Bâtir sur ses valeurs

Jeudi dernier, je discutais avec mon garçon autour d’une bière. On parlait de choses et d’autres. De rien d’important; le genre de conversation qui semble ne mener à rien et qui tout à coup nous porte à l’essentiel. Les sujets pleuvaient. On riait. On rattrapait le temps. On ne se voit pas assez souvent, lui et moi. La discussion était anodine jusqu’à ce qu’il me raconte une anecdote qu’il avait vécue en travaillant dans un fast-food, il y a quatre ans. Il me parla de cet employé, un type paumé, près de la quarantaine, marié, deux enfants et soutien de famille. La misère à petit salaire, quoi. Le type détenait le seul revenu familial et travaillait avec des jeunes, comme mon garçon, pour qui ce travail était temporaire, le temps de ramasser des sous pour payer des études. À part le patron, c’était lui le plus vieux et le moins éduqué parmi les employés. Mon garçon se rappelait surtout de l’avoir jugé. De l’avoir mis dans la catégorie des minables, des petits qui ne réussissaient pas. D’avoir pris à partie ce mec qui avait plus deux fois son âge, du haut de ses valeurs naissantes d’adolescent. Les jeunes sont souvent durs quand vient le temps de prendre position, ils ne font pas dans la dentelle. En avalant une gorgée de bière, il me dit qu’avec du recul, il regrettait d’avoir pensé du mal de ce gars-là. Qu’avec les années qui ont passé, il s’apercevait que le jugement sévère qu’il avait porté sur ce bonhomme était facile et ne tenait compte d’aucun contexte particulier. « Tu sais, ce gars-là aurait pu décider d’être sur l’Aide sociale et profiter du système; au lieu de ça, il se levait le matin, finissait tard le soir, à se brûler sur l’huile à patate frite et à faire des hot-dogs pour un salaire de misère… » ajouta mon fils. « Et moi, du haut de mes 16 ans, je le trouvais « loser », tu te rends compte? Je m’en veux, tu sais… Je m’en veux de ne pas l’avoir estimé à sa juste valeur… ce gars-là avait décidé de ne pas se laisser aller et moi, au lieu de le trouver honnête, je le méprisais… » J’avais le souffle coupé. Je l’aurais pris dans mes bras. Je l’aurais embrassé comme un gamin. Tellement j’étais fier de lui. J’étais un coq qui regardait son poussin se dégourdir. Ça m’a fait penser que les valeurs sont des trucs qui ne mentent pas. On peut dériver, faire des choses dans notre vie qu’on peut regretter, on peut faire de mauvais choix, mais quand on revient à l’essentiel, à nos valeurs de base, on s’en sort toujours indemne. Je n’ai pas toujours été super présent pour mon fils, pour plein de raisons (pas toujours bonnes), mais j’ai toujours tenté de lui inculquer ce à quoi je croyais, et ce, par l’exemple. Je n’ai pas hérité d’entreprise familiale, ni de somme d’argent, je n’ai pas suivi les traces de mon père quant à son métier, mais j’ai reçu de mes parents des valeurs importantes auxquelles j’ai adhéré. Je pense que comme professionnel, outre le talent et les connaissances, les valeurs que nous partageons avec nos clients sont d’autant plus importantes qu’elles nous distinguent des autres. Elles font partie de notre ADN. Quand j’analyse les clients avec qui j’ai fait un bout de chemin depuis le temps, je constate qu’ils ont tous bâti leurs entreprises sur des bases solides, pas uniquement pécuniaires, mais sur des valeurs plus importantes comme le respect, le travail bien fait et l’honnêteté. Ce sont ces valeurs qui font que nous réussissons à prospérer, certes, mais encore plus à grandir. N’oublions pas comme consommateur que l’on a aussi le loisir de choisir des marques dont nous partageons les valeurs; quand une entreprise brusque celles-ci, nous nous sentons encore plus lésé que si on nous avions été simplement roulé du point de vue matériel parce que l’on touche à quelque chose de plus important, de non négociable, d’intrinsèque en nous. Une entreprise qui met de l’avant ses valeurs et les défend a plus de chance d’avancer qu’une autre qui s’ajuste aux modes qui passent. Une entreprise peut avoir un visage humain et doit posséder, tel un individu, un « bon fond ». Il y a peu de risques de se tromper dans nos relations professionnelles quand on joue la carte de la franchise. C’est toujours plus facile d’être soi-même. Et tellement gratifiant.

> Photo de © Daniel Pastor

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8 commentaires

  • Ça vaut la peine d’être parent pour tous ces petits moments irremplaçables.

    Merci d’avoir été attentif et de l’avoir partagé, ça fait réfléchir.

  • 23 mai 2011 at 15:55 //

    Merci Marc ca fais du bien juste de penser que nos valeurs reviennent un jour…pas facile l’adolescence mais j’espère toujours que les gros nuages deviendront pleins de ciel bleu pour l’instant c’est long…mais juste te lire fait voir que…. merci….

  • Je ne connais pas le coté perron de la souche mais j’ai en haute estime le coté gauthier……. Si tes enfants ont le respect d’autrui et l’ouverture sur les autres que leur paternel c’est deja une grande réusite……. et merci pour ton texte car de mon coté j’essai de former ma releve et en prenant connaissance de ton texte j’espere que les valeur que je sème se bourgeonneront et fera développer ma progéniture dans les valeurs pas trop loin des miennes……. Je suis fier de ton garcon car le reconnaitre est déja une grande évolution en soi

    bravo

  • @ Emmannuel : Merci. Comme tu dis, il faut seulement être attentif et à l’écoute…
    @ Nathalie : on prend toutes sortes de directions dans une vie, pas nécessairement géniales, mais je pense qu’on revient souvent à l’essentiel, à nos racines. À part les guider, on peut difficilement vivre la vie de nos enfants. C’est la leur, après tout.
    @ Jocelyn : Merci. Ça serait très égocentrique de penser que tout ce que mes enfants ont de positif vient de moi. Je pense qu’ils sont les maîtres de ce qu’ils sont. Ils ont pris de leurs parents ce dont ils avaient besoin pour se définir, eux. L’exemple demeure la meilleure façon d’éduquer. Merci pour les bons mots, je suis très touché.

  • Merci marc, j’ai quasiment pleurer en te lisant. Comme l’a toujours dit une de mais soeur; il faut se faire confiance, ce que l’on sème revient toujours tôt ou tard. Dans ton cas, c’est revenu vite, maudit chanceux!

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