Réincarnation de marc™

Lors du dépôt d’un appel d’offres, on me demande souvent d’exprimer ma vision d’entreprise sur les droits d’auteur par rapport à mes créations. En termes plus simples, à la suite de la conception d’une marque, qu’elle sera la marge de manoeuvre du client quant à la propriété intellectuelle de celle-ci. En terme encore plus cru : hey coudonc, cé tu à nu’ aut’ ou pas, c’te logo-là ou c’te concept-là?

Oui. Absolument. Tout à vous.

Dans ma philosophie, toute création réalisée dans un mandat précis, c’est-à-dire à partir d’une commande d’un client, appartiendra au dit client aussitôt les honoraires payés. Ainsi soit-il. Payez et recevez. Aussi simple que ça.

Vous pourrez en faire ce que vous voudrez. Appliquer ce concept sur le média que vous voulez. Vous en serez propriétaire, et donc en mesure de vous en servir comme bon vous semblera.

Bien sûr que j’aimerais garder un oeil sur la façon dont vous ferez évoluer cette création, afin d’en assurer la pérennité et l’évolution correcte, mais je comprends qu’il est parfois impossible de le faire. J’en conviens que certaines idées vivront mal la transition, comme d’autres subiront une belle évolution.

Comme je ne m’attache pas ou peu à mes concepts plus qu’il ne le faut, disons que leur deuxième vie, quand ils quittent ma tête, m’importe peu.

Il vous faut un exemple? En voici donc un beau..

En 2005, je créais pour le compte des Fermes Laurier Bouchard, une identification qui allait orner tous les emballages de boeuf que ces producteurs de la région mettraient en marché. Étiquettes, PLV (pièces en lieu de vente), camion de livraison, etc., allaient être aux couleurs de ce petit cultivateur sympathique qui avait troqué sa fourche pour une fourchette. Deux ans plus tard, l’entreprise connaissait quelques difficultés et dû se départir de sa division de coupes de viandes. Rachetée rapidement par un autre groupe, la marque continua de vivre et le boeuf d’être livré dans les supermarchés et les restaurants. Le consommateur n’y voyant que du feu puisque le même boeuf se trouvait dans le même emballage aux mêmes points de vente. Même bon goût, même qualité. La nouvelle entreprise de distribution avait continué à me consulter pour créer quelques nouvelles étiquettes. Et la marque repris du service, sans que l’on ne se rendre compte de rien. Jusqu’à ce qu’un nouvel épisode difficile concernant des problèmes d’approvisionnement revienne hanter la nouvelle entité. Cet incident marqua la fin de la marque de commerce «Boeuf Laurier Bouchard». L’entreprise de distribution cessa ses activités et vendit ses actifs au plus offrant. Business as usual. Les marques naissent, comme elles meurent. Et quelquefois elles se réincarnent…

L’an passé, un camion de livraison passant sur la rue attira mon regard. Sur le flanc du camion, en grosses lettres étaient inscrites « boeuf de qualité 100 % régionale » et tout au-dessous, une petite bonne femme, une bouchère avec une fourchette géante à la main. J’avais devant les yeux la preuve que la résurrection existe : mon logo revivait. Oui, notre cultivateur avait changé de sexe et de métier, sa ferme offrait maintenant une plus grande variété de produits, mais l’essentiel de l’identification était là. La nouvelle entité avait avalé la marque et décidé de l’adapter à ses besoins sans sentir le besoin de m’appeler. Peut-être elle ne savait même pas que j’étais à l’origine de la création de la première mouture. Voilà. Tant que les gens qui ont adapté la marque originale ne s’attribuent pas l’idée d’origine, je souhaite longue vie à Qualité Bouchard!

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