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    Design

    Joyeuses Fêtes de Traitdemarc™

    Pour ceux qui ne l’ont pas reçu, voici ma carte de voeux pour 2011. Cliquez sur l’image pour en lire le contenu.

    Carte de Noël - page 1 Carte de Noël - page 2 Carte de Noël - page 3 Carte de Noël - page 4 Carte de Noël - page 5 Carte de Noël - page 6

    Je dédédédédédé… design dans ma tête.

    J’ai déjà raconté dans un vieux billet (ici…) que je préférais par-dessus tout griffonner mes idées au crayon dans un cahier. Je n’aime pas créer directement à l’écran. Souris à la main. J’ai besoin d’esquisser. À l’ancienne. Sentir le trait. Le trait de Marc™. C’est simple, le fait de visualiser un produit quasi final sur son moniteur diminue la recherche d’une meilleure idée. Humain. Nous nous contentons ainsi plus facilement, allant même à nous trouver bon au premier jet. Les graphistes ont l’égo extensible et se contentent trop souvent de peu. Si plus est, le client voit ladite esquisse, c’est pire. Les clients aiment voir tout de suite, même si c’est encore une petite bride d’idée. Une brididée. Un truc qui devrait se retrouver dans une poubelle, au lieu de se voir imprimer à la vue de tous. Je préfère jeter mes esquisses à la poubelle. Un mauvais concept, ça ne se recycle pas.

    Les idées brutes sont plus faciles à modeler que celles polies: ils ont encore une certaine élasticité, une candeur dont on peut encore profiter. Au contraire, les idées développées trop rapidement manquent trop souvent de jus. Comme en agriculture, le temps est bénéfique aux idées; à vouloir tout précipiter, on arrive à des idées prématurées, avec moins de saveur, de force et d’éclat. Le temps profite aux idées.

    Depuis quelque temps, je réalise que j’ai développé une nouvelle façon de créer. Je « design » dans ma tête. Ouais, monsieur. J’ai les cellules qui font des étincelles. Ouais, madame. J’ai le bulbe rachidien qui s’allume. Qui m’allume. Et c’est plutôt chouette. Fini les contraintes de temps, d’espace et d’outils. Liberté. Dans mon auto, mon lit, mon bain, ou mes espadrilles, je sème une graine qui germe tranquillement dans mon cerveau. Elle est là à se développer, à s’améliorer, tranquillement au rythme de mes activités ou inactivités. Et si elle s’avère plutôt moche, elle mourra dans l’oeuf (ouais, comme dans tête d’oeuf!) et rejoindra ses semblables quelque part au dans un repli de mon cerveau. Si par contre, elle a du potentiel, elle évoluera. Petite idée deviendra grande. Jeune concept deviendra concept mature.

    C’est quand elle se retrouvera imprimée sur un document ou tournée dans un spot télé que mon idée prendra toute sa valeur.

    Tiré par les cheveux, vous dites? Vous n’avez pas vu ma tête…

    Design Vs Marketing

    Au début des années 1990 était publiée, une publicité irrévérencieuse dans le très sérieux Wall Street Journal qui disait ceci : « Comment deux hommes avec des études en arts graphiques peuvent faire plus pour votre entreprise qu’une salle pleine de MBA » (traduction libre). Impertinente dans le titre autant que dans son contenu, la pub réalisée par le mythique designer Joe Duffy alors récemment associé au Michael Peters Group (mais dissocié depuis…), vantait le mérite du design en opposition au marketing. « … Avec un simple crayon, nous pouvons apporter des solutions à des problèmes que vos plus brillants MBA ne pourraient résoudre avec une craie ». Créativité vs Chiffres. Design vs Marketing. Baveux, je vous dis. Mais encore aujourd’hui tellement juste.

    Je suis toujours surpris du débalancement anormale du design par rapport au marketing que commettent les entreprises d’ici quant au développement de produits. On passe des mois, voire des années à développer un nouveau produit et on laisse des miettes aux créateurs qui le feront vivre sur les tablettes. Que ce soit au niveau du design même de l’objet ou de son emballage, ou de son interface client. La plupart des entreprises laissent entrer en scène, les spécialistes que nous sommes, nous designers (graphiques/industriels/,etc.) beaucoup trop tard et avec souvent trop peu de ressources. Trop tard pour apporter des ajustements importants au produit même quant à sa création initiale. Trop tard surtout pour être au parfum des besoins que peut combler ce produit. On a calculé le coût de revient, de fabrication, de distribution, etc. Mais on a laissé pour compte l’élément le plus essentiel à la fin : le sex-appeal, l’attirance que ce produit déclenchera sur celui ou celle à qui il est destiné. C’est fou, non?

    On accorde, encore aujourd’hui beaucoup d’importance aux chiffres, aux sondages et aux focus groups, laissant de côté l’intangible, le déclic, le coup de foudre que provoque un produit attractif. Steve Jobs disait dans une entrevue : « C’est difficile de créer des produits à partir de focus group. La plupart du temps, les gens ne savent pas ce qu’ils veulent avant qu’on leur montre… ». Ainsi, si Apple avait arrêté son développement de produits à ce que le consommateur moyen exigeait, nous n’aurions pas en mains l’iPhone, iPad et autres produits d’avant-garde. Pour en ajouter sur la Pomme et son mode de fonctionnement, on gratifie énormément Jobs, mais il ne faut surtout pas oublier Jonathan Ive, le vice-président senior du Design d’Apple. On dit que Jobs a rêvé du iPhone, mais que c’est Ive qui l’a créé. Apple a toujours eu des designers sur son Board of Directors, contrairement à ces compétiteurs, mettant le design à l’avant-plan de son processus de développement de produits et non comme une simple étape avant la commercialisation. La forme suivant la fonction. En donnant autant d’importance à la créativité qu’aux chiffres, Apple a su dépasser ses concurrents qui continuaient d’enligner de faibles copies, préférant suivre la parade au lieu de la créer.

    Omnubilé par le rendement à court terme, une entreprise prend la mauvaise décision en coupant sur le développement même de son produit. Au lieu de faire de la veille sur les réseaux sociaux pour lire ce que les gens disent de mal sur nous, on devrait prendre ces mêmes moyens pour s’améliorer. Plus logique. Vous avez beau, avec vos beaux slogans et vos belles pubs, dire à vos clients que votre produit est le plus beau et le plus génial, s’il ne l’est pas, c’est peine perdue. Il y a une quinzaine d’années, j’ai travaillé (avec l’agence auquel j’étais associé) au design d’un emballage de bière : nom, étiquette, caisse, affiches, pub, etc. Notre cible : les jeunes de 18 à 24; notre mandat : créer un brand éclaté qui sortait de l’ordinaire. Tout ça, c’était bien beau et nous avions réussi notre mandat… à moitié, puisque le produit n’a jamais levé. Le design du produit avait reçu un prix national, il plaisait au public-cible auquel il était destiné, mais les jeunes boudaient quand même cette bière : trop chère, trop goûteuse et d’une production inégale. On nous avait fait plancher sur un produit qui s’avérait totalement différent de celui qu’on nous avait promis. Nous étions intervenus trop tard dans le processus sans pouvoir dire au client que son produit ne répondrait pas aux attentes créées. Que ce design « jeune » demandé ne collait pas au goût de la bière. Qu’aucune mise en marché, distribution et publicité ne pouvait maintenant pallier à ça. Le design d’un produit ne s’arrête pas à son look. Travailler son produit est plus payant que n’importe quel pub.

    Plus facile d’être aimé quand on est aimable, sinon ça demeure du toc, de faux sentiments facilement remplaçables. Créativité vs Chiffre. Passion vs routine. Design vs Marketing.

    Nouvelle image de Marc™ pour Chlorophylle.

    C’était un secret de polichinelle que ce changement de logo chez Chlorophylle. Travail qui a débuté l’an passé, voilà qu’on l’annonce plus officiellement cette saison. Pour certaines entreprises, changer son logo n’est pas aussi simple que ça. C’est le cas pour une entreprise comme Chlorophylle, où l’identification est au coeur même de son produit : sur chaque vêtement on y retrouve la signature. L’absence de reconnaissance à la marque devient un frein majeur quand on songe à la remplacer. C’est pourquoi ce changement total fût dans un premier temps longuement mûri par l’équipe de direction et qu’un long processus créatif s’en est suivi.

    Pourquoi avoir remplacé la marque complètement au lieu de la modifier? Dans un premier temps, malgré quelques ajustements apportés depuis sa création (près de 30 ans), le logo était resté inchangé. Mis à part une petite rectification de typo et un raccourcissement de la ligne d’horizon, le logo était demeuré le même. Ce fut une erreur. On se doit d’améliorer son logo avec les années; les changements technologiques, les nouvelles techniques d’impression, l’apparition de nouveaux médias, les multiplications de mode et de tendances sont tous des raisons valables pour une amélioration de son image. La deuxième raison qui justifiait un changement majeur plutôt qu’une évolution de la marque : la reconnaissance. Dans un marché comme celui que couvre Chlorophylle, les vêtements de plein air haut de gamme, l’identification à une marque passe obligatoirement par le logo. On arbore fièrement notre dernier soft-shell North Face ou Arc’teryx, mais les produits Chlorophylle passaient plus inaperçu. Pas que le logo était inesthétique, mais sa forme extrême allongée rendait sa visibilité difficile, et ce, même à une grandeur maximum. En test, au bureau, on alignait trois manteaux de même catégorie de trois fabricants différents et celui de Chlorophylle demeurait anonyme. Impardonnable, quand on sait que le marché aime être identifié à une marque. Si celle-ci est non reconnaissable, on a un problème. Même si l’entreprise modifiait les vêtements que les athlètes commandités portaient, en agrandissant sérieusement la grosseur du logo, le problème persistait. C’était au niveau même de la conception qu’il fallait s’attaquer.

    Le processus créatif s’est donc déroulé sur plusieurs mois. Il faut comprendre que dans le domaine des vêtements, des changements majeurs comme celui-ci se doivent d’être planifiés des mois d’avance. Par exemple, Chlorophylle travaille présentement sur la ligne de printemps 2013. Donc la planification était incontournable puisqu’il fallait tenir compte de la production d’objets spécifiques comme des boutons, fermeture éclair, etc. Il fallait s’assurer que le changement serait plus que simplement esthétique. Des premières esquisses jusqu’à la construction finale nous avons fait beaucoup de tests au niveau de la visibilité et du défi de le remarquer facilement sur tous types de vêtements. Bien qu’audacieux, j’ai recommandé de jouer le mot Chlorophylle sur deux lignes afin de permettre, à grandeur égale de typo, de doubler la superficie de la signature. Ce fut mon meilleur coup. En acceptant de faire ainsi, nous venions de régler le premier problème de visibilité de l’ancien logo; pour une utilisation semblable quant à la largeur, le nouveau logo devenait énorme en comparaison quand on le plaçait sur un vêtement. Pour la typographie, je suis parti d’une police de caractère, créé par mon pote Alejandro Paul, que j’ai complètement reconstruite : encore une fois, je ne voulais qu’aucune autre marque ne soit par erreur identifiée par celle-ci. Cette police avait la grande qualité d’être solide, capable d’être reproduite en très petit format, et pouvant facilement être brodée sur des tissus complexes. L’emboîtement des lettres a permis d’en réduire le nombre. On ne voulait plus non plus d’un logo à plusieurs couleurs. Le vert allait de soi. La feuille créée à partir du « P » devenait le seul élément coloré du logo, et était surtout imperméable à tout changement de fond : qu’on utilise le logo en noir ou en blanc sur n’importe quel fond la touche verte restait toujours protégée par le contour de la lettre.

    Un changement majeur de marque comme celui de Chlorophylle ne se fait pas sur un coup de tête et représente des dangers et surtout des coûts importants. On n’a pas l’opportunité de se tromper. Vaut mieux confier un travail comme ça à un pro. Un gars qui prendra soin de votre marque. Comme si c’était la sienne. Et si je devenais votre Marc™?

    Maudit que le monde est beau.

     C’est Dédé Fortin et ses Colocs qui chantaient cette toune-là sur leur premier album. Cette chanson m’est revenue en écoutant Elage Diouf chanter l’air qu’il avait prêté au même groupe dans la chanson «Tassez vous de d’là!». Bel exemple de mélange et d’intégration de cultures. Beau métissage. Le même qui se vit au Saguenay depuis le 28 juillet pendant le Festival international des Rythmes du Monde. Avec une programmation réunissant plus de 950 artistes et artisans, provenant d’une vingtaine de pays, le FIRM comme on aime l’appeler est l’happening de l’été au Saguenay. Vingt-et-un pays en deux semaines, de l’Amérique latine à la musique Maghrébienne en passant par l’Europe et l’Afrique, on fait le tour du monde en musique.

    C’est cool de voir autant d’étrangers débarquer dans une région si (trop?) homogène. Ça fait du bien. Ça ouvre les esprits. Ça amène surtout des couleurs différentes. Parlant couleur, voici le visuel que j’ai créé pour cette édition 2011. Je voulais un truc sobre, coloré, percutant et festif. Mon client depuis ses tous débuts, j’ai participé au visuel de toutes les éditions du Festival. Déjà hâte de travailler sur l’édition du 10e de l’an prochain!

    Si ce n’est déjà fait, profitez de la dernière fin de semaine pour découvrir des sons et des airs que vous ne connaissez pas, pour découvrir des cultures différentes et rencontrez des gens sympathiques.

    Maudit que le monde est beau, surtout quand on s’y intéresse!

    À vos coupes!

    C’est le 8 et le 9 juillet que les amateurs de vins du Saguenay pourront assouvir leur soif… de savoir. Oui, oui, je sais, pas uniquement de savoir, mais gardons-nous petite gêne, si vous voulez bien. Vous êtes sur un blogue sérieux, ici. Et le vin, quoique festif est de plus en plus devenu un sujet sérieux dans la plupart des chaumières québécoises. Du breuvage des grandes occasions d’autrefois, le vin a pris une place encore plus importante sur les tables du Québec d’aujourd’hui. Les caves à vins personnelles sont dorénavant courantes, les connaissances des amateurs encore plus développées et le choix, grâce aux importations privées, est devenu d’ordre mondial.
    Se déroulant sur la rue Racine, dans le centre-ville ou la zone portuaire, en cas de pluie, le Festival des Vins de Saguenay regorge d’activités pour parfaire ses connaissances et surtout faire des découvertes. L’accès sur le site est gratuit ainsi que toutes les activités de dégustations présentées durant le Festival. Des coupons sont disponibles au coût de 1 $ chacun sur le site de l’événement et le nombre de coupons demandés varie selon les produits offerts. Des activités de dégustation vous sont présentées par des passionnés du milieu ou tout simplement par ceux qui ont fabriqué les produits que vous aurez la chance de découvrir.
    Pour sa cinquième année, j’ai revu complètement le visuel. Changement de logo et création d’un visuel facilement adaptable : tous les éléments graphiques (bouteille, serviette de table, visages) sont autonomes et peuvent être appliqués de façon différente, permettant de mieux s’adapter aux différentes pièces de communication. Par exemple, le programme a été créé à la verticale, le poster à l’horizontale. Les visages créés par les cernes des verres laissés sur la serviette de table donnent le ton au véritable sens d’un tel festival : oui, nous y sommes pour parler de vins, mais surtout de parler à ses artisans, distributeurs et créer des liens avec ceux-ci. C’est là que le Festival des Vins de Saguenay prend tout son sens. Parler, découvrir, apprendre et passer du bon temps avec gens passionnés qui font un métier hors du commun.
    Belle nouveauté cette année, le Festival a développé une application pour iPhone, permettant de scanner les code-barres des bouteilles dégustées afin de pouvoir en saisir les informations. Bel outil qui permet aux étourdis, comme moi de se souvenir de vins dégustés.
    Allez vous pointer le nez au Festival et prenez une coupe à ma santé!

    Les pixels n’ont pas d’odeur.

    En fin de journée, j’avais un joli cadeau qui m’attendait au bureau. On venait de me livrer des exemplaires d’une affiche et d’un programme réalisés pour un client. Enveloppés dans du papier kraft, les deux paquets ressemblaient à des cadeaux sous un arbre de Noël. J’ai lentement déballé un à un ceux-ci en prenant mon temps, comme si je me faisais languir. Aussitôt le premier morceau de ruban gommé détaché, une odeur d’encre s’évadait par l’embouchure.
    Ça sentait bon. Ça sentait l’imprimerie. Désolé pour mes amis programmeurs, mais la mise en ligne d’un site web n’a rien à voir avec la livraison d’une pièce imprimée. Les pixels n’ont pas d’odeur.
    Dans mon bureau ça sentait l’imprimerie. Ça sentait le passé. Une bouffée de nostalgie. Des souvenirs se sont réveillés lorsque ces effluves ont disparu dans mes narines.

    Léopold
    En 1983, lorsque je suis entré pour la première fois à l’Imprimerie Léopold Tremblay, ce ne sont pas l’odeur, ni les presses qui m’avaient impressionné, mais le crucifix qui trônait dans le bureau en préfini du propriétaire des lieux. Léopold qui avait accepté d’engager ce jeunot apprenti de 17 ans que j’étais pendant les vacances d’été, était très religieux. L’Éveché de Chicoutimi et la congrégation des Soeurs du Bon-Conseil faisaient partie de ses clients importants. Ainsi que la chaîne de magasins Continental. Je n’avais aucune expérience, si ce n’est que celle acquise au Cégep au journal étudiant. Un vert au nombril bleu qui allait apprendre à mélanger d’autres couleurs.
    J’allais surtout apprendre ce que serait mon métier plus tard.
    Sous la supervision de Suzie, la graphiste, j’ai commencé à faire des petites jobs de montage : carte d’affaires, en-tête, factures, tous ces papiers utilitaires qu’on retrouve un peu partout, cette papeterie noble qu’on imprimait sur du papier NCR, ce papier révolutionnaire qui remplaçait le carbone permettant de faire des copies sans se tacher. Blanche au client, rose au livreur et jaune pour le commerçant.
    J’étais tellement impressionné par la dextérité de Suzie. Sa propreté, cette ligne franche qu’elle traçait au Rapido Steadler à l’aide de sa règle parallèle. Sa facilité à glisser les galées de typo dans la cireuse chaude, à les déposer sur le carton en vérifiant que tout était droit. Ça l’était toujours tout de suite, elle devait replacer que très rarement ses colonnes de textes. Ses montages étaient des oeuvres d’art. Propres, précis, droits. Les miens, à côté, étaient des épouvantables collages malpropres. N’étant pas manuel, mes montages à force d’être repositionnés et repositionnés, laissaient des traces noires sur le carton, mes lignes laissaient des barbeaux immenses que je devais par la suite gratter à l’X-Acto causant des trous, des cicatrices dans mes montages. J’étais un mauvais apprenti. J’exaspérais Suzie. Je n’avais pas son adresse ni son expérience. Mais j’aimais ça. J’aimais ce métier d’artisan. J’aimais ces petits gestes que je devais poser. De prendre un carton couché, d’y tracer des lignes-guides bleues que la caméra serait incapable de reproduire, d’y poser par la suite les filets définitifs à l’encre noire; de créer des coins ronds au tire-ligne, de mesurer les éléments graphiques, comme un logo d’entreprise, que je déposerais par la suite sur mon montage après l’avoir réduit à la caméra dans la chambre noire.
    J’aimais les odeurs. Ces odeurs. Celle âcre et vinaigrée des produits chimiques des PMT. Celle de l’encre; dense lorsque dans son pot de métal d’origine, presque poivrée quand elle venait s’écraser sur le papier et parfumée quand on enveloppait la publication terminée dans des paquets de papier kraft. Comme l’odeur de cet après-midi. J’aimais aussi l’odeur du papier. À l’arrière de l’imprimerie où étaient disposées les piles de grandes feuilles; glacées, texturées, de couleurs, l’humidité de l’endroit tranchait avec l’aridité des paquets éventrés d’où émergeaient des restants de feuilles dont on faisait des calepins pour les clients. L’odeur de la colle blanche qui servait à relier les volumes : Léopold Tremblay imprimait aussi des livres, ce qui était quand même rare pour une si petite imprimerie. Ruth, une collègue s’occupait de la reliure; à cette époque, les factures numérotées étaient assemblées à la main. Quand mes tâches étaient terminées ou que Suzie en avait assez de me voir détruire mes maquettes, j’allais rejoindre Ruth pour la suivre comme un petit chien, ramassant une à une les feuilles pour les assembler. Une job difficile. Pas complexe, non, mais tellement répétitive et abrutissante. Que faisait Ruth sans se plaindre. Ou madame Léopold qui venait lui donner un coup de main. Y avait aussi l’odeur des machines. Des presses. De la cigarette de Guy, le pressier principal. Cigarette au bec, il changeait les plaques d’impression sans la déposer. Guy et ses blagues cochonnes.
    J’aimais aussi le bruit. Celles des presses omniprésentes, cacophoniques, souvent en canon. Celui de la radio de Guy. Transistor au fil pendant près des presses. Le son du téléphone amplifié par un haut-parleur pour l’entendre jusque dans l’entrepôt de papier.
    J’ai passé un bel été en 1983. À apprivoiser ces odeurs et cette nouvelle vie qui s’offrait à moi. Ces odeurs que j’aime encore. Autant que ce métier.

    Hey c’est pas à toi. Ni à moi, d’ailleurs.

    Et si on parlait typographie? Surtout de leur utilisation par les boîtes de graphisme.

    Il m’est arrivé une anecdote, aujourd’hui qui m’a rappelé un truc dont je voulais parler depuis longtemps sur ce blogue. Une agence amie (oui, oui ça se peut!) m’envoie un courriel pour me demander le nom de la typographie utilisée dans le cadre d’un projet pour un client commun. Comme il devait faire une création pour celui-ci, il voulait continuer dans la même lignée de celle que j’avais élaborée. Puisqu’il ne trouvait pas la typographie choisie dans sa collection, il m’a recontacté en me demandant de lui faire parvenir ladite typo. Ce que j’ai refusé. Pas par méchanceté ou mauvaise compétition, mais parce que je ne pouvais pas lui remettre ce qui ne m’appartenait même pas.
    Je vous explique.
    Les typographies achetées nous donnent uniquement le droit de les utiliser personnellement; en fait, les polices de caractère sont régies de la même manière que les logiciels : elles ne peuvent être copiées ni échangées. Quand tu réalises un mandat pour un client, c’est un concept que tu lui vends, un concept créé avec une typographie; point à la ligne; tu ne lui vends pas une typographie (puisqu’elle ne t’appartient même pas de toute façon et que tu paies pour l’utiliser). Quand le client veut utiliser ultérieurement la même typographie; deux choix s’offrent à lui : l’acheter lui-même pour ses besoins internes ou demander à son agence de se la procurer. Comme un logiciel. Le client ne peut pas, non plus distribuer sa typo, de la même manière qu’elle ne peut donner un logiciel.

    Sur son site, Typographe trace un portrait assez juste de la propriété intellectuelle d’une police :

    Les caractères typographiques (la création) relèvent de la propriété intellectuelle et artistique, au même titre que le travail de création d’un designer ou de produits industriels propriétaires. Compte tenu de l’ubiquité et de la facilité de partage des fontes numériques (nommés également “polices de caractères”) entre utilisateurs, les considérations juridiques et morales liées au fait même d’utiliser ces fontes (dans le sens logiciel, support numérique des caractères typographiques) sont souvent négligées.

    Définition de la contrefaçon

    La contrefaçon est aux droits intellectuels ce que le vol est aux biens matériels. Il s’agit de l’atteinte aux droits exclusifs de l’auteur, tant moraux que patrimoniaux, sur son œuvre et l’usage de celle-ci sans son autorisation (art.L355-2 et 3 CPI).

    Nous pouvons énumérer les quatre bonnes pratiques suivantes…

    • Si vous utilisez une fonte numérique, que ce soit sur votre ordinateur ou sur celui de quelqu’un d’autre, assurez-vous que vous disposez d’un licence pour utiliser cette fonte ;
    • Si vous souhaitez utiliser une fonte numérique qui n’est pas installée sur votre ordinateur, vous devez au préalable vous assurer soit que vous ou votre employeur disposez d’une licence pour installer la fonte ou bien en faire l’acquisition ;
    • Si vous avez la moindre question à propos de la licence d’une fonte numérique, n’hésitez pas à contacter la fonderie ou le revendeur de la police (si vous n’avez pas cette information, n’importe quelle fonderie ou n’importe quel revendeur — ou peu s’en faut – peut vous aider à identifier l’origine de la fonte) ;
    • Ne prêtez pas, ne donnez pas vos fontes numériques à autrui. Vos amis, clients, collègues de travail doivent faire l’acquisition des droits pour les utiliser. Quand on vient à aborder la question des licences de fontes numériques, l’aspect éthique de leur utilisation fait sens, tant d’un point de vue légal que financier. Violer les termes d’un contrat de licence met en danger le designer, le client et peut hypothéquer l’avenir de leurs relations professionnelles. Une approche éthique de l’utilisation des fontes et du respect des contrats de licence est synonyme à la fois de bonnes pratiques des affaires et, partant, d’affaires bien menées. *

    De plus, j’ajouterais que l’acquisition de typographies autres que celles souvent fournies par les suites de logiciels de création comme celle d’Adobe permet à une agence de se différencier de ses concurrents, de produire des productions originales : ça devient son coffre à outil personnel et sa marque de commerce. Dans le passé, avant de connaître les règles régissant la typo, à toutes les fois que je fournissais des polices de caractère à un imprimeur ou une autre agence, je voyais apparaître dans le marché des productions faites à partir de celles-ci. Coïncidence? Permettez-moi d’en douter. Parce qu’il est là aussi le problème : après le mandat en cours réalisé, les typos que j’avais envoyées se retrouveraient dans le coffre à outils d’une autre agence ou d’un imprimeur qui l’utilisait à son tour pour créer. Sans avoir eu à débourser une cenne. En toute illégalité.

    Voilà. Vous vous coucherez plus intelligent ce soir. Tout en faisant des ZZZ en Helvetica Bold.

    *  Source : Typographe

    On n’est pas fait pour tout le monde.

    « Vouloir trop plaire, c’est le plaisir des moches. »
    – Renaud

    Je travaille dans le domaine du graphisme et de la pub depuis maintenant plus de 20 ans. Je connais ça. Je me débrouille pas pire. On dit de moi que j’ai un style particulier, pas comme les autres, que je me démarque. J’imagine que ça va avec ma personnalité, je n’ai jamais voulu me fondre dans la masse et jamais rêvé d’être un Schtroumpf. J’ai des clients qui ne jurent que par moi tandis que d’autres personnes ne feraient jamais des affaires avec moi. Parce que je ne suis pas dans leur palette, que je ne suis pas leur genre ou que tout simplement ils ont déjà des professionnels en qui ils ont confiance.
    J’ai des amis qui proviennent de milieux très différents : des sportifs, des profs, des artistes, des entrepreneurs, des riches, des pauvres… Des gens diamétralement opposés avec des idées qui le sont autant. Y a des chums que je ne pourrais réunir dans un souper, d’autres qui s’entendent mieux ensemble qu’avec moi. Encore ici, je pense qu’en amitié, l’homogénéité n’est pas nécessaire et pas mal moins intéressante que la diversité. Je préfère de loin les esprits libres aux moutons contents de suivre le troupeau de la pensée commune. Il n’y a aucun plaisir à connaître d’avance la réponse à une question avant même de l’avoir posée.
    Je suis en plein processus d’achat d’une nouvelle voiture. J’avoue d’emblée peu connaître le domaine et de ne pas avoir la fibre « char » très développée. Je suis plus du type à combler mon besoin de déplacement du point A au point B. Je ne suis pas fan d’une marque en particulier et je n’ai aucun client dans l’automobile qui me forcerait à opter pour une. Alors je regarde ici et là ce que l’on m’offre. J’analyse, je compare, tente de déterminer mes priorités. Alors que plusieurs rêveraient d’être dans ma situation, j’avoue ne pas ressentir un plaisir à magasiner mon prochain véhicule. Sans avoir de coup de foudre évident pour une auto, j’ai par contre des hauts le coeur sur certains modèles, me demandant comment une personne peut choisir une voiture aussi mal foutue…
    Comme les voitures, nous sommes nous-mêmes, des produits qui s’adressent à des clientèles différentes. Notre ADN caractériel est complexe, contient des attributs qui nous ont été conférés par nos parents, d’autres par nos amis et certains par nos propres expériences de vie. Difficile d’en arriver à une homogénéité quand nos origines proviennent de sources aussi variées. C’est pourquoi il est tout autant difficile de plaire à tout le monde. Et pourquoi devrions-nous de toute façon?
    La course folle consistant à vouloir faire l’unanimité est difficile, mais surtout inutile. En marketing, le positionnement est la pierre d’assise du produit : il définit le créneau et la clientèle visée. Les entreprises qui tirent à tout vent dilapidant leur budget publicitaire en pensant attirer le plus grand nombre de clients possibles font une erreur. Vaut mieux viser moins large et plus précisément. Si certaines voitures m’apparaissent non adaptées à mes besoins, c’est tout simplement parce qu’elles ne me sont pas adressées. That’s it. Il se pourrait que je ne sois vraiment pas sollicité par le fabricant. Exemple? Je n’ai jamais eu de fourgonnette familiale, et ce même si j’ai eu deux enfants, tout simplement parce que le créneau « papa-maman-caillou » ne m’a jamais atteint. Cette van qui aurait pu s’avérer le meilleur achat dans les circonstances ne représentait aucun avantage à mon égard sinon de me proposer un mode de vie qui ne m’atteignait pas.
    Un consultant, c’est aussi un produit. Avec ses avantages et ses inconvénients particuliers. Comme professionnel, je peux répondre à un besoin pour certains clients sans pouvoir le faire pour d’autres. Ne voyez pas ça comme une incapacité à répondre à une demande, mais simplement à une incompatibilité de personnalité ou de façon de faire. Je ne suis pas fait pour tout le monde, comme tout le monde n’est pas fait pour moi. Il ne faut surtout pas interpréter ce constat négativement, le nier selon moi serait beaucoup plus navrant. C’est pas mal plus pathétique de croire que tout le monde t’aime que de vivre avec l’idée que tu ne fasses pas consensus.

    On n’est pas fait pour tout le monde. Et c’est tant mieux. À moins voir la vie en bleu, comme un Schtroumpf.

    25 trucs qui me font chier d’être graphiste

    01. Passer des heures à zigonner devant 100,000 polices de caractère pour finir par utiliser Helvetica.

    02. Fuir le regard intrigué des passants quand tu te penches à la verticale pour lire les crédits d’une sacrée belle affiche sur un mur.

    03. Être incapable d’apprécier un document si le texte est justifié, composé en comic sans en utilisant toutes les fonctions horribles de déformation de typo du logiciel Word.

    04. Te faire demander qu’est-ce que tu as fait « exactement » dans cette brochure si les illustrations et les photos viennent d’ailleurs, que tu n’as pas composé le texte et que tu n’es pas l’imprimeur.

    05. Être désigné par ta famille pour faire la carte de fête de ma tante ou l’affiche de la vente de garage du quartier.

    06. De toujours barbouiller sur tous les documents que l’on te donne : ordre du jour d’une réunion, document de travail, serviette de table.

    07. Être incapable d’acheter un t-shirt, si le design n’est pas hype.

    08. Décider qu’un vin est un grand cru uniquement si l’étiquette est belle.

    09. Se rendre compte, après 40 ans que d’utiliser de la typographie en 6 points, c’est illisible.

    10. Présenter un truc de merde à un client et qu’il l’accepte.

    11. Te faire dire par un client que ton design fait très professionnel. J’espère.

    12. Te faire demander si tu fais des « crest », des sigles ou des légos.

    13. Télécharger toutes les applications pour iPhone qui touchent de près ou de loin au graphisme et n’en utiliser aucune.

    14. Être considéré comme un artiste dans le milieu des affaires.

    15. Être considéré comme un commercial dans le milieu artistique.

    16. N’avoir aucune reconnaissance professionnelle et réaliser que n’importe qui peut porter le nom de designer graphique sans en avoir la formation.

    17. Recevoir des conseils de mise en page de la part d’une secrétaire.

    18. Subir les innombrables mises à jour inutiles de tous les logiciels indispensables à la réalisation de ses créations.

    19. Trouver une idée géniale, la présenter au client qui l’accepte avec joie, réaliser que cette idée existe déjà, devoir appeler le client pour lui dégonfler sa baloune.

    20. Triper plus sur le générique d’un film que sur son intrigue.

    21. Apprendre après avoir déposé un projet à un client prospect qu’en plus de toi, il y a 35 autres soumissionnaires.

    22. Devoir toujours payer un surplus de bagages à chaque voyage effectué parce que tu achètes toujours trop de livres de design.

    23. Se réveiller en pleine nuit, griffonner un concept sur son calepin près du lit et être incapable de déchiffrer le gribouillis le lendemain matin, au réveil.

    24. Se rendre compte dans une mission humanitaire que ton métier ne sert à rien quand tu es en plein coeur de la brousse africaine.

    25. Trouver l’idée parfaite alors que ton concept est déjà sous presse.