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    Design

    Culture Code

    Pour faire suite à mon billet précédent, je vais vous parler de Clotaire Rapaille. J’ai entendu le bonhomme pour la première fois, comme la plupart des gens, il y a une dizaine d’années, lors d’une intervention dans l’émission de Marie-France Bazzo à la radio de Radio-Canada. Parenthèse critique : suis-je le seul à m’ennuyer de cette émission? J’ai bien tenté Bazzo.tv, mais le format radio était beaucoup plus génial et pratique, dans mon cas, puisque je ne suis pas vraiment un fan de télé. Fin de la parenthèse. Dans cette émission, Clotaire Rapaille parlait du marketing culturel et faisait la distinction entre les différents paradigmes qui nous définissent. Il expliquait pourquoi un produit commun en Belgique était difficile à commercialiser en Russie. Pourquoi le chocolat ne plaisait-il pas aux Japonais? L’exemple le plus percutant était la différence entre la commercialisation du fromage en France et celle des États-Unis. Le parallèle fascinant qu’il expliquait était au niveau des perceptions différentes qu’avaient les consommateurs selon leurs origines. Pour le Français, par exemple, le fromage était « vivant ». On devait le toucher pour s’assurer de sa fraîcheur. L’acheteur discutait « vie » avec le marchand. De mûrissement. Quand le fromage emballé arrivait à la maison, il était déposé sur le comptoir pour rester chambré, température pièce jusqu’à sa consommation. Au contraire, pour l’Américain, le fromage était « mort ». Emballé sous vide, réfrigéré, aseptisé. Le consommateur américain prenait le fromage dans le frigo du magasin et le déposait à même son frigo personnel. D’une morgue à l’autre, finalement. Il le consommait froid, tuant ses effluves. La peur des bactéries, entre autres. J’avais été très captivé par cette entrevue, à l’époque. Je trouvais fascinant ce champ d’expertise qui m’allumait sur la distinction culturelle par rapport à la consommation, expliquant que le même produit pouvait connaître des succès différents selon les cultures. Puisque l’émission était déjà commencée et que je n’avais pas saisi le nom de l’interlocuteur, j’avais envoyé un courriel à l’équipe d’Indicatif Présent qui m’avait gentiment répondu. J’avais alors commandé le livre « Seven Secrets of Marketing In A Multicultural World » de Rapaille (livre prêté/non retourné — d’ailleurs | si quelqu’un se reconnaît, j’aimerais bien le récupérer, merci… ). Beaucoup plus tard, j’avais acheté « Culture Code » qui m’avait moins séduit, mais que j’avais tout de même apprécié.
    Ces livres m’auraient été d’une grande utilité lors d’un de mes voyages en Haïti. Pour mieux comprendre comment nos codes culturels étaient différents. J’avais eu comme mandat de revamper, pour la filiale haïtienne de Kimberly Clark, un emballage de serviettes hygiéniques. La marque était « New Freedom », le client avait décidé de garder le nom en anglais parce que la traduction française « Liberté nouvelle » aurait peut-être été mal perçue par les autorités politiques. Il ne faut pas oublier que nous étions avant l’arrivée d’Aristide au pouvoir, entre deux coups d’État.  Pour un communicateur né en pays démocratique où l’on pouvait tout dire, ou presque, juste réaliser que le nom d’un produit pouvait être mal perçu et retiré des tablettes pour une simple connotation était assez désorientant. Le client dans son désir de ne pas trop aliéner sa clientèle déjà durement acquise m’avait demandé de garder le dessin d’un papillon qui ornait l’emballage original pour permettre une certaine reconnaissance du produit. Ce que je croyais juste et perspicace. Analysant la photo d’un papillon, je me rendis compte que certains ornements très symétriques dans les ailes de celui-ci ressemblaient à un visage humain. J’avais donc eu la brillante idée de mettre le visage d’une jolie Haïtienne dans le papillon et de me servir de ses yeux pour reproduire le motif. Le design me plaisait (on parle d’un truc réalisé en 1995, soyez indulgent…). Je gardais le dessin original de l’emballage, tout en créant une signature plus moderne et audacieuse. Je préparai donc une maquette dans le but de la présenter au comité marketing de Kimberly Clark composé d’Haïtiens, mais aussi d’Américains et de Canadiens. Lors de ma présentation, je voyais bien qu’il y avait un malaise parmi les membres haïtiens du comité. Uniquement les Haïtiens. Quand on fit un tour de table, la première Haïtienne qui prit la parole exprima aussitôt la peur (!) que l’emballage lui inspirait. Peur de ce visage emprisonné (!!) dans le corps d’un papillon. Les autres opposants parlaient de vaudou (!!!!) et de prise de possession de l’âme de la femme par le papillon (!!!!!). J’étais bouche bée. Ce simple emballage purement esthétique, à mon avis, prenait des proportions démesurées et surtout insoupçonnées aux yeux d’une culture différente à la mienne. Pas besoin de vous dire que je suis revenu à un emballage plus naïf, utilisant le papillon tout simplement comme un élément décoratif, tentant le moins possible de le mettre en valeur. Le premier truc qui me vint à l’esprit le soir, en faisant le post-mortem de ce dossier, était le grand nombre de produits étrangers se rivant le nez sur des cultures différentes. Combien de demi-succès étaient attribuables à de mauvaises raisons, alors qu’une simple question d’identité culturelle faisait défaut! Combien, même chez nous, un produit pourtant destiné à une clientèle ne s’adapte pas à celle-ci, uniquement parce qu’elle n’utilise pas les bons codes? La bonne vieille règle de s’intéresser aux clients de ses clients est encore la meilleure à mettre de l’avant. Ne pas permettre à ses références personnelles de dicter ses choix. Tenter de comprendre les autres, comme ils sont.  Ici ou ailleurs. Merci pour la leçon, M. Rapaille.

    > Culture Code | Clotaire Rapaille

    Retour de/sur Londres.

    Pas facile les retours. Mais comme je suis encore en vacances, je n’ai pas trop à me plaindre et disons que j’en ai vécu des pires que ça dans ma vie. Voici en vrac, quelques réflexions, clichés et anecdotes sur mon court séjour à Londres. Voyez ça comme les twits que j’aurais aimé écrire sur place…

    Si vous voulez photographier un Tigre, ne le faites pas dans un aéroport
    À l’aéroport Heatrow, aux douanes, trône une publicité d’Accenture mettant en vedette un Tiger Wood songeur devant l’emplacement difficile d’ou il s’apprête à frapper son prochain coup. Le slogan : It’s What You Do Next That Counts. Je trouvais l’ironie trop belle et j’ai voulu l’immortaliser sur photo… en oubliant que j’étais dans un aéroport. Vérification de ma caméra par la sécurité et un avertissement. Je le ferai plus, maman.

    O Cacanada, terre non bitumineuse
    Jour 1, Trafalgar Square, à deux pas de notre hôtel, se tenait une manifestation en marge du Sommet de Copenhague sur le climat. Des gens occupaient la place avec leurs tentes et tout le bataclan pour tenir le fort: bouffe, réchaud, etc. Leur cible de prédilections : les sables butimuneux du Canada. Drapeau canadien dégoulinant de pétrole en berne; welcome to London, boys…

    Le bon vieux bouche-à-oreille nous épargne de faire des pieds et des mains pour rien
    Qu’il soit direct, par internet, de la part d’amis très proches, d’amis Facebook ou d’utilisateurs de forums de voyage, le bon vieux word-of-mouth est le moyen le plus efficace pour ne pas se tromper et bénéficier de précieux conseils quand on veut voyager : mon hôtel Les Citadines Trafalgar Square était parfait. Pas cher, très propre et tranquille. Amateurs de grand luxe, ce n’est pas pour vous. Pour les autres, vous avez le right spot. Merci Martin pour le tuyau…

    Le pixel c’est ben beau, mais le grain c’est encore mieux
    Au National Portrait Gallery, une super exposition de photos intitulée The Beatles to Bowie nous attendait. Couvrant le rock des années 60 en photo, de super clichés connus et inédits des figures de proue du rock britannique étaient exposés. Les trois gars sont tombés en amour avec la photo de Jane Birkin. Serge devait avoir du goût…

    Mexican British Museum
    Avouons que le hasard fait bien les choses. Au British Museum se tenaient deux expos sur le Mexique: Moctezuma (le roi-serpent), mais surtout la Révolution sur papier (traduction libre) — une expo sur les affiches produites par des artistes mexicains pendant la révolution. Expo assez intéressante pour en acheter le catalogue…

    Des livres qui coûtent des livres
    Je ne peux m’empêcher d’acheter des livres de design en voyage. Trop la plupart du temps. Certaines mauvaises langues vous diront, pas uniquement en voyage… Je n’ai pas ouvert une seule page des livres ramenés de Barcelone en juin dernier et voilà que j’ai rempli mon sac de cabine de 200 lb de livres à 200 livres. Les livres en Europe sont toujours trop chers et en Angleterre ils sont exorbitants. Un livre acheté chez Amazon.ca à 25 $ CAN est à 25 pounds à Londres (40 $ CAN) — le calcul se fait vite….. OK, ça ne m’a quand même pas empêché d’en ramener quelques-uns…

    Pas de la petite bière
    Mea Culpa : je suis un buveur de bière. De vin aussi, mais ma bedaine trahit encore plus un amour du houblon. Et à Londres, les pubs pullulent. Je ne dirai pas combien nous en avons visités, mais disons assez pour se faire une idée de la cordiabilité des ses hôtes et de ses habitués ainsi que du large choix de bières disponibles.

    Sorry We Are Closing
    Nous étions trois couche-tard dans une ville qui se couche de bonne heure.  Pas facile. La plupart des pubs ferment à 22 h. Leurs cuisines à 21 h. Pour des gars habitués à bouffer tard normalement, disons que ce n’était pas évident.

    Shopping in the rain
    La journée consacrée au shopping fut celle où la Tamise a dû remonter d’un pied. Le déluge. Quelle bonne idée que d’avoir retiré de mon sac le parapluie que je trainais depuis le début de mon périple.  Résultat : mouillé jusqu’aux genoux à travers une marée (!) de monde parcourant les boutiques avant Noel.

    Stupeur et ronflements
    3 colocs fatigués, ça ronfle.

    Des fumées d’usine coiffent la ville d’ocre, de rouge et de violet
    Liverpool comme le chantait Renée Martel (quelle culture, avouez!) est une ville intéressante (surtout la vieille partie). Même si notre séjour fût de courte durée, nous avons pu constater que la Liverpool est définitivement Beatles.

    Et les Londonners?
    Gentils, polis et souriants. Les Londoniens sont très sympas. Dans les pubs, les musées, les boutiques et sur la rue, les gens étaient avenants, toujours prêts à t’aider à retrouver ton chemin. On m’avait parlé en bien de ceux-ci, je ne peux que confirmer. Première visite, mais pas la dernière…

    INTERCAR a 50 ans.

    intercar50Peu d’entreprises peuvent se targuer de passer le cap de la vingtaine, encore beaucoup moins celui de la cinquantaine. Souvent, les entreprises préfèreront se fusionner à plus gros afin de prendre une nouvelle part de marché ou tout simplement se faire avaler par plus gros. Intercar est différent : l’entreprise va réussir à passer la cinquantaine en faisant cavalier seul tout en prenant de l’expansion hors de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et développer le marché de Québec et de la Côte-Nord. Intercar a toujours su être un citoyen corporatif de premier niveau : ses associations à des causes sociétales, culturelles et sportives l’ont aidé à rayonner au-delà de son core-business qui est de transporter des gens. Si l’entreprise a une aussi grande crédibilité, c’est surement en grande partie dû à ses dirigeants qui ont su insuffler à tout le groupe des valeurs solides axées sur la famille et le respect des autres. Là ou bien des entreprises se tiraillent et perdent au change, Intercar a quant à elle su tirer profit d’être une entreprise familiale, générationnelle. Dans ce contexte, fêter ses cinquante ans n’est pas à dédaigner.  Lors de mon analyse pré conceptuelle, l’élément qui revenait le plus souvent était la notion de « gens ». La notion humaine. Indissociable d’un transporteur comme Intercar. Si pour certains, la notion de travailler avec des gens est difficile, pour Intercar, c’est tout à fait naturel. Elle s’y intéresse à plusieurs niveaux : premièrement sa clientèle directe utilisatrice de son service, ses propres ressources humaines et les gens auxquels elle touche via sa fondation. L’entreprise a d’ailleurs bonne réputation, c’est un excellent citoyen corporatif qui le rend bien à ses concitoyens. Il était impensable, dès le départ de mon pitch créatif de fouiller des idées qui ne sensibiliseraient pas directement ce capital humain qui gravite autour d’Intercar. Impensable, donc, de tomber dans un concept « meilleur/grand/chef de file » : une entreprise qui excelle n’a pas à en rajouter et crier haut et fort qu’elle est meilleure, elle l’est. Point. Ce sont des notions éculées qui ne touchent plus personne de toute façon : tout le monde est exceptionnel selon sa propre définition. Comment dire aux gens que depuis 50 ans, si nous sommes là, c’est grâce à eux? Comment dire à la population en général qu’Intercar, pendant les cinquante dernières années, a réussi à se rendre où elle est maintenant en capitalisant sur sa clientèle? En donnant la place à laquelle tous ces gens ont droit. En leur offrant un autobus. Celui du 50e. En conceptualisant celui-ci, j’ai voulu créer une fresque de noms reliés ensemble qui reprendrait le design déjà connu de ses autobus, mais au lieu d’utiliser des formes pleines, de remplacer celles-ci par des milliers de signatures. Relier des noms comme se relie un réseau routier. Parce qu’à la base, c’est ce que fait Intercar : relier des gens entre eux ou des lieux en créant des rapprochements, en transportant un élève à son école, un voyageur à sa destination, une grand-maman chez sa fille, etc. Bien que l’idée me soit venue d’utiliser de vraies signatures, la complexité et le manque de rigueur de l’exercice m’ont fait opter pour une seule signature, la mienne. Couvrir un autobus complet de milliers de noms de passagers, mais aussi d’employés est une façon pour Intercar de laisser ceux-ci faire leurs marques en prenant place sur un bus. Leur bus. J’avoue que ce fût une job de moine très complexe, mais le résultat valait les nombreuses heures de réalisation… de toute façon, ça commence à faire partie de ma vie, de me la compliquer…

    Avoir une chanson dans la peau.

    Magnifique vidéo créé en stop-motion sur la chanson Come On Up To The House de Tom Waits (de l’album Mule Variation). J’aime beaucoup la poésie crue de Waits, sa voix éraillée, sa musique sale. Ça sent les tripes. Le clip rend très bien les thèmes développés par Waits. Et pour un fan, comme moi, de typographie «handmade», c’est du bonbon.

    S.O.S. Montréal.

    dery_sarah_1Belle initiative que celle de Nelu Wolfensohn, professeur à l’UQAM qui a proposé à ses étudiants de 3e année du baccalauréat en design graphique d’exprimer, par le biais d’une affiche, leur mécontement et celui de la population envers les élus (anciens et futurs) de Montréal. Le résultat est disponible en visitant le site S.O.S. Montréal. Sur celui-ci, nous est expliquée la démarche proposée aux étudiants. « Montréalais, le 1er novembre allez voter! À l’heure du suffrage du 1er novembre, nous, les étudiants finissants du Programme de design graphique de l’École de design de l’UQAM, nous nous mobilisons pour exprimer en images la situation difficile dans laquelle se trouve la Métropole depuis plus de 30 ans. Nos affiches n’appuient pas les plateformes électorales des partis municipaux en lice pour le pouvoir, mais reflètent les vraies convictions et inquiétudes d’une cinquantaine de jeunes créateurs. Il ne s’agit donc pas de prendre position pour un politicien ou pour un autre, mais de faire connaître le point de vue personnel de chacun d’entre nous face aux problèmes récurrents à la Ville de Montréal. À une époque où on impute à la jeune génération son manque d’intérêt pour la vie politique, nos affiches sont un cri du cœur qui sonne l’alarme et veut réveiller. Montréalais, le 1er novembre allez aux urnes! Allez voter pour Montréal! » Même si les travaux réalisés par les étudiants ne sont pas tous géniaux, ils ont la grande qualité d’avoir réussi en peu de mots et d’images à illustrer des opinions diverses. En terre nord-américaine, nous ne sommes pas très habitués à ce genre de réalisations : l’affiche politique comme porte-étendard d’une opinion ou d’une prise de position sur un sujet précis n’est pas tout à fait ancrée dans nos moeurs. Et c’est bien dommage. Les pays d’Europe de l’Est, je pense surtout à la Pologne entre autres, ont un dense passé d’affichistes sociaux et culturels. Alors qu’ici l’affiche a toujours eu pour but d’annoncer un événement ou de vendre un produit, on assiste plutôt, dans ces pays, à de véritables plaidoyers envers des causes humanitaires, sociales ou politiques. Je parlais dernièrement dans un billet l’importance de la formation collégiale et universitaire vis-à-vis une profession comme celle de designer ou de publicitaire, ce projet mis sur pied par ce professeur illustre bien comment un étudiant peut développer sa créativité, certes, mais tout autant ses opinions, ce qui est, selon moi, primordial. Les meilleurs designers ne sont pas ceux qui réalisent des créations uniquement jugées en fonction de leur esthétisme, mais bien au niveau du thinking de celles-ci. J’ai lu un truc à propos de la différence majeure entre l’art et le design qui décrit bien ce que je veux exprimer; ça disait « Good art sends a different message to everyone – Good design sends the same message to everyone ». Et pour ça, il faut s’intéresser à son sujet. Le connaître. S’en imbiber. Créer de belles images est à la portée de bien des gens, réussir à délivrer un message convaincant et pertinent est pas mal plus difficile.

    > L’affiche est une réalisation de Sarah Déry | Via le blogue de Sylvain Allard de l’UQAM

    Par nous, pour nous.

    FOIRE_COMMERCIALE-logo« Louise, citoyenne de Saguenay qui cherche toujours des bijoux uniques rencontrera Luc, bijoutier artisanal, qui lui, songe à changer ses fenêtres, pourra discuter avec Nathalie, fabricante de produits en aluminium, qui elle, fera la connaissance de Denis, toujours à l’affût de découvertes culinaires, et il sera surpris d’apprendre que Jean, éleveur bio, puisse offir ce type de produit ici, dans sa ville. À la Foire Commerciale de Saguenay, venez découvrir des produits faits par nous, pour nous. » Petit texte accompagnant la publicité journal pour l’événement qui se déroulera dans le hangar de la zone portuaire de l’arrondissement de Chicoutimi ce week-end. Une foire commerciale qui se rapproche de la façon de faire du commerce d’une époque révolue : celui d’avoir un lien direct avec le fabricant. C’est d’ailleurs l’image qui m’a inspiré le logo créé pour l’occasion : deux personnes qui fabriquent un truc pour un couple. Très intéressant comme formule cette foire, vous ne trouvez pas? À l’heure où les entreprises crient à l’injustice de la compétition mondiale qui vient d’internet ou celle des magasins grande surface, à l’heure où la consommation de proximité est un geste à valeur environnementale élevée, à l’heure, finalement, des campagnes d’achats chez nous, nous arrive un projet plus réaliste que théorique : celui de faire rencontrer des consommateurs et des fabricants locaux. Sans intermédiaire. Sans vendeur. Aujourd’hui, la seule façon qu’à une entreprise de se sortir du joug du prix, est d’offrir une valeur supplémentaire à son produit et service. Le prix peut en être une, mais il sera toujours contesté, négocié, et finalement réduit par un concurrent pas nécessairement près de chez vous. Le prix est une valeur pauvre (mmm, beau slogan…). Je veux bien encourager les gens de chez nous. On a tous cette honnête réflexion. Personne n’est contre la vertu. Mais l’idée de payer plus cher est un frein naturel et normal. À produit égal, le meilleur prix l’emportera toujours. C’est la dure loi du marché. La seule façon de s’en sortir, pour une entreprise, est de s’assurer que sa valeur ajoutée est non-négociable, introuvable ailleurs et difficilement copiable. Facile à dire devant mon écran, les mains sur mon clavier, vous vous dites. Oui et non. Je suis graphiste et publicitaire. Il existe à proximité de mon bureau des boîtes de pub connues pleines de talents, d’autres moins bonnes chargeant des pinotes et tout un chacun a sous la main un beau-frère capable de photoshoper tout ce qui bouge, s’improvisant artiste et prêt à vous créer un truc pas cher. J’ai aussi des clients qui ont le poids, le marché et les budgets pour se choisir une plus grosse agence dans une plus grande ville que Chicoutimi. Finalement, il existe des sites internet où il vous est loisible de télécharger un logo, un canevas de brochure ou de site internet pour moins de 100 $. Ça m’empêche de dormir? Non. Pas une miette. Ce qui m’empêche de dormir, c’est de chercher la meilleure façon pour mon client de se démarquer. Et de lui charger ce que cela vaut. Point. Je n’ai aucun contrôle sur le prix de mes concurrents, aucun sur leurs idées et encore moins sur leurs partenaires d’affaires. Aucun. Mais, eux non plus, ils ne l’ont pas sur mes trucs. Conclusion mon Marco? Travaille plus fort, gratte-toi la tête encore plus, botte-toi le cul et sois gentil avec tes clients. Ça devrait bien aller.

    > La Foire commerciale de Saguenay – Samedi, 10 et dimanche, 11 octobre, de 10h à 18h – Hangar du Vieux-Port de Chicoutimi

    On parle de goût, pas dégout.

    filletteÇa arrive à l’occasion. Pas souvent, mais juste assez pour en parler ici. Je campe une situation tout à faite fictive. Dans celle çi, je présente la maquette d’un projet à un client, celui-ci réagit de cette façon : il aime bien le concept, l’idée générale, le slogan, le body copy, tout baigne, MAIS je vois bien que quelque chose le titille. Il me dit qu’il déteste la couleur dominante. Ce n’est pas dans sa palette. Il n’aime pas. Et il n’en démord pas. « Ce n’est pas beau! » Comme un enfant qui dit : « C’est pas bon! » Tu as beau expliquer que c’est une couleur très tendance, saisonnière, représentative, contrastante, différente, complémentaire, tendre, pimpante, apaisante, tonique, froide, chaude, distinctive, full 80’s, full 70’s, full mode-genre-truc… « Ce n’est pas beau! » Point. Il ne dit pas que cette couleur est inappropriée, ni qu’elle manque de contraste. Non. Il n’aime pas. Point. En fait, il serait quasiment prêt à saborder le concept tellement il la déteste. L’idée sort moins bien sur cette couleur, bla-bla, le slogan est moins bon sur cette couleur, bla-bla, bref, y a vraiment rien qui va. Uniquement par rapport à ses goûts personnels. Pas de logique. Pur sentiment. On parle de couleur, mais il va de même pour la typographie. « Haaaa, pas en italique! Je déteste les italiques… C’est laid des italiques! C’est moche des italiques! C’est croche des italiques! » « Pourquoi utilises-tu des italiques? Ce n’est pas beau! » Beau? Moi, je trouve le contraire. J’aime bien les italiques. C’est pourtant utile des italiques. Ça danse des italiques. Ça s’exprime des italiques. Ç’est délicat. Instable. Charmant. Plein de qualités. Mais ça ne passe pas. Les arguments techniques, professionnels, rationnels, historiques et métaphysiques n’ébranlent pas la haine que l’on peut porter à ce style typographique. Rien à faire. Le dégoût l’emporte. « Et mon logo, il pourrait être plus gros? Vraiment très gros! Parce que j’ai lu le livre de monsieur Truc – 101 trucs publicitaires – et il le dit, lui, à la page 64, que le logo n’est jamais assez gros… » Heu. Je suis bouche bée là. « Vous ne l’avez pas lu? » Non désolé, seulement feuilleté. Ce n’est pas mon truc, les trucs de M. Trucs. Mais, si c’est écrit, c’est donc vrai, non? Oui, comme ce blogue. « Mais vous n’êtes pas M. Truc! » Revenons à notre maquette, maintenant que je l’ai modifiée à votre goût. Pardon? Vous me demandez c’est quoi ces minuscules bidules autour de votre logo ? C’est votre concept, monsieur. J’ai pensé vous faire plaisir, alors j’ai mis votre logo gros comme la page et j’ai mis un tout petit concept, gros comme un pois (mais pas vert, car vous trouvez que c’est laid, le vert), minuscule, microscopique, de façon à ne pas nuire à votre logo, j’ai mis le slogan en minuscule Arial (je n’ai pas osé mettre Helvetica…). Place au logo! Comme Monsieur Truc le dit. En page 64. 101 trucs publicitaires. L’évangile selon Truc. Les recettes publicitaires de Truc. Ajoutez seulement de l’eau. Concept en poudre. Évitez d’inhaler. Peut vous donner une apparence normale, parfaitement comme tout le monde. Pour être certain de ne pas vous démarquer. N’est-ce pas qu’il est bien votre logo comme ça dans la page. Il prend toute la place et comme ça, tout le monde c’est que c’est vous qui annoncez. Génial non? Vous serez vu. C’est ce qu’on veut est être vu, non? . Pas nécessairement compris ou apprécié, mais vu.

    MAJ
    Après les commentaires reçus sur Facebook à la suite de la parution de ce billet (j’aurais aimé avoir les commentaires ici, mais l’important c’est d’en avoir…), j’ai senti le besoin d’approfondir ce billet. C’est vachement drôle les perceptions. Je n’ai pas eu l’impression de me lamenter dans ce billet, mais plutôt de tenter d’expliquer uniquement qu’un client peut avoir de la difficulté (quelques fois) à prendre un certain recul par rapport à son entreprise. Le fait d’engager un gars comme moi est déjà une ouverture et surtout une manière d’accepter de se faire dire par quelqu’un d’autre qu’on serait mieux de se présenter de telle ou telle façon. Et de faire confiance. C’est surtout l’aspect majeur que je voulais que l’on comprenne de ce billet. Surtout pas que je considère mes clients comme des plaies qui agissent en bornés. J’ai trop de respect pour eux pour ça. Ce qui est difficile dans un métier comme le mien est de faire accepter des idées qui ne sont pas là pour faire plaisir ou plaire à mon client, mais bien aux clients de mes clients. C’est une nuance majeure. J’ai déjà présenté à un client un projet monté pour des adolescents. Lors du dévoilement de mon créatif, le client a eu une réaction intéressante : il m’a dit qu’il n’aimait pas vraiment le style de graphisme utilisé, mais qu’il considérait que c’était normal puisqu’il avait 55 ans et donc très loin du marché cible auquel cette production s’adressait. Pas facile comme exercice, mais tellement important et promordial. C’est ce que je pense qui fait toute la différence. Je ne fais pas de la pub ou du design pour moi, ni pour mes clients, mais pour les clients de mes clients. Il faut être en mesure de faire abstraction de ses goûts personnels, moi le premier, et penser en fonction de notre clientèle visée. Voilà, pour la mise à jour.

    Le nouveau site de Chlorophylle est en ligne.

    chloro_2009Enfin. La mise en ondes d’un site est aussi stressante que celle d’une émission en direct de télévision. On est là devant notre écran, espérant l’accouchement sans douleur. Vous comprendrez que le « on » est très très inclusif, je ne suis pas le mec qui a mis le site en ondes. Voilà, c’est aujourd’hui que le nouveau site de Chlorophylle est lancé. Complètement revu, redesigné, reprogrammé, c’est un site tout neuf qui entre en ligne. Créé conjointement avec Savate, mes potes à la programmation et l’équipe interne de Chlorophylle, mes potes aux textes et au graphisme, le nouveau site se veut plus près des nouvelles tendances du web. Le principal ajout est la possibilité de devenir un Chlorophyllien. Un membre de la gang. Au-delà des couleurs et styles, Chlorophylle veut avant tout que vous adhériez à ses valeurs; en devenant Chlorophyllien, il vous donne l’opportunité de dialoguer avec eux. Vous bénéficiez ainsi d’exclusivités, d’éditions spéciales, de promotions uniques, d’un processus de garantie simplifié et d’une communauté de gens aux passions communes. J’ai écrit souvent sur ce site combien je me sens privilégié d’avoir développé une relation (j’hésite à apposer le mot « affaires » tellement je trouve le terme strict et peu chaleureux); une relation de confiance mutuelle, une relation professionnelle exceptionnelle avec cette organisation. Je suis un Chlorophyllien dans l’âme. Quand je suis à leurs bureaux, je me sens chez moi. On a des discussions autres que « business ». Le site est « slick ». Désolé y a pas de termes plus précis en français. Je n’en suis pas l’unique responsable, vous vous en doutez bien. La boîte de programmation Savate, avec à sa tête Jérome Bouchard, a fait un travail extraordinaire en construisant le site à partir de son tout nouveau module CMS (système de gestion de contenu). Le site est administrable de A à Z, laissant au client, la chance de tout changer, de créer, modifier, améliorer, de se passer de nous, finalement… Bien intéressant pour un designer de créer un site sur papier, mais d’être appuyé par des plus whiz que soi, c’est génial. Bravo les gars. Maintenant, laissez-moi vous parler de l’équipe interne de chez Chlorophylle : Catherine, fraîchement issue du BAC en plein air de l’UQAC, a fait un travail exceptionnel depuis qu’elle s’est jointe à l’entreprise, en donnant un coup de pouce au niveau de la rédaction des textes (on lui doit d’ailleurs le terme « Chlorophyllien » et la rédaction de la plupart des textes sur le blogue interne et externe de l’entreprise), mais avant tout en organisant des activités plein-air pour les employés et planifiant les sorties de photos. Nico, Anne-Julie et Véronique, aux photos et vidéos (ainsi qu’à l’intégration) ont également eu leur mot à dire. J’aime bien me retrouver parmi eux. J’imagine que pour un travailleur autonome, comme moi, se retrouver dans une grosse organisation c’est comme pour un enfant unique de se retrouver à la table d’une grande famille : enivrant et différent, mais surtout ça me sort complètement de mon quotidien. Vistez le site. Et faites ce que vous dit le nouveau catalogue automne-hiver 2009 : sortez. Sortez, Chlorophylle s’occupe de vous garder au chaud, sec, tempéré, confortable…

    Baaaah, c’est pas compliqué…

    Je fais un drôle de métier. Pas toujours évident à expliquer aux gens. Prenez par exemple ce petit vidéo de Peter Belanger qui démontre toutes les étapes de création de la couverture du magazine Macworld : 3 petites minutes pour expliquer un processus de plusieurs jours. Ce qui semble banal à première vue (une photo de deux iPhone déposés l’un sur l’autre) découle d’un long processus de réalisation. Ce qui manque à la vidéo c’est de donner l’ampleur du nombre de personnes impliquées dans le dossier : éditeur, rédacteur en chef, directeur artistique, infographiste, designer, photographe, assistant et styliste, et j’en passe quelques-uns. Ce n’est pas rien. Avec le numérique et la possibilité de tout un chacun de s’improviser « artiste » et « photographe », certains ont tendance à banaliser ce travail et penser qu’une photo se fait en claquant des doigts : Shoot and Use. Facile. C’est pas mal plus compliqué que ça. Ce genre de vidéo remet les pendules à l’heure. J’adore quand un client assiste à un shooting photo. Pour qu’il se rende compte de la complexité de la chose. Pour comprendre que tellement de détails peuvent faire la différence; une mauvaise relation sujet-photographe (dans le cas d’un mannequin), les soucis d’éclairage, les impondérables et le feeling du shooting en général. J’aime bien que le client assiste aussi pour qu’il comprenne mieux pourquoi ce shooting-là a pris deux jours au lieu d’un, que le soleil dans le cas d’un plan extérieur (et quand on shoote ailleurs qu’au Québec (blague!!!) peut nous jouer des tours quelques fois. Pour certains la présence du client est un stress supplémentaire sur un plateau. Je ne vois pas ça comme cela. Sa présence aux premières loges, au contraire, le force à donner son avis sur-le-champ, lui démontrant que ce qu’il aurait voulu qu’on tente de créer, s’il n’avait pas pu assister, est plus complexe maintenant qu’il fait partie intégrante du processus de validation en étant présent. Quand un client voit l’assistant du photographe tenter par tous les moyens d’annuler un reflet persistant sur son produit, il ne regarde plus jamais ses photos de la même manière et comprend mieux tout le travail qui se cache derrière, ce qu’il aurait appelé auparavant, un simple cliché.

    Cover creation par Peter Belanger pris sur Vimeo.

    BCN – Street Art

    P1010678.jpgVoici une série de clichés prise sur le vif lors de mon séjour à Barcelone. Des affiches légales ainsi que sauvages et beaucoup de graffitis se retrouvent sur ces photos. L’Art de la rue, quoi. Sur chaque rideau de fer protégeant la façade d’une boutique on découvre une création; Barcelone étant la plus barbouillée parmi les villes européennes importantes. Dans mes escapades journalières, j’ai dû prendre plus de 500 photos, relevant ici et là des styles et reconnaissant des auteurs avec leurs tags personnalisés. J’en ai profité pour visiter quelques boutiques spécialisées en Street Art dans lesquelles on retrouvait des livres, des chandails et des murs de peintures en aérosol. Même si, à la base, l’art du graffiti est considéré comme du vandalisme, je ne pouvais m’empêcher de considérer la plupart de ses oeuvres vraiment intéressantes et affirmer que ces designs instantanés allaient de pair avec l’esprit culturel et de tolérance se dégageant de cette ville. L’art du graffiti est avant tout celui de la dissidence politique ou sociétale, certains graffiteurs allant jusqu’à affirmer que c’est en réaction à la saturation publicitaire qu’ils créent ces images gratuites sans but lucratif. Dans le même esprit, je vous les offre…

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