Détruire pour se bâtir.

— Entendu dans une rencontre client quelconque… —

— Hey Marc, j’ai montré ta maquette à X (un concurrent…) — et il n’a vraiment pas aimé. Il a dit que tu ne t’étais pas forcé sur ce coup-là et que le concept n’était pas très génial. Je lui ai dit qu’il était de mauvaise foi et que nous, nous l’adorions cette production; mais il a persisté à lui trouver plein de défauts… M’a dit ma cliente Y, ce matin-là.
Haussement d’épaules de ma part.
— Heu… ça vous dérange, vous, qu’il ait dit ça?… Heu, je veux dire : ça vous ébranle?  Tentais-je.
— Non, j’avoue qu’on plutôt a trouvé le geste cavalier et pas très professionnel; sa critique n’a eu aucun impact sur nous, sinon de nous enlever l’envie de travailler avec lui…
— Ben, c’est OK alors.  Parce que moi, ça me fait plutôt rire comme intervention…

—  Fin de la retranscription officielle —

Allez, ce n’est pas vrai. Je vous mens. Ça ne me fait pas rire du tout ce genre de trucs. Ça ne me dérange pas une miette de me faire critiquer, mais qu’on tente de me couler en me torpillant de la sorte, je trouve ça cheap et plutôt enfantin. En fait, je ne comprends pas du tout cette attitude de la part de la compétition (la mienne et celles de mes clients). Vous pensez vraiment que les gens croient en votre sincérité quand vous tentez de détruire un concurrent de la sorte? Vous croyez vraiment que les gens se disent : wow, quelle honnêteté de sa part de critiquer de si malhonnête façon le travail de son compétiteur; annulons vivement notre contrat et donnons-lui aussitôt !? Wake Up. Vous êtes à côté de vos pompes. De l’un, en critiquant ainsi, vous mettez en doute la perspicacité de votre interlocuteur; c’est comme si vous lui disiez en pleine face: hey, vous avez été vraiment morons d’aimer ça, hein? On se sent comment quand on est incapable de jugement? Pas ben bon pour ramasser un client, cette façon de faire. De deux : c’est si difficile que ça d’admettre que vous n’êtes pas les seuls sur terre à ne claquer que des circuits quand vous jouez à la balle — et que malheureusement, il peut arriver (très rarement, à l’occasion, pas très souvent…) que votre adversaire de toujours puisse avoir une (seule dans sa vie…) bonne idée (voire meilleure… que vous — une fois…)? De trois — dans votre for intérieur, vous vous sentez comment? Cheap? Bas? Comme un golfeur qui joue +4, mais qui écrit -1 sur sa carte de pointage? Ça vous fait vous sentir comment d’être le seul à penser que vous êtes bon?
Je fais des blagues quant à mon domaine, mais par rapport aux vôtres, vous réagissez comment vis-à-vis votre concurrence directe? Vous la dénigrez, vous aussi? Vous tentez de leur trouver des failles? Vous servez du « moi-ça-me-dérange-pas-que-tu-ailles-ailleurs-mais… »  à vos clients? Vous pensez gagner de quoi à faire croire à vos clients que vous êtes meilleurs que les autres… uniquement parce que les autres sont mauvais. Méchant avantage concurrentiel. « Hey  l’ami, les autres i sont pas bons, c’est nous autres les plus bons du monde; faque cherche pas ailleurs, c’est icitte que t’as pas le choix d’aller! » Ça ne vous a jamais tenté de leur dire plutôt comment vous êtes bons. Tout simplement, comme ça. En laissant les autres tranquilles. En laissant les autres jouer leur game. Et de jouer la vôtre. Vous avez uniquement du pouvoir sur ce que vous faites de toute façon et très peu sur ce que les autres entreprennent. Raison de plus pour vous améliorer et de travailler plus fort. Vantez ce que vous faites, pas ce que les autres ne font pas. On ne se bâtit pas en détruisant les autres. Du moins, rien de bien solide.

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3 commentaires

  • Ouf! Tu touches une corde sensible là… Si je suis honnête, je dois dire que j’ai dû critiquer des concurrents lorsque j’étais entrepreneur. Je le faisais majoritairement pour aider le client. En fait, je ne critiquais jamais les questions de goûts, mais plutôt sur le côté technique ou l’aspect éthique de la profession. Jamais dans l’optique de ramasser le client, mais plus un soin d’éducation.

    Et il n’y a pas longtemps, il y a un entrepreneur qui a poussé l’audace jusqu’à faire ce que tu décris à la radio dans une entrevue aux allures d’infopub. Ce n’est rien pour aider le développement des clients. D’après moi, avec le développement de la force des médias sociaux et la vitesse à laquelle l’information roule, cette tactique (ou stratégie dans le cas de certain) ne fonctionnera pas longtemps…

  • @ Jay
    Je ne pense pas que l’on doit avoir la langue de bois dans si l’on nous demande un avis professionnel sur un dossier. Au contraire. Mais avouons que la ligne est facilement franchissable entre critiquer pour améliorer ou dénigrer. Je n’ai aucun problème vis-à-vis la critique si négative qu’elle soit, mais j’en ai contre la mauvaise foi…

  • Je me souviens très bien d’être allée chez la coiffeuse une fois. Un client régulier entre et lui demande ce qu’elle pense de sa nouvelle tête. Elle prend un air de dégout TOTAL et lui dit « ouinnnnn, regarde là, c’est mal coupé, le dégradé est mal fait etc. ». Le client fait comme: « Je m’excuse, je me suis mal exprimé. C’est toi qui m’a coupé les cheveux, je me les suis juste arranger différamment. Sauf que là, vu que c’est coupé tout croche ». La coiffeuse lui a répondu: « ah, c’était juste que j’ai eu peur que tu sois aller ailleurs. » Ce fut la dernière fois que je suis allée chez cette coiffeuse.

    Les clients, ils ne t’appartiennent pas. À chaque fois qu’ils viennent chez vous, c’est parce qu’ils pensent que c’est la meilleure option disponible. Pas parce qu’ils sont venus la dernière fois…

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