Melomarc™ – Thomas Fersen / Le Jour Du Poisson

Voici un nouveau billet de la catégorie Melomarc™ qui tente de répertorier les albums de musique qui ont marqué ma vie jusqu’à maintenant. Voyez ça comme un voyage à travers mes souvenirs et ma collection d’albums; où la véritable histoire de l’album vit en parallèle de la mienne. J’ai décidé de partager ces coups de coeur musicaux sur mon blogue, mais aussi de les faire découvrir plus personnellement à certaines personnes, en leur offrant l’album décrit via iTunes. Surveillez vos boîtes de courriels, vous aurez peut-être le privilège de recevoir un de ces albums… mais surtout, ouvrez vos oreilles et vos coeurs. C’est la mélodie du bonheur.
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J’avais glissé le texte que j’avais écrit sous la porte et m’apprêtais à m’enfuir. Comme à la dernière occasion. Sauf que cette fois, la porte s’était ouverte devant moi et j’étais pris comme un rat. On venait de me prendre au piège. Ce grand gaillard barbu tenant dans sa main la feuille que je venais de glisser sous le porche, m’invitait à entrer dans le local pour que l’on fasse plus ample connaissance. J’avais 17 ans, j’étais gêné et je devais avoir encore des boutons. Ce grand barbu de 21 ans, c’était Roger Blackburn, rédacteur en chef du journal étudiant Le Tract du Cégep de Chicoutimi (aujourd’hui journaliste/chroniqueur au Quotidien). Ce qu’il tenait dans ses mains, c’était un épisode des « Chroniques de Jo Blow », mon alter ego anonyme, écrivain de vérités pas toujours vraies (!). Jo Blow : un personnage tout droit sorti de mon imaginaire, un gros dégueulasse à la Reiser, un Béru à la San Antonio; un homme aux moeurs légères et à la langue sale qui déblatérait des énormités en dénonçant sous un pseudonyme les imparfaits de la vie. Du moins, celles qu’il identifiait malgré son/mon jeune âge. Disons que c’était un Troll de blogue d’avant son temps — un blogueur anonyme qui lâche son fiel sous le confort de l’anonymat. Mon Mister Hyde à moi. Mon exutoire. Mais ce matin-là, ce grand barbu hirsute avec son éternel crayon à l’oreille tenant mes dernières élucubrations écrites dans ses grosses mains, détenait la clef de mon destin. J’étais démasqué et devait maintenant l’affronter. Il n’en tenait qu’à lui de publier ou pas, ces écrits lubriques. Pour le fouteur de merde qu’il était (il l’est encore, aujourd’hui), il n’y avait pas mieux que ce genre d’articles provocateurs, de mauvaise foi, dénonciateurs qui tiraient à boulets rouges sur l’ordre établi et les conventions, bravant même la direction du Cégep qui lui avait demandé de retirer mes textes du journal étudiant. C’était le début d’une belle amitié. Roger m’a, part la suite, demandé de le suivre dans un paquet de projets journalistiques farfelus : caricaturiste pour une revue de chasse et pêche, illustrateur pour le journal du Carnaval Souvenir de Chicoutimi, etc. C’était toujours avec un grand plaisir que je me retrouvais à travailler avec ce bon vivant au verbe joufflu. Et puis la vie a fait que l’on s’est perdu de vue et que l’on se retrouve une quinzaine d’années plus tard. Bien en chair. Mais avec la même lueur dans les yeux que nos vertes années. C’est toujours avec un malin plaisir que l’on se retrouve pour argumenter : on n’est pas sur la même longueur d’onde sur un paquet de trucs, et c’est ce qui rend la relation palpitante. Roger, sans le savoir à l’époque a réussi à m’orienter sur ce qu’allait devenir mon métier aujourd’hui : créer, inventer, me débrouiller à vivre sous la pression pour trouver la grande idée. Il m’a permis de réaliser que j’avais un talent sur lequel je pouvais construire. Ce n’est pas rien.
Le lien avec Thomas Fersen? Uniquement la poésie et la langue. Roger étant un amoureux du français, je trouvais que ce dandy lui plairait. Parce que Thomas Fersen, c’est la chanson française dans ce qu’il y a de plus classique et de plus beau. Cette musique et ces paroles intemporelles auraient pu être écrites en 1960, en 2010 ou en 1983. Ce faux détachement et cet humour subtil qui fait le bonheur des fans de Fersen m’ont gagné dès les premières notes de l’album Le Jour Du Poisson; conquis j’ai acheté tous les albums et vu Fersen deux fois en spectacle.

J’ai offert Thomas Fersen / Le Jour Du Poisson à mon ami Roger Blackburn, par amitié bien sûr, mais surtout pour la botte qu’il a su adresser à mon cul, quand, à 17 ans, j’en avais le plus grand besoin pour m’épanouir.

> Thomas Fersen / Le Jour Du Poisson  sur  iTunes

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2 commentaires

  • Confiture (melting-potée) d’oreilles (frenchouillées) du moment :
    http://www.dhaferyoussef.com/
    Scotchée 2 fois cette semaine par tant de poétique virtuosité, en festival de jazz et dans une salle parisienne enthéâtrée… A savourer !

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