Chroniques Sénégalaises – Partie 9 et fin…

Je suis assis devant une bière à l’Aéroport PET et je regarde en boucle certaines séquences vidéos qui sont sur mon MacBook. J’ai des fous rires. Des yeux dans l’eau. Des souvenirs imprégnés dans ma mémoire. Le film est accessoire, tout ça, c’est gravé à vie sur mon disque dur interne. Ma mémoire vive.
Quand je suis parti dimanche à 15 h – (10 h 30 heure du Québec) —, j’ai laissé des étudiants qui finiront leur stage humanitaire dans les jours qui suivront. Des étudiants qui m’ont laissé participer à leur trip, qui se sont livrés à moi en m’acceptant comme un des leurs alors qu’ils avaient pour la plupart l’âge de mon fils. Merci à vous tous, merci à Chantale de m’avoir laissé autant de latitude.
Quand je suis parti dimanche à 15 h, nous devions partir à 14 h. Mais tout est lent au Sénégal. La notion de temps n’existe pas. Du moins pas comme ici. À l’accueil de la clinique quand les étudiants demandaient aux patients leurs âges, la plupart hésitaient ou répondaient vaguement. Comme si les Sénégalais avaient un âge incertain où que cette notion ne fût pas importante. À bien y penser, l’est-elle vraiment?
Quand je suis parti dimanche à 15 h, nous roulions sur une route poussiéreuse et les gens sortaient des champs pour nous saluer de toutes leurs dents. Bye Bye Toubab! J’avais l’impression égoïste que tous ces saluts m’étaient destinés même si nous étions 5 dans la voiture. Je m’appropriais ces adieux pour moi tout seul. Parce que ce voyage-là était différent pour moi, j’en avais rêvé depuis si longtemps.
Les gens qui voyagent pour visiter des statues ou des montagnes passent à côté du vrai voyage. Les vrais voyages passent uniquement par les gens que tu rencontres. Quand on apprend comment ils vivent, quelles sont leurs réalités et ce, sans porter de jugement, mais en essayant tout simplement de comprendre. Un soir de postclinique, Chantale a laissé Malick s’occuper de parler aux étudiants. Je ne suis pas infirmier, mais j’ai trouvé cet exposé sur la santé communautaire tellement inspirant et surtout applicable à plein d’autres niveaux que la santé. Son discours expliquait la différence entre la santé dans un hôpital et celui qui s’exerce en brousse par la compréhension des réalités des habitants; le manque de ressources, de moyens financiers, des distances, etc. À la blague, alors que nous avions marché une douzaine de kilomètres, des étudiants, Malick et moi j’ai nargué les étudiants en leur disant : imaginez, certains patients que vous rencontrerez demain auront marché ce parcours pour vous rencontrer et devront le refaire chaque jour si vous leur donnez un médicament quotidien. Il faut marcher dans les souliers des gens avant de leur dire qu’ils doivent changer ceux-ci, sinon tout est théorie, belles paroles, beaux discours. Vis avec les gens et avec leurs moyens et tu pourras critiquer leur façon de vivre. Pas avant.
J’ai quitté l’Afrique, mais l’Afrique ne m’a pas quitté. J’y retournerai. Pour revoir ces sourires à pleines dents. Pour revivre cette naïveté. Pour entendre les enfants me demander comme dans le Petit Prince : « comment tu t’appelles? » Pour pouvoir rencontrer des gens extraordinaires comme Malick, Boubacar, Anta, Modou, Dan, Awa, Dieudonné…

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13 commentaires

  • 17 janvier 2011 at 21:08 //

    Merci de m’avoir fait vivre virtuellement quelques bribes de ton aventure. Tes chroniques me manqueront aux petites heures le matin, devant ma lampe de luminothérapie. Félicitations!

  • 17 janvier 2011 at 21:59 //

    merci Marc de m,avoir fait vivre cette belle aventure,je t’ai suivi a tous les jrs dans tes recits succulents ,tristes,droles mais comment captivants,bon retour physiquement,ton coeur va suivre plus tard,bye la mere a Jean D.

  • J’ai suivi les chroniques avec beaucoup d’attention et c’était super! Un voyage aussi spécial ne pouvait se terminer que d’une seule façon: avec de simples phrases qui nous donnent envie de partir à notre tour! La chronique finale est sans contredit mon coup de coeur!

  • Merci pour ce voyage ! Quelle belle aventure ! Ca été un plaisir de te lire.
    Bon retour,
    Cynthia, ancienne de l’Inter

  • 18 janvier 2011 at 8:16 //

    Cela semble avoir été une superbe expérience pour toi et ce qui est le plus intéressant est de lire les propos provenant d’un enfant de plus de 40 ans :-). Merci de le partager avec autant de doigté.

    Bon retour !

  • 19 janvier 2011 at 8:58 //

    quelle expérience!!!! merci pour ces chroniques qui nous permettaient de vous suivre dans votre quotidien. tu décris vraiment bien parce que je me promenais entre l’émerveillement,l’emphatie, l’altruisme et la tristesse.

  • 19 janvier 2011 at 12:43 //

    J’ai adoré lire tes chroniques. Tu m’a fais vivre de beaux moments, merci!

    Encore! encore!

  • Merci de m’avoir suivi dans ce périple! Vos commentaires étaient vraiment cool à lire de là-bas!

  • 27 janvier 2011 at 6:54 //

    Saaalaam Malécum ( ce n’est pas tout à fait le bon orthographe, mais bon ça rend le message)
    J’ai pris le temps ce matin de lire les chroniques sur notre aventure (ce n’est pas l’intérêt qui manquait, ne pas se méprendre). Je suis émerveillé par ta capacité à reconnaître l’essentiel… et à le rendre. Un gros merci pour ta participation au sein du groupe. J’ai beaucoup apprécié ta présence et ton implication. Nous avons dégusté, grâce à toi, des cuvées spéciales, introuvables dans les grandes SAQ du Québec, et combien rafraîchissantes à Thiaré. Un gros merci pour avoir permis à nos proches d’être tout de même près de nous malgré la distance.
    Je te dis merci… à la prochaine…Inch’Alla
    Chantale

  • 30 janvier 2011 at 18:29 //

    On n’oublie jamais l’Afrique, et l’Afrique, espérons-le, ne nous oubliera pas !
    “Comment t’appelles-tu?… Et toi?? ”

    Mais aussi toi qui nous faisais l’imitation durant le voyage! C’etait tellement drôle 😛

    Merci pour ta participation! On a tous eu des beaux moments avec toi et tes chroniques sont, à l’unanimité je pense, aimées par tout le monde! Tu sais comment faire comprendre les couleurs du Sénégal!

    Tu m’a fais penser a Bruno Blanchet dans tes chroniques! 😀 C’était la mini frousse en brousse Sénégalaise 😀 !!!!!!!
    À bientôt!

  • Merci Véro-Aida! J’ai un petit bout de film où tu danses ausssi sur la musique de ces griots… 🙂

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