Facebeurk.

TM-Marcface_colereMange de la marde.

Fuck you.

Meurs.

Tu mérites que ça.

Criss de con.

Il est beau notre monde.

Surtout dans les médias sociaux.

Facebeurk. Twitteurk.

140 mauvais caractères. 50 nuances de brun.

Tous ces propos dénigrants. De part et d’autre. Toute cette agressivité de moins en moins retenue. Des mots à saveur de vomi. Des dialogues de violence. Du vitriol sous la langue. Des mots qui frôlent plus les fesses que l’esprit. Tous ces propos absents d’intelligence.

Et tout ça au prix de la vérité.

Ho bien oui.

Parce que c’est bien de ça qu’il est question. La vérité.

Vous la détenez tellement qu’elle vous donne le droit de la cracher à la gueule du premier qui vous contestera. Vous videz de pleins chargeurs de propos haineux sur les gens qui osent avoir une opinion différente de vous. Vous les abattez au prix de votre vérité.

J’ai le droit de te traiter de con. Parce que j’ai raison. Et pas toi.

Toute cette haine me dégoute. Tout ce dénigrement justifié.

Ce n’est pas les idées différentes des miennes qui me font capoter. C’est de la façon dont vous les exprimez. Cette manière désinvolte de désamorcer la violence. De la légitimer. Mes idées sont tellement nobles que j’ai droit de te les chier dessus. J’ai tellement raison que c’est normal de traiter de tête de noeud. Vraiment?

Je me rappelle la première fois où j’ai aperçu une affiche, près d’une caisse dans un grand magasin, qui disait qu’aucune violence verbale ne serait tolérée. J’avais été surpris. Faut vraiment écrire ça? Faut vraiment rappeler aux gens, l’importance de communiquer de manière polie? Faut rappeler aux gens qu’une serveuse de restaurant n’est pas l’unique raison d’un retard, qu’elle fait partie d’une chaîne et que de s’en prendre à elle quand ça se bouscule en cuisine, ne règle rien. Faut vraiment rappeler aux gens que le caissier qui te fait payer n’a aucun pouvoir sur le prix de l’objet que tu achètes et que le vilipender n’en fera pas baisser le coût.

À la blague, quand je suis au volant de ma voiture et qu’un automobiliste me dépasse de façon abrupte, je fais souvent semblant de lui crier : hey le sauvage, tu ne sais pas vivre!!! Ça me fait rire. De penser que mon intervention n’est pas plus brillante que son geste.

Nous vivons une époque de cynisme qu’on attribue trop facilement à de la critique constructive.

Internet pullule de sites de parodies. Ridiculisant les gens à gauche et à droite. Souvent des grossièretés rendues sous le couvert de l’humour. L’humour pardonne les propos injurieux. «Mange de la marde, madame, va chier, madame, c’est une joke, madame» parodiait Paul et Paul (Claude Meunier, Serge Thériault et Jacques Grisé) dans leur disque Remi AM/FM. C’est une joke, madame. Ris. Même si je t’envoie promener. Comme flatter avec un gant de crin. C’est toujours plus drôle de rire des autres que de soi.

Le désabusement face à la société rend les gens intransigeants entre eux. On n’est plus au niveau des idées, mais de celui de qui te les poussera le plus loin dans la gorge. À coups de tabarnac de con. À coups de vérité absolue.

Je pense que la violence est l’arme des faibles.

Je pense que l’injure est un manque d’arguments.

Je pense qu’haïr les gens te fait plus de tort à toi-même qu’à ceux que tu hais.

Je pense que l’ultime vérité n’existe pas.

Je pense qu’une langue dans le vinaigre, c’est simplement dégueu.

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Des mots qui frappent plus qu’une cuiller de bois.

TM-Marcface-decevoirEnfant, je n’ai jamais subi de violences de la part de mes parents.

Ni physiquement. Ni en paroles.

Jamais fait traiter de noms. Jamais reçu de claques derrière la tête. Ma mère m’a raconté qu’un jour, elle m’a donné une tape sur les fesses, mais que c’est elle qui avait pleuré. Moi, je ne me rappelle de rien. Ça donne une idée des séquelles que j’en ai gardé.

Mes parents étaient fermes et autoritaires sans toutefois être trop sévères. En fait, mon père parlait peu. C’est ma mère qui faisait la discipline. L’absence de parole du paternel était pourtant beaucoup plus inquiétante: elle nous faisait craindre le pire. S’il fallait qu’il parle. Watch Out. Ma mère, comme bien des mères des années soixante-dix nous servait, à ma sœur et moi, lorsque nous étions turbulents le classique «attendez que votre père arrive». Ces cinq mots avaient l’effet d’arrêter le temps. D’assombrir le ciel. Soulever le vent. Balayer les feuilles mortes. On pouvait apercevoir la tempête venir de loin. Non! Maman, pas ça!!! On arrête, promis!!! La crainte fait souvent plus mal que le réel.

C’était un des deux trucs ratoureux de ma mère. Elle ne disait jamais rien à mon père, mais on ne courait pas le risque. Au cas. On roulait sur la peur. Sur l’inattendu.

Son autre artillerie lourde, la pire de ses tactiques de destruction massive je dirais, celle qui me faisait fondre le coeur comme glace au soleil était de balancer la phrase «Marc, tu me déçois tellement…»

Ouch.

Décevoir. Sa propre mère. Ses parents.

Tu fais une connerie, OK. Tu n’es pas fier, OK. Tu risques une punition, OK. Si la faute est si grave, une claque derrière la tête, OK. Mais pas ça. Pas se faire dire : tu me déçois. Non. Pas ça. Frappe-moi. Tiens, la cuiller de bois. Non? Tu ne veux pas? Siouplait. Ça ferait moins mal.

Pas de farces. Bien sentie, cette phrase, à elle seule, avait le pouvoir de rendre dociles, les gringalets d’adolescents que nous étions.

Je me rappelle un voyage de gars en auto, où nous racontions des anecdotes de jeunesse. Trois gars dans leur milieu de quarantaine qui exprimaient unanimement comment cette phrase pouvait avoir l’effet d’une bombe quand elle leur était crachée par une personne aussi importante que sa mère ou son père.

Décevoir.

Décevoir les gens importants à ses yeux.

Le degré d’importance de la déception engendrée est égal à l’importance que vous attribuez à la personne que vous décevez.

Un compagnon de travail vous dit qu’il est déçu par l’horaire que vous avez établi. Bof. Un client se dit déçu de ton service, ça dépend de la relation que tu entretiens avec celui-ci. Mais si un de tes proches amis se dit déçu de ton attitude quand tu fais un truc. Ça vient te chercher. Directement. On n’aime pas décevoir. À moins d’être complètement détaché ou insensible aux répercussions de ses propres actions, ce qui est plutôt rare quand on respecte la personne à qui l’on s’adresse.

J’ai encore beaucoup de misère à gérer les déceptions autour de moi.

Les gens que j’aime et qui m’entourent ont cette facilité à me faire sentir mal quand je pense que je les déçois par mes paroles ou mes agissements. C’est fou, hein? Encore aujourd’hui, avec le bagage acquis et la maturité, je fonds comme un petit kid qui se fait prendre la main dans le sac.

Est-ce bien, est-ce mal? Je n’en sais trop rien. Donner aux autres, même si précieux soient-ils, autant de latitude sur soi est téméraire. Comme donner sa carte de crédit, son NIP et les trois chiffres vérificateurs, en disant : sers-toi, y a pas de limite, anyway. Donner la clef de voûte de son coeur. À manipuler avec soin.

Ça vous arrive aussi? Vous avez ce principe (où cette tare, ça dépend ou vous créchez dans votre philosophie par rapport aux autres) en vous?

Si vous l’avez, vous me décevez un peu.

Si vous ne l’avez pas, vous me décevez vraiment.

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Buddy

TM-Marcface_buddyChiang Mai, Thaïlande. Décembre 2014.

Bing.

Un texto. 8 mots. Une courte phrase.

J’ai souri en lisant.

C’était un message de Buddy. Un message qui voulait dire hey, je suis là. Même à douze heures de décalage. Même à 11614 kilomètres de distance. Un coeur, ça voyage à la vitesse de la lumière.

Buddy, il est comme ça. Tu peux compter sur lui. Tu peux t’appuyer sur lui. Il est fort. Il est présent. Même quand il n’est pas là, physiquement, tu sais qu’il n’est jamais loin.

Un gars que tu embrasses sur la bouche. Que tu serres dans tes bras à la limite de respirer. Avec lui, tu peux rire à t’en fendre la gueule. Tu peux pleurer à t’en fendre l’âme. Dans les moments cools comme les plus plates, il est toujours là. À t’écouter. Les yeux dans les yeux. Un gars qui pleure, c’est beau. Un gars qui te laisse pleurer, sans juger, c’est encore plus beau. Un gars qui pleure avec toi, c’est encore mieux.

Buddy, c’est un chum. Un pote. Un frère.

On dit que les amis, c’est la famille que l’on choisit. Pour moi, qui suis presque sans famille, c’est d’autant plus vrai. D’autant plus important. Buddy, c’est le frère que je n’ai pas eu.

Un ami. Pas imaginaire.

Un ami. Dans sa plus simple définition. Dans ce qui a de plus pur. Pas de flafla. Que du vrai. Pas quelqu’un qui quête de l’amour. Ni qui te fait des reproches quand tu ne l’appelles pas. Pas un vampire qui te tire tout ton sang. Y a pas un odomètre à présences accroché à lui. Tellement pas, qu’on passe des mois sans se parler, s’écrire, où se voir. Et que ce n’est pas plus grave que ça. L’amitié, ça ne se comptabilise pas. Mais ça compte. Et c’est ce qui compte.

Je vous souhaite de rencontrer, vous aussi, un Buddy.

De recevoir un texto quand vous ne vous en attendez pas.

Comme un direct au coeur.

Hey, je suis là.

Je le sais.

Et c’est beaucoup.

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#50/50

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Muet

Comme une carpe.

Rien écrit ici depuis des mois.

J’étais ailleurs. Pas loin pourtant. À l’intérieur de moi. Inside. Une escapade aux allures de grandes expéditions. Aux confins de ses peurs, de ses joies et de ses espérances. Un voyage dans le passé, pour apprécier le présent et préparer le futur.

J’ai fait beaucoup de voyages, mais de se visiter soi-même permet de découvrir un paquet de trucs trop souvent jusqu’alors inconnus. Comme une ville, nous avons en nous des quartiers lugubres malfamés où l’on marche les fesses serrées, mais tout autant des oasis paisibles où l’on se sent bien. Nous sommes des êtres si complexes. Et si fragiles. Tellement. On peut perdre la tête comme un peu simplement si perdre. C’est la dernière option que j’ai choisi avant d’être forcé de choisir la première.

J’aurai 50 ans dans quelques jours.

Vous dire que ça ne me fait pas chier serait de mentir. Je déteste l’idée d’accumuler les jours. De les voir derrière soi défiler trop rapidement. Ça explique peut-être pourquoi je ne dors pas ou si peu. D’avoir l’impression, même fausse, d’étirer le temps comme je peux. De le déjouer. De lui faire un doigt d’honneur. Passe ta route, moi je bouge pas, je fixe le temps.

J’aurai 50 ans et j’ai déjà rencontré tellement de gens intéressants, allumés, différents, drôles, sensibles, impertinents, talentueux, généreux. Des gens que je connais depuis des décennies, d’autres d’à peine quelques heures. Des amis, des parents, des clients, des fournisseurs que je mélange à mon gré, pour créer mon monde. Sweet And Sour. Hey, tu peux pas mélanger cette fille-là avec celle-là, les deux se détestent. C’est ma recette. Pas la tienne. Hors de ma cuisine, bouffe et tais-toi. C’est bon? Je te l’avais dit. Pour qu’un ciel flamboie, le rouge et le noir, ne s’épousent-ils pas disait Brel.

J’ai eu la chance de voir tous les gens qui m’entourent un soir d’octobre. Je n’ai pas la chance d’avoir une discussion avec chacun d’eux, mais j’ai apprécié de savoir qu’ils étaient tous là. Pour moi. Ils ont ma gratitude éternelle. Je les remercie d’être la. Même quand moi, j’y suis pas.

J’aurai bientôt 50 ans. Et ça me fait chier.

Et comme je ne pourrai racheter des années sur EBay (j’ai vérifié…) j’ai décidé de faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Au lieu de faire en sorte que cette journée (ou année) fatidique passe en coup de vent, je vais m’organiser pour la rendre inoubliable.

Mon projet s’appelle #50/50. 50 pour 50. 50 projets pour 50 ans.

Je veux faire 50 trucs, choses, projets, plans que je n’ai jamais fait encore jusqu’à maintenant. 50 situations, aventures, défis qui métamorphoseront une année de merde en or.

Ce voyage en Thaïlande, seul, en est un. J’imagine que dans ce voyage, je réussirai à en faire d’autres. Mais l’année est longue et 50, un criss de gros chiffre. Je le sais trop bien. Alors j’ai besoin de vos suggestions, invitations et idées pour que #50/50 soit mémorable sur toute la ligne. J’ai déjà des projets sur la table : courir un demi-marathon demain à Chiang Mai (ou je me trouve présentement), aller aux Canadiens au centre Bell et être pour UN seul soir, un fan de cette équipe avec tout ce que ça implique comme humiliation. On m’a même proposé poser nu pour une peinture… À suivre.

Je vais avoir 50 ans et ça me fait chier, Et comme je l’aurai qu’une seule fois dans ma vie, pour l’oublier, je vais tout faire pour ne pas l’oublier.

J’étais muet.

Muet comme une carpe.

Comme dans carpe diem.

Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain.

#50/50

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Mon double.

marc_renJe ne voulais pas d’enfants.

J’aurai été ce genre de gars là. Je n’avais pas cette fibre paternelle que je détectais chez certains de mes amis. Je me souviens de mon ami Yohan, mon premier coloc, qui m’annonçait fièrement que sa blonde était enceinte. Il était tellement content. J’étais heureux pour lui aussi. Même si je ne comprenais pas ce que représentait ce sentiment de devenir père. J’étais à mille lieues de ça. Avec mes cheveux crêpés, mes bottes d’armée et mes vêtements rapiécés.

Pourtant.

Deux mois après cette annonce, j’apprenais, moi aussi, que tu ferais de moi un papa. Toi, mon fiston. Y’a près de 25 ans de ça, aujourd’hui.

J’ai eu le vertige quand je l’ai su. Une envie de me sauver. À l’autre bout du monde. C’était trop tôt pour moi. Pas prêt pour ça. Non. Je ne voulais pas entrer dans cette ère d’adulte. Je venais à peine de découvrir le monde, la vie et j’avais l’impression que ton arrivée mettrait une fin à une épopée exaltante et déjà trop courte : celle de l’irresponsabilité et de l’égocentrisme.

Je me souviens d’avoir appelé des chums pour leur annoncer la nouvelle. Je n’ai plus vraiment de souvenirs de cette soirée par contre. Noyé dans la bière et les larmes, j’ai parlé de mes peurs de ne pas assumer. Je parlais de la fin. Alors que j’aurais dû parler du début.

Et puis tu es arrivé. En avance. Prématuré. Avec ta face de souris et tes abondants petits cheveux blonds. Minuscule comme une poupée. Tu étais plus dans ma tête, mais bel et bien là. En vrai. En vie. Je me souviens d’être allé l’annoncer à ta grand-mère et ton arrière grand-mère. Tenter de dire, à travers les larmes, toute la beauté de ta naissance. Du choc que j’ai eu en touchant tes petits doigts. De te voir arriver, petit Marc minuscule. Un petit bonhomme qui entrait dans mes deux mains. Je ne pouvais pas te renier. Tu étais mon portrait caché.

Dans ce petit appartement ordinaire qui mangeait tous mes revenus, on s’est débrouillé, ta mère et moi, pour te créer un environnement plus ou moins adéquat. On avait un maigre salaire pour trois, pas d’auto, le minimum de meubles, et nos propres parents qui nous aidaient à te créer un petit chez toi. Facile? Pas vraiment. J’étais comme une balance. Heureux de t’avoir dans mes bras, malheureux du contexte dans lequel tu étais arrivé. Comme si on m’avait catapulté dans une autre galaxie. Autour de moi, je voyais des parents de mon âge plutôt bien nantis; tellement loin de ce que nous vivions, nous, comme famille.

Tu es devenu un petit homme enjoué. Tellement facile à vivre. On a déménagé. Encore et encore. On a acheté une maison. Ta sœur est arrivée. La vie est devenue plus facile, financièrement parlant. Et plus difficile, sous d’autres plans.

Et boum, en plein pendant ton adolescence, on a dû se séparer.

Trop loin. Beaucoup trop loin.

Le gars qui ne voulait pas d’enfant et qui devait maintenant s’en départir en a pris plein la gueule. Contre son gré. Hey. Je n’étais pas fait pour ça non plus, te quitter.

Te dire tout le mal que ça m’a fait. Que ça me fait encore.

Quand je te vois aujourd’hui. Grand. Fier. Droit comme un piquet. Le cœur sur la main. Ouvert aux autres. Toujours présent. Quand je te vois aujourd’hui et que mes bras ont de la misère à faire le tour de tes larges épaules, j’ai un sentiment de fierté incroyable. Tu es devenu tout qu’un homme. Tu es quelqu’un d’exception. Tu as gardé la candeur de tes jeunes années doublée d’une grande maturité. Une belle et grande insouciance contrôlée.

Aujourd’hui, il y a près de 25 ans qui nous séparent. J’ai pourtant l’impression de ne jamais avoir été aussi près de toi. Comme quand tu te couchais sur mon ventre, sur ce divan crado qu’on recouvrait d’un jeté pour cacher les trous. Nous sommes tellement proches. Pas physiquement, mais dans nos têtes. Cette même ligne de pensée. Ces valeurs que l’on partage, toi et moi. Notre caractère. Notre sens du devoir. On se ressemble, même si cette année, j’aurai le double de ton âge.

Plus je te vois et plus je t’admire.

Fier comme un paon.

Fier comme un papa.

Bonne fête, mon gars.

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Mini-Wheat

mini-wheatJe suis capable du meilleur. Comme du pire.

Gentil comme deux. Teigneux comme pas un.

J’ai autant de caractère que je suis mou.

Je suis de conversation insatiable. Vous chercherez le bouton pause sur ma gueule. Bla bla bla. Introuvable. Je suis aussi muet qu’une carpe. Yeux absents. Silencieux.

Je suis workaholic. Alignant les heures de travail. 12 heures par jour. 7 jours sur 7. Je suis lâche comme un âne. Préférant regarder pousser le gazon, plutôt que de le couper. Une larve.

Je ris à m’en décrocher la mâchoire. Je pleure à m’en fendre l’âme.

Je cours 15 km sans boire. Je bois à être incapable d’aligner deux pas.

J’ai encore des articles de cuisine que ma mère m’a légués quand j’ai quitté le nid familial à 19 ans. Je suis capable de dépenser une fortune pour un gadget que je n’utiliserai jamais.

J’aime le soleil au lever. J’adore m’endormir sous la pluie.

J’écoute de la musique partout : au bureau, à la maison, dans mon auto, en course. J’adore me retrouver tout seul dans le silence.

J’ai des clients qui me trouvent performant. J’ai des clients qui me courent après.

Pour les artistes, je suis en business. Pour le gens d’affaires, je suis un artiste.

Je mange bien. Je mange de la marde.

Je suis de droite, économiquement parlant. Je suis de gauche, socialement parlant.

J’aime aider les plus démunis. Comme je voudrais parfois leur botter le cul.

Je suis d’une simplicité involontaire. Je suis d’une complexité volontaire.

Je suis ici à rêver d’ailleurs. Je voudrais être ailleurs pour m’ennuyer d’ici.

Je ne voudrais pas vieillir. Je ne voudrais pas revivre ma jeunesse.

Je ne m’ennuie pas de mes enfants. Je pleure quand je les vois.

Je suis patient, capable de recommencer un truc des milliers de fois. Je capote à l’idée de refaire la même routine.

Parfois je trouve la vie si lourde. Parfois je constate que le temps passe trop vite.

Je suis trop vieux pour faire ça. Je suis trop jeune pour penser à ça.

Les jeunes m’énervent parce qu’ils ont raison. Les vieux m’emmerdent parce qu’ils ont raison.

Dans une grande ville, j’aime les parcs. En forêt, la ville me manque.

Je voudrais être quelqu’un d’autre. Je trouve que les autres ne sont pas mieux que nous.

Je suis un solitaire qui aime le monde.

Je ne fais pas l’unanimité.

On m’aime. On ne m’aime pas.

Je suis plein de contrariétés.

Full.

Je suis un Mini-Wheat.

Sain. Malsain.

Moins funny qu’une Froot Loops. Moins plate qu’une Special K.

Capable d’être sérieux. Incapable de l’être.

Éclectique.

Tissé d’une fibre de blé. Enrobé de sucre.

Et fier de l’être.

Côté positif. Côté négatif.

Un amalgame de qualités et de défauts.

Ying et yang. Noir et blanc. Abbott and Costello.

Je me méfie des gens unidimensionnels. Aux idées arrêtées. Incapables d’incartades. Comblés dans leurs certitudes. Convaincus de leurs croyances. Rarement plurielles.

Je pense que nous sommes multidimensionnels. Des diamants aux facettes multiples. Capables de refléter des nuances différentes. Surtout aptes aux actions irrationnelles, aux idées nouvelles. Surtout plurielles.

Je suis un Mini-Wheat.

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Le ton des mots

TM-smileyJ’ai écrit ce courriel avec l’aplomb d’un avocat.

J’ai relu chaque phrase, en prenant le temps de changer un mot précisant mal ma pensée, en choisissant un autre pour le remplacer pour m’assurer que l’idée générale de mon propos soit respectée et encore plus précise.

Je l’ai gardé dans ma boîte de brouillons quelques jours.

Une boîte à bouillon. Parfaite pour mariner des mots. Ça leur donne du goût et une consistance. Ça permet de donner de la saveur à un texte. Une pertinence. Ajoutez une pincée de virgules et le tour est joué.

J’ai ressorti le courriel pour une dernière lecture. J’en ai profité pour ajouter quelques smiley pour m’assurer que les endroits dans le texte où mon discours était plus léger seraient perçus comme tels. C’est comme ajouter du rire en canne dans un sitcom. Hey, c’est le temps de rire si tu ne le savais pas. On n’est jamais trop prudent quand on écrit un texte important. Quand on veut éviter toutes mauvaises interprétations.

Relire son texte. Cliquer sur envoyer. Pioup. Courriel en route. Attendre la réponse.

Qui ne vient pas.

Au bout de quelques jours, j’appelle la personne auquel le courriel était destiné.

- Allo, tu vas bien? T’as reçu mon mail?

- Oui. J’ai décidé d’attendre une couple de jours avant de te répondre. Le temps de le digérer. Pour ne pas écrire sous le coup de l’émotion…

- Heu… On parle du même courriel? Celui de lundi?

- Ouais. Je savais pas trop quoi en penser.

En penser quoi?

Coudonc.

Cette missive était claire comme de l’eau de roche. Des mots choisis un à un, avec parcimonie. J’ai jardiné dans Le Larousse. Des phrases construites avec la précision d’un chirurgien. Des blagues faciles à comprendre, avec des petites binettes (comme l’OQLF veut qu’on écrive emoticon), pour savoir que ce petit bout de texte est mis là pour adoucir le ton du discours. Dans un ton déjà hyper molo.

Selon moi.

Faut croire qu’il était uniquement sans ambiguïté pour moi. Pas pour son destinataire.

En cette ère numérique où jamais mots ne se seront autant échangés: par courriel, texto, tweet et statuts Facebook, combien de mauvaises compréhensions, imbroglios créés à coup de mauvaise sémantique, intonation, ponctuation, syntaxe?

Toute cette littératie. Le niveau de celui qui écrit, de celui qui reçoit. Tous ces mots aux différentes significations, écrits sur le coup de la colère, ou celui de l’humour. Tous ces degrés de lecture où l’ironie est perçue comme une insulte, ou un compliment exprimé comme une gifle.

Tous ces mots qui se changent en maux.

Tu m’énerves. Ça peut dire que tu me tombes sur les nerfs. Ça peut aussi dire que tu me plais. Tout dépend du contexte.

Vous envoyez un courriel que vous considérez anodin et vous déclenchez une guerre nucléaire. Boum. L’effet papillon multiplié par 1000. Un mot mal placé et vous changez le rythme d’un échange. Guerre et paix. Guère et pet. Et voilà. Vous êtes dans la merde.

Quand tu t’adresses à une seule personne, ça peut aller. Surtout si tu la connais, car tu peux adapter le niveau du texte à celui du lecteur. Quand tu t’adresses à une foule, comme on le fait en pub, vous imaginez le nombre d’interprétations auxquels votre slogan ou campagne peut avoir? C’est fou. Et déroutant.

Vous voulez savoir comment s’est terminée mon histoire?

La personne ne me parle plus. Fin. Plus de nouvelles. Rien. Malgré mes explications directes, mon point de vue exprimé au téléphone. Rien n’a changé. Son point de vue est demeuré le même. Intrinsèque. Mon courriel est resté logé dans sa gorge. Incapable de le digérer. Intolérance à ma grammaire. Lettre morte. Oraison funèbre. Fin.

Les paroles s’envolent et les écrits restent.

Imaginez quand ils sont, en plus, mal compris.

Ça devient des restes d’écrits qui s’envolent sans paroles.

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Je ne t’aime pas, mais ne sais pas pourquoi.

TM-Dummy- Allo Marc, j’ai un projet à te proposer…
– Cool. C’est quoi?
– Vendre tel produit.
– Mmm, je ne suis pas certain être la bonne personne pour en parler… Honnêtement, je ne peux pas dire que j’aime ton produit…
– Justement. C’est ce dont j’ai besoin.

Je me suis dit pourquoi pas, hein? Pourquoi pas.

Vierge. Ou le contraire, full contaminé.

Par mes propres préjugés et ceux des autres. Surtout ceux des autres. Ce qui est encore pire, vous en conviendrez. Allez. Ne me dites pas que ça ne vous arrive jamais. Je ne vous crois pas. Je vous lis sur Facebook. À colporter des trucs sur lesquels vous vous fiez uniquement à l’opinion de vos amis pour prendre position. Si si. Allez. On est entre nous. Vous faites comme ça, vous aussi. Allons. Soyons honnêtes.

Baser ses idéaux sur des idées basses.

Même pas les nôtres.

J’ai accepté ce mandat parce que justement je n’aimais pas le produit que j’avais à vendre. En réalisant rapidement que je le connaissais, avant tout, très peu. Nuance majeure. Ça peut vous sembler louche, mais ça vient (trop) souvent ensemble. Cette peur de l’inconnu qui nous pousse rapidement de l’autre côté. Nos perceptions négatives renchéries par les influenceurs qui nous entourent. On n’aime pas parce que buddy, votre pote avec qui vous avez 103 amis en commun sur Facebook, celui qui a voté comme vous, avec qui vous partagez un avatar de couleur rouge, noir, ou blanc, mais vraiment surtout parce que votre buddy ne l’aime pas.

Bref. J’ai accepté le mandat en me disant que si je ne suis pas leur client type pour un paquet de raisons, plus ou moins logiques, plus ou moins bonnes, avec des perceptions que je partageais avec un paquet de gens qui ne sont pas leurs clients non plus, ben, ça pourrait les aider. Je suis comme ça.

Éthiquement? Ne venez pas me faire de chichi. Je suis en pub. I am annoying by definition. And I know it. And It’s my job to be. Vous mettre des trucs dans la tête. Vous faire aimer des produits. Même ceux que je n’aime pas moi même. Vous faire hésiter. Vous faire changer d’idée. Avec mes arguments. Ma force de persuasion. Ben oui. C’est mon métier. De vous faire tomber en amour. J’exagère à peine. Du moins, j’espère vous matcher. Une petite vite. Vous verrez après si ça va plus loin. Ça vous appartient. Au produit et à vous. Moi, je ne suis que l’entremetteur. Cupidon.

Quand j’y pense, mon client avait raison.

J’étais la meilleure personne pour me convaincre qu’un produit honni était parfait pour moi.

Est-ce absolument indispensable d’aimer le produit pour bien en parler? Non. Il faut le connaître par contre. En chassant toutes nos perceptions injustifiées.

Hey produit, je ne t’aime pas, même si je ne sais pas trop pourquoi. Et si je mettais mes préjugés de côté et qu’on repartait on scratch, toi et moi?

C’est ce que j’ai fait. Je suis devenu le crash test dummy du produit en question. Pour vous.

Goûter. Cracher. Regoûter. Nuancer. Regoûter. Trouver des qualités. En parler. Reconnaître les défauts. Les rendre moins évidents. Chercher les mots pour en parler. Trouver des arguments. Sans bullshiter. Réaliser que rien n’est tout blanc. Ni tout noir. Que j’avais raison! Que j’avais tort!

Est-ce que j’ai réussi? Les ventes le diront.  Dans mon métier, on peut bien se trouver bon, mais c’est le son du tiroir-caisse qui nous dit si nous le sommes ou pas.

Je sais par contre un truc : ma vision du produit en question a carrément changé. Je suis moins campé dans mes positions, moins tranché dans mes opinions. J’ai réalisé que la force de mes préjugés était particulièrement tenace et que je parlais (un peu, pas mal, trop) à travers mon chapeau.

Maintenant, je n’aime pas plus le produit, mais je sais pourquoi.

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Les mille et une vies

TM-Marcface-direction

J’ai déjà acheté un banc de scie. Une scie sauteuse. Une scie circulaire. Une scie à onglets. Quatre ou cinq perceuses. Des équerres. Des serre-joints. Mille et un machins. Vis, clous, armatures et bois.

J’ai déjà été un vrai gars.

Comme mes chums.

Avec une remise et un établi.

Le samedi matin, j’allais chez Rona et chez Canadian Tire où je croisais des gars comme moi.

Dans une autre vie, j’étais un gars de maison. Avec tous ses outils accrochés fièrement au mur, le sac à clous à la ceinture, le crayon sur l’oreille.

Aujourd’hui, juste l’idée de visser une ampoule me lève le cœur.

Je déteste rénover.

Regarder la circulaire d’une quincaillerie me fait autant bander que tous les tomes de Fifty Shades Of Grey. En images.

Mes outils sont éparpillés un peu partout. Je n’ai souvent aucune idée à quoi servait un truc que j’ai acheté des années auparavant. Et je m’en fous.

Je ne suis plus là. Ma vie est ailleurs.

Je me suis déjà acheté un sac de golf. Des bâtons à l’unité sur eBay. Driver. Sand Wedge. Putter. Des quantités de sortes de balles. Pour corriger une déviation. Aller plus loin. Rouler plus longtemps. Nike. Taylor Made. Tiltest.

On jouait le samedi matin aux aurores. Toujours les mêmes quatre compères. On allait déjeuner vers 6h et jouer sur les terrains qu’on réussissait à réserver dans des villes différentes. Éric, Michel, Steve. Sous le soleil. Sous la pluie.

Puis, j’ai sauté une semaine.

Deux.

Un mois.

Un été.

En allant dans la remise, j’ai vu mon sac.

Un écureuil a bouffé la serviette accrochée à celui-ci. Mes bâtons sont demeurés couverts de boue. Celle de ma dernière partie jouée sous la pluie. Mon sac se balançait sur un clou comme un pendu. Effigie d’une vie antérieure.

Dans une autre vie, j’étais un golfeur. Un très mauvais.

Aller au golf, maintenant? Bof. Une fois par année, avec des chums pour une activité caritative. Un prétexte pour les voir à l’après-golf. Uniquement.

Quand j’ai commencé ma carrière en pub, j’étais de toutes les activités de réseautage d’affaires. Les soupers de Chambre de Commerce. Le serrage de mains. Échanges de cartes de visite. Promesses de rendez-vous. Contrats accordés par référence.

Avec mes pantalons à plis et mes chemises à rayures. Je n’y étais pas très à l’aise, mais fallait y être. Pour les affaires. Alors, le soldat en moi y allait.

Je n’y ai pas mis les pieds depuis des années.

Et je fais toujours des affaires. Même si je rencontre des gens tout en oubliant de leur donner des cartes.

Dans une autre vie, j’étais un homme d’affaires.

Plus maintenant.

Je suis toujours dans le même domaine, mais je suis différent. On m’engage parce qu’on aime bien ce que je fais. Mon style. Ma vision. Pas parce que j’ai payé un verre ou soupé dans une activité. Je travaille en short ou en jeans. En t-shirt. Souvent mal rasé. Les cheveux en bataille. En me faisant demander, chaque jour, si je suis en vacances.

J’ai déjà détesté l’hiver à m’en confesser.

J’ai déjà adoré l’hiver à lisser une patinoire à -35 tous les soirs pour amuser les enfants.

J’ai déjà redétesté l’hiver parce qu’il était simplement long à en plus finir.

J’ai quitté la région pour habiter la ville en crachant au sol, jurant ne jamais y revenir. Pour y revenir. J’ai détesté la campagne jusqu’à ce que j’y habite pour affirmer que je n’y retournerais jamais. Je ne voulais pas d’enfants, j’en ai deux merveilleux dont je ne voudrais jamais me séparer.

À l’aube de mes cinquante ans, j’ai l’impression d’avoir déjà vécu plein de vies différentes.

À aimer des trucs que je déteste aujourd’hui.

À détester des choses que j’adore aujourd’hui.

Des moments enivrants, difficiles, joyeux, affreux ou déroutants. Bien pépère, le cul dans un gros fauteuil confortable ou à la limite du vertige, la fesse sur une chaise bancale sur un fil de fer.

Tels des chats, nous avons cette faculté de revivre. De retomber sur nos pattes. Malgré des chutes dont on ne croyait jamais se remettre. Au lieu de s’écraser, à rebondir ailleurs. Plus loin. À avancer ou reculer. Nos vies ne sont pas linéaires ni chronologiques. On peut apprendre la mort tout jeune et commencer une carrière à l’âge de la retraite. Nos vies se succèdent. À grands coups de reniements. À grands coups de jamais et de toujours. Pour finalement prendre des directions insoupçonnées. À se remodeler selon les gens qui nous entourent, les passions qu’on découvre, avec la maturité qui nous rassure de plus en plus sur nos choix.

Je ne sais pas où je serai dans cinq,  dix ou vingt ans.

Sûrement dans un autre cycle.

Ailleurs. Un peu plus près de moi.

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Chroniques malaysiennes 06 – People

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– Je me demandais, y’a des conflits entre les gens par rapport à ce que tu me racontais hier?

Brandon à pris le temps de prendre une puff de sa cigarette pour me répondre que non.

Non. Les musulmans sont privilégiés par rapport à l’achat de terrains, de possession d’immeubles, mais Brandon qui ne l’est pas, me dit que c’est correct comme ça. Et que la plupart des gens pensent comme lui.

Brandon est chinois et c’est le gérant du petit hôtel où j’ai débarqué à Kuching. On avait jasé pas mal la veille de mon départ  pendant que je prenais une bière et lui fumait une cigarette, on a parlé d’un paquet de trucs et on a continué le lendemain puisqu’il s’était offert de nous accompagner un peu partout à Kuching en cette dernière journée.

On a en profité pour jaser chacun de nos quotidiens. À la fois si différents, mais tout autant tellement semblables.

Prenons par exemple, le cas des premières nations. Les natifs, comme on les appelle ici. Dans l’état du Sarawak, on dénombre pas moins de six ethnies qui habitaient l’île de Bornéo avant la colonisation. Brandon pense que ces groupes ont fait une erreur en acceptant de l’argent et des maisons pour pallier à leurs héritages ancestraux. Qu’au lieu de ça, ils auraient pu s’éduquer et en profiter pour se développer eux-même.

- Same thing in Canada, Brandon. And in a lot of countries where i have been.

Brandon a sourit.

Voilà l’essence même du voyage.

Découvrir. Apprendre. Échanger.

Si vous visitez uniquement des lieux, vous manquez l’essentiel du voyage.

De toute façon, les lieux sont souvent mieux dans les livres. Les photos y sont toujours meilleures que les vôtres. Vous pouvez y aller aussi directement sur Google Map. Zoomer. Tourner à gauche. À droite. Regarder cet immeuble, cliquer dessus et lire tout ce qui le concerne sur Wikipedia.

Je sais pas.

Pour moi, c’est pas voyager.

Il vous manque l’essentiel.

Ceux qui habitent ces lieux.

Comment ils vivent. Qu’est-ce qu’il mangent. Ils font quoi comme travail.

Ils sont pour la plupart, comme vous. Avec ou sans famille. Une blonde ou pas. Divorcé. Sans travail. Trop de travail. Monoparental. Les côtoyer vous fait réfléchir à votre propre existence. Votre vie. Sans jouer le jeu des comparaisons, il faut savoir relativiser pour éviter des conclusions biaisées par rapport à ses propres expériences. Apprendre sans juger, quoi.

Voyager c’est ça.

Sentir le parfum du durian, ce fruit emblématique de la Malaisie. Ce fruit qu’on dit qu’il ne faut pas se fier à son odeur dégoûtante, si prononcée qu’il est interdit dans avoir en sa possession dans les transports en commun et dans les hôtels. Mais faut surtout y goûter. Je l’ai fait. Ça goûte la marde. En fait, c’est pire que le sentir, car la texture est pareille à du vomi de bébé. Mais fait y goûter. Pour le savoir.

Les odeurs de voyage m’enivrent.

Celle des caniveaux secs qui vous remontent dans le nez quand vous marchez sur un grillage d’égout. Celles du street food. Barbecue improvisé au coin d’une rue. Toutes ces étales dans les marchés publics où ces poissons vous regardent sans que vous sachiez leurs noms. Il faut aussi y goûter. Passer par dessus le dégoût et foncer. Parlez au pêcheur, il vous passionnera.

Plus des trois quart de mes repas en Malaisie ont été pris dans la rue. Assis tout croche sur une table bancale, à commander des trucs sans savoir c’était quoi. À demander au serveur, vous, vous mangeriez quoi. A me tromper rarement. À bouffer des trucs dont je vais m’ennuyer pendant l’année qui vient.

Et tous ces gens autour qu’il faut découvrir.

J’ai parlé avec des Polonais, des Italiens, des Français, des Allemands, des Chinois, etc. Name it. On fait le tour du globe rapidement quand on parle aux gens autour de soi. On appelle ça : voyager en double.

Si c’est dépaysant? Pas à peu près.

Épeurant? Bof. Je sais pas.

Je pars du principe que les gens ont de bonnes intentions dans la plupart des cas. À moins de jouer les matamores dans des quartiers malfamés dans le milieu de la nuit, je pense que les gens sont bons. Et en t’adressant à eux de cette façon, tu viens de mettre la table à une relation saine. Si tu débarques avec ton attitude sauvage de touriste avec du cash qui veut être reconnu et adulé comme un conquistador, tu donnes un ton négatif à une relation naissante. Qui veut tisser des liens avec un trou de cul?

Voyager c’est aussi apprendre à se connaître.

À se découvrir soi-même.

Voyager, c’est thérapeutique.

Et malheureusement, ça a une fin.

Jusqu’au prochain.

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