyager c’est aussi apprendre à se connaître.

À se découvrir soi-même.

Voyager, c’est thérapeutique.

Et malheureusement, ça a une fin.

Jusqu’au prochain.

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Chroniques malaysiennes 05 – Cher colonel

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Cher Colonel Sanders,

je t’écris cette lettre en sachant très bien que tu es enterré (on t’a même peut-être panné, qui sait…) quelque part dans l’état du Kentucky. Tout jeune, je t’ai vu à Chicoutimi, tu étais venu inaugurer un nouveau resto Poulet Frit à la Kentucky. C’était ton nom à l’époque. Avant de te cacher sous les lettres PFK. Ou KFC, partout ailleurs dans le monde. Je me souviens, tu étais débarqué à bord d’une longue limousine blanche. Tu ressemblais à deux gouttes d’eau à la tirelire à ton effigie que j’avais dans ma chambre.

Quand je pense à toi, j’ai de beaux souvenir en tête. Ces longues files en avant de ton resto, le jour de la fête des mères. Ces midis entre amis, quand j’étais au secondaire, pour pallier quand on nous servait de la bouette à la cafétéria de l’école. Et aussi, cette odeur que ton resto dégageait au début du quartier où mes parent avaient finalement acheté une maison.

De beaux souvenirs.

J’en ai aussi de moins bons.

Ce sentiment qu’après avoir ingurgité ta merde pannée, j’ai le goût de m’acheter un nouveau foie en Inde sur Ebay. La certitude que tu es responsable d’une grande partie de l’obésité morbide de tout un continent. Mais celle qui me frappe encore plus depuis que je suis en Malaisie : mais qu’est-ce que tu fais dans ce pays?

Ici, tu es partout. Partout.

Dans tous les aéroports, les centres-villes, les centres d’achats. Partout. Je ne t’ai pas croisé sur les Îles, mais je suis certain que tes emballages flottent quelque part sur la mer de Chine.

Tu fais quoi ici, bordel?

Tu es ici au confluent de trois grandes cultures gastronomiques: celles de l’Inde, de la Chine et de la Malaisie. On est à mille lieux de ta salade fluorescente, ta sauce brune douteuse et tes épices de merde qui camouflent uniquement le goût du gras de ton poulet.

Sors un peu de ton paradis de la graisse et suis-moi. Je te fais un tour guidé des alternatives culinaires de ce beau pays.

Pour commencer, pour déjeuner, tu pourrais essayer un Nasi Lemak. Ici tout le monde bouffe ça. Un riz cuit dans du lait de coco, aromatisé de piments, d’anchois frits, d’un œuf cuit dur et d’arachides. Enveloppé dans une feuille de bananier, tu as l’impression de recevoir un cadeau. Le prix? Ridicule. Et c’est vraiment bon. Et très nourrissant. Si tu es plus du type pain, vas-y pour le Roti Canai, une crêpe qui ressemble un peu à du pain naan indien. Un pain de farine avec du beurre ghee, cuit sur la plaque et servi avec un curry. Plus gras un petit peu, à peine, mais vraiment bon.

Si tu vas manger sur Jalan Olor à Kuala Lumpur, c’est facile à trouver – y a un de tes restos avec ta grosse face, juste à côté – tu te trouveras en plein cœur des hawkers de KL. Ici, tu auras l’embarras du choix. Tu pourras manger des palourdes au sambal olek, qui te font suer jusque dans le fond de la gorge. Si tu veux pas te salir les mains, tu peux préférer manger de la raie, avec la même sauce. Tu la détacheras doucement à la baguette et tu tempèreras le piment en mangeant du riz parfumé. C’est bon…. Surtout si tu manges la peau. Oui oui, comme ton poulet.

À Penang, tu pourrais profiter des pêcheurs qui débarquent soir et matin et opter pour manger des coquilles. Cuites à la vapeur rapidement avec rien d’autre, pas de sauce, rien. Elles sont crissement difficiles à ouvrir, je te l’accorde, mais quand tu réussis, c’est le bonheur. Ça goûte la mer, le sel, le frais. Si tu es du type plus aventurier, un colonel ça doit l’être, vas-y pour les bigots. Ces gros escargots cuits dans une sauce épaisse. Quand tu vas en commander tu les vois bouger, se gluer l’un sur l’autre, et 5 minutes après, ils sont dans ton assiette. Avec ta baguette, tu les pousses au complet dans ta bouche pour lécher la sauce, ensuite comme elle est propre, tu coince la coquille sur tes lèvres et tu aspires l’intérieur. C’est pas facile. La bête est récalcitrante. Et un peu caoutchouteuse. Mais voilà tout son charme. Dans le même registre, attaque-toi aux couteaux, les cuttlefish, tout aussi goûteux. Et tout ça pour le quart du prix d’une de tes merdes.

On continue dans le poisson, si tu veux bien, c’est mon dada. Si tu passes par Cameron Highland, il faut que tu débarques au resto Kougen. Le proprio porte un chandail écrit Canada. Il est adorable. Tu commandes, comme moi, des petits Shishamo. Ce sont des poissons qui ressemblent étrangement à nos éperlans, sauf qu’elles (!) sont enceintes. Les poissons ont le bedon plein d’oeufs, comme une farce. Tu les manges au complet. C’est délicieux. Et si tu fais comme moi et que tu laisses les têtes dans ton assiette, monsieur Canada va te dire : iou have tou eat ze head tou. Fais-le, il a raison. Tout est bon. Ici, à Kushing, laisse-toi tenter par une salade Umai. C’est ce que les mexicains appellent une ceviche, ce poisson cuit dans le jus de lime; mais ici, on y ajoute du concombre et des piments qui font pleurer des yeux.

Le poulet, tu connais? Ici on le frit aussi. Tout autant qu’on le cuit à la vapeur, au four, au tandoori, on le saute, flambe, laque, en soupe, en riz, en pâtes, en dumpling.

Si tu es plus du type bœuf, go pour le Redang, ce mélange indonésien d’épices et de lait de coco qui te transforme un rôti de palette en filet mignon. C’est épicé, certes, mais avant tout riche en saveurs. J’en ai même mangé dans une pizza, en regardant du foot. Avec trois ou quatre Tiger, la bière locale, tu ne t’ennuieras pas de ta salade de nouilles.

En parlant de nouilles… Faut vraiment que je te parles des plats de nouilles d’ici? En soupe, frites, ou sautées, avec légumes, poisson, œufs, poulet, name it. Tu peux manger différent chaque jour avec les mêmes ingrédients. T’as qu’à changer d’étales, de quartier. Ou de ville. Et les nouilles se réinventent. Pas certain pour tes recettes secrètes, mon colonel.

Alors, ça te dit? On va bouffer?

Tu vas voir, tu vas t’en lécher les doigts, mon Harland.

Et ça goûtera pas le suif.

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Chroniques malaysiennes 04 – Arrêter

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Dormir.

Sur la plage de sable blanc.

Sur la galerie du chalet.

Dans le lit.

Je dors l’après-midi.

La nuit.

Pas de farces, pour un insomniaque, dormir la nuit, c’est le pied.

Je dors.

Je ne fais que ça depuis que j’ai mis les pieds sur Besar, la plus grosse, mais la moins achalandée des Îles Perhentian.

Faut dire qu’il a fallu se lever tôt et prendre un avion de Penang vers Kota Bharu, partager un taxi avec un couple de jeunes français avec qui nous avons discuté en anglais quinze minutes avant de réaliser que tout le monde, à part le chauffeur, parlait français, et nous nous sommes dirigés vers Kuala Besut, situé à une heure de l’aéroport. Sur la route, j’ai vu mes premières maisons en bois. Un peu comme en Amérique du Sud, la plupart des habitations ici sont en ciment, mais sur cette route de campagne, j’ai aperçu plusieurs petites maisons construites avec des matériaux différents. On dit de Kota Bharu, qu’elle est la ville la plus traditionnelle de la Malaisie et qu’elle est très religieuse. Je ne pourrai pas vous dire si c’est vrai, j’en aurai visité que son aéroport et cette route de campagne. Arrivé à Kuala Besut, ce petit village côtier, nous avons pris un bateau jusqu’aux îles. On ne trouve pas de gros resort sur ces îles, mais de petites habitations, comme notre chalet, avec tout ce qu’il faut : un lit, un petit frigo et une douche/toilette. Rien de luxueux, mais à moins de 50 pieds de la mer de Chine qui a besoin d’une Tv et d’un séchoir à cheveux? Pas moi.

En plus, ici, je dors. C’est un boni. Et y a pas de prix pour ça.

Perhentian veut dire arrêter en malais. Ça s’invente pas.

Et c’est exactement ça que j’ai l’impression de faire. Arrêter pour la première fois depuis des mois.

Pour vrai.

Une vraie remise à zéro. Avec l’envie de reprendre chaque minute passée à regarder le plafond pendant mes longues nuits d’insomnie.

Il est 21h30.

Un orage soudain vient de s’abattre. Les vents balaient les arbres autour. La pluie frappe la fenêtre du chalet. Les éclairs frappent la mer pour y mourir. Les orages sont comme les épreuves de la vie: elles frappent sans avertissement et bouleversent soudainement tout ce qui était calme autour de soi.

Dans mes écouteurs, joue Burial. Come Down To Us. Une toune qui se marie parfaitement à la pluie et l’Asie.

Le tonnerre est assommant. Il fait vibrer le chalet. J’adore les orages. Parce qu’ils sont invariablement suivis par un accalmie. Le calme après la tempête.

Je suis heureux d’être ici. Sous cette pluie. Au loin.

Des fois, j’ai l’impression de me retrouver uniquement quand je suis loin de chez moi. Ailleurs. J’étais petit, enfant, et déjà j’étais toujours prêt à déguerpir. À m’en aller. Comme si la sédentarité me pesait.

L’inconnu est palpitant. Ce sentiment de perdre ses balises. Sa routine. Détourner les heures qui s’empilent sur son bilan. Ces minutes précieuses qui s’égrainent de sa vie. Je ne veux pas les passer à regarder des reprises. Ni à revivre les mêmes choses. Non. Je veux du nouveau. Même des orages.

C’est cool les orages.

On dort bien sous l’orage.

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Chroniques malaysiennes 03 – Muskol No.5

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Elles doivent avoir entre 15 et 20 ans. Difficile de placer un âge sur les asiatiques.

Elles sont cinq. Cinq petites Malaises à rigoler dans le bus qui relie Kuala Tahan à Cameron Highlands. Elle sont belles à voir. Avec leurs foulards multicolores, leurs sourires coquins et leurs yeux pétillants. Elle nous suivent depuis qu’on a pris le bateau en destination de Taman Negara. Sur le quai, quand je les voyais se photographier avec leurs téléphones, je leur ai offert d’en prendre une où elles seraient toutes présentes sur la photo. Elles ont accepté en riant et se sont placées bras dessus bras dessous, une avec les doigts en Peace and Love et une autre avec grimaces, démontrant leurs personnalités distinctives. Clic. Moment de bonheur. Ma fille avec ses amies. Sans les hijabs.

Et voilà que je les retrouve, trois jours après, en route comme nous pour Cameron Highlands.

Dans le fond, le monde est petit. Tu t’en rends compte quand tu le visites. Et si dans le fond, je suis incapable de donner un âge à ces petites, c’est peut-être parce que les voyages forment la jeunesse.

Le monde est beau à voir.

Je me disais ça quand j’entendais la pluie tomber sur le toit de notre chalet en plein coeur du parc Taman Negara. «Parc National» en malais. C’est le plus grand parc de la Malaisie avec plus de 4500 km carré. Ses forêts, vieilles de plus 130 millions d’années regorgent de plus de 250 variétés d’animaux et de milliers d’espèces d’insectes. Malgré les deux randonnées, dont une nocturne, nous n’en n’avons pas vu beaucoup. Période sèche oblige. J’aurais aimé vous dire que j’avais un serpent dans ma botte, comme Woody, mais mis à part ce minuscule petit verdâtre qui pendait sur une branche au-dessus de notre tête pendant notre marche de nuit, il aura fallu se rabattre sur le son lointain des guibons et les cris stridents des oiseaux et insectes.

- Tiz snéke iz small. Dis-je au guide.
– Yez, but veri danzerousse, répond le guide.
– Let’z continu, d’abord.

Pour se rendre au parc, on doit se taper quatre heures de bus et trois de bateau. Mais ça vaut la peine. Ce parc est magnifique. Une forêt luxuriante si dense qu’on peut difficilement voir plus loin qu’un mètre en avant de soi.

Nous l’avons visité par les eaux à bord d’une petite embarcation qui nous a amené jusqu’à une cascade ou on a pu faire baisser la température de nos corps pour la première fois depuis KL. N’eut été des millions de guêpes qui me tournaient autour pendant que je me séchais sur une roche, j’aurais pu penser que le paradis ça pourrait ressembler à ça. Sans les bzzzzzzzz.

Parlant de bzzzzzzzz. À la brunante, vaut mieux se parfumer au Muskol no.5. J’ose pas imaginé pendant la saison des pluies.

Le chalet qu’on avait loué ressemblait à ceux de la Sepaq dans les parcs du Québec. Vraiment bien. À la différence qu’au lieu d’avoir des ratons laveurs autour, ce sont plutôt les macaques qui en sont maîtres des lieux. En fin de journée, en route pour une douche (froide) méritée, y’avait un attroupement de ces singes à quelques mètres de notre chalet. Pas très farouches, ils ne s’occupaient presque pas de nous. Sauf un. Un gros mâle agressif nous a montré les dents en se ruant sur nous. Histoire de protéger son clan.

- Ok bonhomme, je te laisse tes femelles, je veux juste passer.

Disons que ça c’était dans ma tête. J’ai plutôt reculer de 10 pas, en disant à ma blonde:

- Tiens, et si on faisait un détour par cette trail, ça semble plus beau par là.

Moi aussi, je voulais protéger mon honneur.

Et ma femelle.

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Chroniques malaysiennes 02 – Terima kasih

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Terima kasih.

Me semble que ce n’est pas compliqué.

Terima kasih. Deux mots. Cinq syllabes. Merci en malais.

J’ai finalement dit au chauffeur de taxi « thank you ».

Fuck le dictionnaire. Y a un mois, j’ai acheté un Berlitz Anglais/Malais, histoire de me débrouiller un peu pendant mon séjour, mais je n’ai même pas réussi à apprendre les 10 mots qui apparaissent en quart de couverture. 10 mots indispensables : oui, non, pardon, svp, merci, où sont les chiottes, etc.

Bref, ici on parle anglais.

- Ouėre iz ze chiotte?
– Zère, near ze kitzen…

Ha le plaisir des chiottes sur la route.

Toujours surprenantes. Un resto de bord de route avec des toilettes nickel, un resto tout propre avec des chiottes de chiottes. Aller à la toilette, en voyage, c’est ouvrir un cadeau-surprise, à chaque fois. Et pour continuer l’analogie, assure-toi d’avoir du papier pour emballer le cadeau. Au cas.

Bref, ici presque tout le monde parle anglais.

Faut dire qu’avec le paquet de nationalités qui habitent le pays et tous ces touristes qui y débarquent, fallait bien se trouver une langue pour se comprendre. La Malaisie est peuplée principalement par trois groupes ethniques : les Malais d’origine (50 %), les Chinois (24 %) et les Indiens (7 %). Faut éviter de mélanger les mots malais et malaysiens. Les malaysiens étant les habitants de la Malaisie, toutes ethnies confondues. Y a eu pas mal de brasse-camarade entre ces différents groupes, mais depuis les années 70′, l’année de l’ammoooouuuurrr, il semble que tout soit rentré dans l’ordre et que la plupart, même s’il ne sont pas enclin à s’identifier malaysiens ou malaysiennes, préférant garder leurs propres identités, ont tout de même appris à vivre ensemble et à se respecter.

Y a un côté sympathique de voir tous ces gens de cultures différentes, partager un pays. Si j’étais de mauvaise foi, j’aurais tendance à faire des comparaisons avec chez nous. Mais comme je suis en vacances et que je suis bien ici et que je m’ennuie pas trop de chez nous, je vais vous laisser à vos propres conclusions.

L’anecdote du taxi, m’a fait réfléchir sur mon propre rapport avec les langues. Comment je me comporte quand je dois utiliser une autre langue que la mienne et faire la conversation. La vérité? J’ai l’impression d’être un imposteur.

Je suis comme le Zelig de Woody Allen. Cet homme-caméléon qui, au contact d’une autre personne, prenait son accent et ses traits pour devenir son double.

C’est ce que je suis. Une éponge. Une papier carbone. Un photocopieur.

Je suis un peu comme ça avec les langues.

Prenez Guillaume, ce jeune Français bavard (je sais que c’est un pléonasme..) qui m’a empêché de dormir/écrire/lire en me faisant la discussion dans le bus pendant tout le trajet de trois heures vers Jerantut. Travaillant en Australie, il est venu passer une semaine en Malaisie. Aussitôt que je me suis mis à lui parler, j’ai commencé à modifier mon vocabulaire et employer des mots que je n’utilise jamais. Pétard. Du coup. Alors. Je me suis même mis à avoir un accent directement sorti des films de Pagnol. Gênant. Si Guillaume s’était appelé Georges et qu’il était né dans une banlieue londonienne, j’aurais pris l’accent de Downton Abbey et utilisé des mots comme shocking. Pathétique.

Zelig, je vous dis. Ridicule. Et j’y suis pour rien, je vous assure. Ça ne vient naturellement. C’est encore plus troublant.

Ça explique sûrement pourquoi je n’ai jamais jugé les vedettes québécoises qui font un tabac en France et qui se mettent à parler en cul-de-poule. Je fais pareil. Je dirais même pire. Parce que je suis pas une vedette et que ça me prend que 5 minutes pour être assimilé sans être en immersion totale. Alors quand vous vous foutiez des Diane Tell et des Stéphane Rousseau, moi je riais jaune en regardant ailleurs.

Par solidarité.

Pas de farces, je m’écoute parler et je m’énerve moi-même.

Bordel de merde.

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