Chroniques malaysiennes 04 – Arrêter

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Dormir.

Sur la plage de sable blanc.

Sur la galerie du chalet.

Dans le lit.

Je dors l’après-midi.

La nuit.

Pas de farces, pour un insomniaque, dormir la nuit, c’est le pied.

Je dors.

Je ne fais que ça depuis que j’ai mis les pieds sur Besar, la plus grosse, mais la moins achalandée des Îles Perhentian.

Faut dire qu’il a fallu se lever tôt et prendre un avion de Penang vers Kota Bharu, partager un taxi avec un couple de jeunes français avec qui nous avons discuté en anglais quinze minutes avant de réaliser que tout le monde, à part le chauffeur, parlait français, et nous nous sommes dirigés vers Kuala Besut, situé à une heure de l’aéroport. Sur la route, j’ai vu mes premières maisons en bois. Un peu comme en Amérique du Sud, la plupart des habitations ici sont en ciment, mais sur cette route de campagne, j’ai aperçu plusieurs petites maisons construites avec des matériaux différents. On dit de Kota Bharu, qu’elle est la ville la plus traditionnelle de la Malaisie et qu’elle est très religieuse. Je ne pourrai pas vous dire si c’est vrai, j’en aurai visité que son aéroport et cette route de campagne. Arrivé à Kuala Besut, ce petit village côtier, nous avons pris un bateau jusqu’aux îles. On ne trouve pas de gros resort sur ces îles, mais de petites habitations, comme notre chalet, avec tout ce qu’il faut : un lit, un petit frigo et une douche/toilette. Rien de luxueux, mais à moins de 50 pieds de la mer de Chine qui a besoin d’une Tv et d’un séchoir à cheveux? Pas moi.

En plus, ici, je dors. C’est un boni. Et y a pas de prix pour ça.

Perhentian veut dire arrêter en malais. Ça s’invente pas.

Et c’est exactement ça que j’ai l’impression de faire. Arrêter pour la première fois depuis des mois.

Pour vrai.

Une vraie remise à zéro. Avec l’envie de reprendre chaque minute passée à regarder le plafond pendant mes longues nuits d’insomnie.

Il est 21h30.

Un orage soudain vient de s’abattre. Les vents balaient les arbres autour. La pluie frappe la fenêtre du chalet. Les éclairs frappent la mer pour y mourir. Les orages sont comme les épreuves de la vie: elles frappent sans avertissement et bouleversent soudainement tout ce qui était calme autour de soi.

Dans mes écouteurs, joue Burial. Come Down To Us. Une toune qui se marie parfaitement à la pluie et l’Asie.

Le tonnerre est assommant. Il fait vibrer le chalet. J’adore les orages. Parce qu’ils sont invariablement suivis par un accalmie. Le calme après la tempête.

Je suis heureux d’être ici. Sous cette pluie. Au loin.

Des fois, j’ai l’impression de me retrouver uniquement quand je suis loin de chez moi. Ailleurs. J’étais petit, enfant, et déjà j’étais toujours prêt à déguerpir. À m’en aller. Comme si la sédentarité me pesait.

L’inconnu est palpitant. Ce sentiment de perdre ses balises. Sa routine. Détourner les heures qui s’empilent sur son bilan. Ces minutes précieuses qui s’égrainent de sa vie. Je ne veux pas les passer à regarder des reprises. Ni à revivre les mêmes choses. Non. Je veux du nouveau. Même des orages.

C’est cool les orages.

On dort bien sous l’orage.

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2 commentaires

  • Moi aussi je suis une insomniaque et en ce moment j’envie tes moments de béatitudes. Profites-en mon cousin.

  • Détourner les heures qui s’empilent sur son bilan. Ces minutes précieuses qui s’égrainent de sa vie.

    vivre la vie en parenthèse du quotidien. il le faut. profite bien!

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