Ma petite prend le large.

Ma petite prend le large. Ma fille commence sa « vraie » vie cet automne en entamant des études au Cégep. Elle partagera un appartement avec d’autres filles. Terminée l’adolescence. Fini l’encadrement et vive l’autonomie. Je trouve ça génial. Contrairement aux parents qui voudraient que leurs enfants restent des bébés toute leur vie, j’aime ça voir qu’ils s’épanouissent sans nous. Qu’ils deviennent eux. Que leur prénom prenne plus de place que leur nom de famille. Depuis le temps que je lui promettais un billet, le voilà.

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L’auto était si vide à mon retour de Québec que j’ai dû l’emplir de musique à tue-tête pour pallier à ton absence. On venait à peine de se faire un colleux dans le stationnement. On se quittait à nouveau. Ta mère reprenant le relais. Depuis le temps que je te vois partir, le coeur fait moins mal. On s’habitue. Tu verras.

L’auto débordait pourtant de trucs quelques minutes auparavant. Chaudrons, douillette, miroir, robot, serviettes, vaisselles, etc., jusqu’au plafond. Sans oublier tes deux immenses valises rondies par l’amas de vêtements. Mais ce qui prenait encore plus de place, c’était ton énergie. Autant d’énergie dans une si petite personne. Du concentré pleine saveur. Pendant les deux heures qu’a duré le trajet, on a parlé pas mal. En fait, ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas retrouvés toi et moi, comme ça. La musique était bonne. Nos échanges aussi.

Y a plein de trucs qui ne se sont pourtant pas dit. Je voulais surtout te reparler de cuisine.

La semaine passée, on a cuisiné  ensemble pour que tu apprennes quelques techniques afin de pouvoir te préparer toi-même tes plats préférés. Pendant toutes les confections des recettes, une question te revenait sans cesse : combien de ci, combien de ça? Et je te répondais que je ne savais pas. Je cuisine à la bouche… j’aurais bien écrit « à l’oeil », mais celui-ci est trompeur, la bouche, elle, ne ment jamais. Les recettes, il ne faut pas suivre ça. Jamais. Sinon, tu ne sauras jamais cuisiner. Sinon, tes plats goûteront comme tous ceux qui les suivent à la lettre. Tes plats auront un goût de papier. Des recettes, il faut t’en inspirer seulement. En prenant tes décisions par rapport à tes aspirations, tes goûts et tes désirs. Il se peut que certains n’aiment pas ce que tu cuisineras, et c’est correct comme ça, tant que tu ne cuisineras que pour toi. Si jamais, tu invites des amis et que tu veux que tout le monde apprécie, tu feras certains compromis à ta « recette », mais jamais pour la dénaturer. Les compromis, en cuisine comme dans la vie, sont importants, mais ils ne doivent jamais te forcer à agir contre ce que veux vraiment. C’est difficile de savoir les quantités? Ouais. Mais plus tu feras des essais, plus tu feras d’erreurs et mieux tu réussiras, la fois d’après. Les vieux cons comme moi appellent ça l’expérience. Je te souhaite aussi de tout faire cramer dans le fond de tes chaudrons, même s’ils sont neufs. Ce sera l’expérience qui va entrer. C’est la différence entre suivre et imaginer. Les gens qui suivent la même recette éternellement mangeront la même chose toute leur vie. Toi, tu imagineras ton quotidien et le changeras à ta guise. En tentant de manger ce que tu aimes, ce qui t’inspire. Les variantes sont infinies. À toi de les découvrir. Je voudrais bien te les dire, mais je te gâcherais ton plaisir. Cuisine les ingrédients exotiques en t’inspirant du monde entier. Ne t’impose surtout aucune barrière. J’oubliais aussi de te parler des accidents. Oui, oui, je sais que tu as peur d’un paquet de trucs. Tu as même peur de la peur. En cuisine, tu vas te brûler quelques fois, te couper aussi. Ça aussi, ça fait partie de la game. Je ne connais personne qui cuisine à qui ce n’est jamais arrivé. À moins de cuisiner au micro-ondes. Et je voudrais surtout  que tu ne t’abaisses jamais à ça. Ce qui parait simple peut s’avérer de mauvais goût. Alors, sors tes chaudrons et réinvente-toi. Tu verras, c’est tellement valorisant.

J’aurais aimé te parler de la vie qui commence pour toi, te dire comment faire, mais j’ai comme une petite fringale qui m’en empêche et je ne suis pas de très bon conseil. Alors, fais comme moi et croque dans tout ce qui bouge. Et n’aie surtout pas peur de mordre parfois. x x x

 

6 commentaires

  • J’ai beaucoup aimé le sujet et surtout ta façon bien à toi de l’aborder.
    Je suis sans mot … les joues pleines de larmes…. Merci

  • 17 août 2011 at 7:22 //

    Non Marc, malheureusement on ne s’habitue jamais…. On s’habitue peut-être au “motton” dans la gorge et aux larmes des satanés et perpétuels départs mais impossible de ne pas l’avoir au travers de la gorge lorsque nos enfants d’amour revenus pour quelques jours repartent poursuivre leur jeune vie!
    Touchant ton billet! Ça donne le goût de cuisiner avec toi…. xx

  • Ah, c’est avec quelques larmes sur les joues que je réalise qu’elle est devenue une femme notre Fred… je l’entends encore dire des “NON” à profusion du haut de ses 2 ans… c’est un beau billet que tu lui as écrit et je lui souhaite de croquer dans la vie comme ses parents lui ont démontré tout au long de la leur… bonne chance ma belle xxx marraine

  • 17 août 2011 at 18:57 //

    En te lisant, je me dis que ces mots tellement biens alignées les uns après les autres réfletent probablement tout ce que nombre de père dont je suis ressentent lorsque leur «bébé» commence le CEGEP. Continue, j’aime bien te lire.

    JF

  • @ Anonyme : merci !
    @ Hélène : J’avoue que les départs font mal. Toujours. Mais comme je ne suis pas un ennuyeux et que mes enfants ne le sont pas non plus, c’est plus facile après cette étape difficile…
    @ Julie : Tu touches un bon point : on fait ce qu’on peut pour donner le max à nos enfants, mais je pense que l’exemple demeure ce qu’il y a de mieux. Plus que l’argent….
    @ Suzanne : Merci, c’est gentil!
    @ JF : Merci, oui je pense que c’est universel et intemporel!

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