Chroniques helléniques – partie 5

L’APOCALYPSE SELON ST-MARC
Scène 1 
L’arrivée au port de Raffina vers 14h30 allait donner le ton à la journée. Bordélique et anarchique, beaucoup de gens dans la confusion tentaient de récupérer leurs bagages et de se frayer un chemin parmi d’autres gens qui eux cherchaient à monter à bord les premiers. Comme si personne n’avaient de billets réservés et que le nombre de passagers serait restreint. Je réussis tant bien que mal à récupéré nos sacs. Le temps est compté. Comme tous les transports en commun sont annulés, la seule façon pour quitter le port demeure le taxi. Pas besoin d’être comptable pour réaliser que plus de 300 passagers pour une vingtaine de taxis, il y aura bousculade et attente.
Plusieurs chauffeurs ont des affiches avec des noms écrits dessus. J’ai été con de ne pas y penser, j’aurais pu réserver moi aussi un transfert et ainsi m’assurer de pouvoir quitter rapidement. Un chauffeur avec le nom  » Wins » (c’est un signe!) écrit sur son affichette m’aborde en me demandant où je vais. Quand je lui ai dit au coeur d’Athènes, son affiche a pris le bord et il a décidé de me rebaptiser. En route!

Scène 2
Sur la route, on échange sur nos modes de vies, mais surtout sur le conflit qui se joue en face du parlement. Il m’annonce tout de go qu’il sera très difficile de se rendre près de le place Syntagma : coeur de la manifestation et emplacement de mon hotêl, mais qu’il fera le nécessaire pour s’y approcher. 

Scène 3
Quand on a entré dans Athènes, la vie semblait rouler comme à l’habitude. On était encore loin du noyau ou des pépins… Les embouteillages ont commencé à être de plus en plus fréquents, mais notre chauffeur est un rusé, plus de vingts ans à sillonner les rues de la capitale. Prenant des petites rues moins congestionnées, il réussit à contourner les premiers barrages policiers que nous apercevons. Il nous répète que ça sera pas facile. On le croit, on est comme dans un manège, tourne, retourne, recule, prend une ruelle, une autre, coupe une voiture, un scooter, un cycliste, tout en grommelant des mots grecs qui ressemblent à des jurons. Autour, des poubelles ont été vidé sur le sol, certaines brûlent encore. Nous arrivons dans un cul-de-sac, un barrage policier nous ordonne de passer et de tourner à droite. Notre chauffeur acquiesce sans remarquer la barrière en métal à sa droite qui jonche le sol. Un son strident de métal se fait entendre, mais qu’importe, nous continuons de rouler. Quelques 500m plus loin, on s’arrête pour constater les dégâts : la Mercedes jaune vif a une cicatrice de 48 pouces sur le pare-chocs avant. Les jurons sont plus fort. Commence à s’ennuyer des Wins notre chauffeur et nous annonce qu’il ne pourra pas avancer plus loin. Nous sommes, selon lui à 500m de notre hôtel…

Scène 4
Munis d’une carte et de nos valises, nous avançons dans les rues. Tentant d’éviter les détritus, demandant notre route à certains policiers qui surveillent les barrages, demandant surtout si la place est sécuritaire.
Au loin, on attends des pétarade de gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre aux manifestants, les sirènes font du vacarme aussi. Nous avançons toujours. Et puis, voilà le silence. Nous marchons au coeur d’Athènes, tout prêt du conflit et il nous semble que nous sommes seuls. Les rues désertes. Jusqu’à une nouvelles slave de bombardements ou la vue d’un autre barrage.
À trop vouloir contourner le Place Syntagma, nous nous sommes perdus. Notre carte ne contient pas ces petites ruelles qui changent de nom aux intersections. Nous demandons à un couple de nous aider à trouver notre chemin. La fille porte un masque de plastreur, a les sourcils blancs et son chum nous demande si on est vraiment obligés d’aller la-bas. Ce sont des manifestants qui ont pris part à cette grève générale. En nous expliquant le chemin à prendre, il nous souhaites bonne chance en nous donnant des mouchoirs  pour couvrir nos bouches en nous ordonnant de ne pas enlever nos verres fumés.  Yen aura pas de facile.

Scène 5
Alors qu’on est encore perdus, ma blonde aperçoit une agence de voyage où l’on pourrait se renseigner. Le proprio me dit ne pas me rendre sur place si je n’ai pas payé encore ma chambre. Je lui mens en me disant que je m’organiserai bien avec Visa à mon retour. Sous ses conseils, nous réservons un hôtel plus loin du conflit. Toute cette route faite avec nos bagages aura été vaine. Nous devrons prendre le métro pour se rendre à notre nouveau logis.

Scène 6
Dans le métro, on sent les gaz. On sent la frénésie. Les gens rencontrés ont tous des marques blanches sur leurs vêtements, certains le visage au complet. Résultat des gaz. Des jeunes avec des drapeaux et des porte-voix et des masques pour se protéger. Des moins jeunes, avec des complets cravates. Des plus vieux. Des femmes et des hommes. Il serait malhonnête, comme le font les médias, de dire qu’uniquement des jeunes ont manifesté en avant du Parlement. Des gens ordinaires à bout de nerfs. Autour de nous, des gens pacifiques aux visages quelques fois tuméfiés, mais toujours fiers semblent consternés par ce qui vient d’arriver. À la sortie du métro, des autobus organisés attendent les manifestants : on est venu des quatre coins de la Grèce pour manifester son désaccord sur ces coupures sévères et surtout cette loi que s’apprête à entériner le gouvernement, cette loi qui rendra l’austérité encore plus sévère.

Scène 7
On a mangé une pizza en carton dans une chambre dégeu. Après avoir réussi à passer toute cette aventure sans incident, il était plus logique de rester ici. Dans cet hôtel sans wifi…

Scène 8
En prenant un café, sur une terrasse ou je squate le wifi, je vois ces vieux qui jasent, argumentant sur la journée d’hier. La paix semble revenue. Le quotidien se déploie. Faudra voir…

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Chroniques helléniques – partie 4

De grève en grève
Après avoir foulé la grève dorée de Mykonos, l’inexistante de Santorini et la poudreuse de Paros, voilà que demain nous foulerons celle d’Athènes. Une autre genre de grève j’en conviens. Pas de sable fin, ni d’eau salée, mais une avec une peu plus de vagues je pense. Voilà que la Grèce toute entière est mise sous arrêt. Une grève générale perturbe le pays mettant en tutelle tous transports en commun et services publics. Le traversier qui devait nous mener de Paros au port de Pirée est paralysé par celle-ci. Nous avons dû trouver un plan B : passer par un autre port, çelui de Raffina, à quelques 30km de la capitale. On verra comment se rendre par la suite à notre hôtel… en plein coeur du centre-ville d’Athènes. Les voyages forment la jeunesse. On verra demain si on a encore la fibre adolescente de l’aventure…

On est au ralenti… comme le pays.
Si nous avons atteint le neutre et que la vie se passe tout doucement pour nous, il y va différemment pour les Grecs. On sent bien que les touristes ont boudé cette destination cette année : terrasses plutôt vides, rues moins achalandées, mêmes les îles voient leur économie ralentir. Cette artiste de qui nous avons acheté des bijoux, cassant le français, heureuse de nous dire qu’elle connaissait des canadiens en Ontario qui nous confessait qu’il y avait si peu de touristes cette année à ces serveurs qui en mettent un peu plus qu’à l’habitude, il faut être aveugle pour ne pas sentir que les choses ne tournent pas rond ici. Austérité, peut-être, mais malveillance, jamais. Avant notre départ, plusieurs personnes s’inquiétaient ou tentaient de nous faire peur sur les possibilités que notre séjour soit perturbé d’une façon ou d’une autre, mais jusqu’à maintenant les grecs rencontrés nous ont parus très sympas. Un peu bourrus,  comme le sont les  méditerranéens, mais gentils, drôles… et fumeurs! Diable que nous n’étions plus habitués a être boucanés de la sorte. Sur les terrasses, dans les restos, plages, etc, toujours cette fumée secondaire qui nous agresse. L’ancien fumeur en moi a su distinguer certaines marques, mais pas d’envie d’y regoûter. 

Assis à un café, en attente du bateau, j’écris ces quelques lignes à la sauvette afin de replonger dans mon roman au plus vite. Je tenterai de prendre quelques clichés des manifestations à Athènes…

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Chroniques helléniques – partie 3

En relisant mon dernier billet, j’ai ressenti un certain malaise. De ceux qu’on a quand on se rend compte que ce qu’on a écrit en 600 mots auraient pu se résumer en 25 derrière une carte postale. Des balivernes. Des mots qu’on aligne un après l’autre pour rassurer les proches, des mots clichés sans saveur. Il fait beau, on pense à vous. Mon dernier billet avait le sex-appeal d’un Guide Michelin et goutait l’agenda. Voilà, c’est terminé. N’en parlons plus. Parlons désormais des vrais affaires:il faut beau, on pense à vous.

Miam.
Quand je reviens de voyage, il ne faut pas me demander ce que j’ai vu ou fait, il faut m’interroger sur ce que j’ai mangé. À Athènes, un resto trouvé grâce à mes recherches sur internet, Kuzina, a réussi a bouleverser mes papilles. Le restaurant réinvente la cuisine grecque, puisant dans sa riche histoire des recettes oubliées ou de nouvelles interprétations de classiques, et ce, toujours avec un souci d’utiliser des aliments frais de provenance. C’est ici que j’ai goûté pour la première fois à la bottarga, une pâte créée à partir d’oeufs de poisson, salés et séchés que l’on tranche en fines lamelles et réveille d’un filet d’huile d’olive sur un petit pain. Délicieux, ça m’a rappelé un peu l’anchois et la sardine. Je tenterai d’en apporter innocemment dans mes valises.
À Mikonos, en soupant à la Taverna Matthew, j’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec une gentille dame d’une table voisine. Grecque émigrée aux States, elle venait passer quelques mois dans sa maison à Ano Mera. Elle a eu la gentillesse après un toast d’ouzo, de m’orienter sur le menu. Les anchois marinés étaient fabuleux! Je pesterai encore pendant plusieurs mois contre ceux que j’achète, même chez Milano à Montréal, en pensant à ce goût sans saumure si savoureux. Je vivrai le même backslach qu’à mon retour de Barcelone. Misère.
De Santorini, je ramènerai des feuilles de câpres. J’aurais bien ramené des tomates, mais je doute que Douanes Canada approuve. Il faut savoir que le volcan n’a pas que laissé un paysage à couper le souffle à cette île grecque, son sol ravagé par la lave a vu son ADN se modifier. Sa terre devenue très fertile a développé des saveurs que l’on ne retrouve nulle part ailleurs; aubergine blanche, tomate miniature a peau croquante, fava, etc. Même chose pour les fromages; depuis mon arrivée j’ai mangé du feta tous les jours, sans jamais avoir eu l’impression de manger le même fromage. J’en bave à en parler.

Des kilomètres de mots.
Y a pas que la bouffe qui me fait vibrer depuis que j’ai posé le cul ici. Ça n’a rien à voir avec le pays, mais avec mon état d’esprit. J’ai repris le goût à la lecture. Pas que je l’avais perdu, mais je ne lisais que des trucs reliés au travail, des magazines, etc. Je m’apprête à entamer les romans de ma blonde, je suis venu à bout des miens. Des milliers de pages englouties voracement, je m’en voudrais de passer sous silence Middlesex . Ce roman racontant l’histoire d’un hermaphrodite et plus largement l’histoire d’une famille : des immigrés grecs arrivés aux États-Unis en 1922 après avoir fui leur ville natal envahi par les Turcs. Des terres d’Asie Mineure aux quartiers de Detroit, Jeffrey Eugenides, celui à qui l’on doit Virgin Suicides – mis en film par Sophia Coppola, dresse un portrait de l’Amérique des années 20 aux années 70. Un livre difficile, mais terriblement beau. Trouvaille qui allait parfaitement avec ma destination. Il parait que le goût d’écrire vient avec celui de lire. Ça me donnera le coup de pied au cul pour cesser de négliger ce blogue.

Sinon, en 25 mots : il fait beau, le paysage est époustouflant (marcher la dizaine de kilomètres à flancs de montagne, reliant Fira à Oia, pour y voir mourir le soleil dans la mer Égée fût génial) et on a hâte de vous revoir (pfff, quel menteur!).

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Chroniques helléniques – partie 2

Ça tangue. J’ai l’impression d’être dans le manège de la Pitoune à La Ronde. Y a de l’eau qui perle sur les vitres. Ça tangue encore. On vient à peine de quitter l’île de Mykonos sur une frégate rapide. Elle nous mènera à Santorini, troisième étape de notre voyage. Le bateau est tout de même confortable. Ma blonde n’est pas du même avis que moi. Elle lutte contre le mal de mer. Il faut dire que les vents extrêmes de ce matin rendent la traversée plus périlleuse. J’ai l’impression que les trois heures que dureront la croisière ne sera pas de tout repos…

Retour sur Mykonos
Relaxe. Si la destination est reconnue pour ses fêtes éternelles, prisée par toute une jeunesse, pour nous elle aura été tout le contraire. Sous les soins de Maria, la propriétaire du Amazing View Hotel, le complexe de huit petits studios que nous avions choisi, on nous a bichonné comme des bébés. D’abord, le studio : je ne pense pas que le nom soit exagéré, la vue de notre terrasse était hallucinante. Surplombant la plage d’Agio Stefanos, juché à plus de 750m du niveau de la mer, nous avons pu décrocher et se reposer comme nous le souhaitions. La marche pour se rendre à la plage a fait passer les kilos de fêta engloutis depuis notre arrivée. Si l’expression monter dans la face d’un singe décrit une pente extreme, mon chympanzé n’avait pas de nez, ni de menton. Un mur.
Puis les déjeuners de Maria. La plupart des hôtels offrent un petit déjeuner de base constitué d’un café et d’un yogourt. Pas ici. Deux cabarets apparaissaient chaque matin : fromages, fruits, charcuteries, tomates, olives, beignets, miel, confitures, jus, etc. Place charmante, je vous le recommande chaudement.
Mise a part notre petit nid, Mykonos s’est avéré sympathique, surtout quand on sort de la Chora, le village le plus important de l’île ou s’agglutinent mauvais restos hors de prix, boutiques de souvenirs made in china et les hordes de touristes et de croisiéristes débarqués pour la journée. Une location de voiture nous a permis de faire un tour de l’île, d’emmagasiner d’autres points de vue, mais surtout de constater que les grecs conduisent de façon assez cavalière. Les minuscules routes, sans accotement ni garde-fou, tournant a 90 degré dans les montées dans lesquelles je me faisais passé à toutes vitesses m’ont fait apprécié la petitesse de ma voiture. Comme dans les autos tamponneuses de La Ronde, nous en sommes sortis avec plus de peur que de mal.
Ce qui nous ramène à La Pitoune. Qui tangue. Qui donne mal au coeur à ma blonde. Qui lui rappelle les trops gros déjeuners de Maria…

De bonnes nouvelles
Si vous suivez mon blogue, vous vous rappellerez que lors de notre dernier voyage à New York, nous avons été les premiers arrivés sur les lieux d’un terrible accident de voiture (raconté ici). Avec la magie de Google et de son service de traduction, une des victimes, Boris, est tombé sur mon récit et m’a adressé un commentaire de remerciement extrêmement touchant. Je suis content que cette aventure se termine mieux pour eux. Bonne chance pour le reste.

Aussi lu sur Facebook, deux petits messages de mes deux enfants qui m’ont adressés des voeux pour la fête des pères. Je vous aime aussi.

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Chroniques helléniques – partie 1

Farniente. Même si c’est du latin et que je suis en Grèce, c’est le mot qui définit le mieux ma vie depuis mercredi dernier. Rien. Rien faire. Je me suis arrêté tout d’un coup. Après une course folle de plusieurs jours, de plusieurs heures par jour, j’ai subitement tout arrêté et pris la direction vacances.

Je n’ai vraiment aucune difficulté à me mettre dans ce mood-là. On pourrait croire à tort que puisque je travaille beaucoup j’ai de la difficulté à tout mettre en suspend. Bien au contraire. Quand je suis entré dans ma voiture mercredi matin, en direction de Montréal pour prendre l’avion, j’étais déjà ailleurs, arrêté, dans un état de grâce. J’écris ce billet de Mykonos. De mon balcon qui donne sur la mer. Je comprends les Dieux d’avoir choisi la Grèce comme terre d’accueil, moi aussi, je me sens soudain invincible, en train de me reconstruire, de prendre des forces, de revivre… Voici donc quelques notes de voyage, prises ici et là.

Athènes que pourra, on y arrivera.
La Grèce vit des moments plutôt difficiles, économiquement parlant. On manifeste un peu partout perturbant l’ordre social. Athènes, sa capitale est aux prises avec des grèves de plus en plus fréquentes. À la sortie de l’aéroport, le chauffeur du bus public devant nous mener à la Place Syntagma, a décidé de nous faire descendre quelques kilomètres avant : la place était inaccessible pour cause de manifestations, on a du se rabattre à héler deux taxis qui nous ont aussi laissés tomber. Le premier parce qu’il n’arrivait pas a comprendre la direction que je lui demandais, le deuxième me disant que comme l’autobus, il lui était impossible d’accéder au quartier. On a dû se rabattre à prendre le métro. On a finalement pu rejoindre notre hôtel…
Le Fresh Hotel fait partie du cercle très fermé des «Design Hotel», lignes pures, couleurs vives, matériaux synthétiques, il ressemble aux hôtels très tendances comme le Pur à Quebec, ou le W a Montréal. Super cool comme endroit. Je n’aurais jamais payé pour le prix indiqué, bénéficiant d’un prix trouvé via Expedia.ca.

Mes impressions sur Athènes? Pas si pire. On m’avait tellement dépeind la capitale comme étant un endroit dangereux et désagréable que j’ai été plutôt conquis. Oui, la ville est sale et plutôt lugubre par endroits, mais de là à ne pas me sentir en sécurité, non. Je connais des endroits au Saguenay, où j’aurais plus peur de me promener la nuit. Mon hôtel, bien que très design se trouvait dans le red light : prostituées, junkies, etc, faisaient partie de la faune qu’on a croisé vers 1h00 lors du retour d’un excellent souper. Pas pire que de marcher sur St-Laurent / Ste-Catherine, un vendredi soir. Je ne me suis jamais senti en danger.

Les pieds dans le jus de poisson.
Je le confesse; si certains en voyages courent les musées ou les casinos, moi ce sont les marchés. Et l’avantage d’avoir choisi un hôtel en plein coeur de la ville était d’avoir la chance d’avoir accès au marché central d’Athènes. Bien que j’ai eu l’opportunité d’en visiter des supers comme le marché de la Boqueria à Barcelone, celui d’Athènes n’avait pas uniquement l’attrait de ses produits, mais bien celui de ces bouchers et poissonniers. Il faut les voir attirer les clients marchant dans l’allée centrale, proposant des prix, hurlant des deals plus alléchants que son compétiteur d’en face. Comme nous y sommes passés très tôt, nous avons pu voir les marchants placer leurs victuailles, nous avons eu le privilège de marcher dans l’eau des poissons qui dégoûtaient des étales, transportant sous nos chaussures cette odeur jusqu’aux confins du Parthénon. Je vous fais grâce de cette visite. Bien que grandiose et intéressantes, ces visites le seraient encore plus si on avait pas à subir tous ces touristes zezons qui te font sentir bête de faire partie de leur groupe.

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Le pourboire.

Je vous parle souvent des relations privilégiées que j’aime développer avec mes clients. Au-delà du service à accomplir, il me semble que faire des affaires aujourd’hui c’est plus qu’uniquement réaliser un mandat. Il y a tout ce qui gravite autour. Les rencontres de travail et les prises de mandat sont tout autant des opportunités pour mieux connaître son client, de voir la personne derrière le titre, de voir plus loin que la relation bête client-fournisseur. Oui, bien sûr toutes notions de professionnalisme doivent être respectées, mais celle de sentir qu’une relation de confiance mutuelle s’installe entre le client et le consultant est encore plus gratifiante.
Il y a quelques semaines de ça, j’ai reçu un courriel vers 22 h. Ça venait d’un client qui travaille dans le « public » (j’écris l’heure et le type de client, surtout pour faire réagir les personnes qui pensent qu’il y a uniquement dans le privé que l’on travaille le soir…). Long courriel donc, pour me remercier du travail accompli dans le cadre d’un mandat. J’avoue avoir été surpris, mais surtout flatté. Recevoir ce type de message quand tu ne t’y attends pas, c’est le gros pourboire que tu laisses au resto après une belle soirée quand le service passe d’anodin à expérience jouissive. C’est la tape dans le dos qui fait du bien. C’est la récompense des efforts déployés. Que ce client prenne la peine le soir, hors de son temps de bureau, pour m’écrire ce courriel venait ajouter un bonus à mes honoraires. Oui, chaque travail mérite salaire, mais un remerciement de la sorte, ça n’a pas de prix.
Depuis que je travaille seul, il m’est arrivé à plusieurs reprises de recevoir ce type d’encouragements. Je le dis sans vanité. Pas plus tard qu’hier, sur mon babillard de Facebook, un client me disait combien il aimait le travail que je venais de réaliser pour son organisation. L’autre matin, au téléphone, un autre m’appelait uniquement (!!!) pour me dire qu’il aimait travailler avec moi, sans pour autant demander quoi que ce soit. Des courriels me souhaitant bonnes vacances. D’autres qui disent bravo. Des maudits beaux pourboires.
De mon côté, je tente de plus en plus à le faire aussi. Je dis souvent que je travaille seul, mais c’est faux : les photographes, imprimeurs, programmeurs qui forment mon équipe ont souvent droit, eux aussi, à leur part justifiée du pourboire. Comme au resto, si le service a été rondement, c’est que dans la cuisine on a pas chômé. Ça serait trop facile de garder le mérite à soi, quand il ne te revient pas au complet. C’est pourquoi c’est important de leur souligner. Même si tu as déjà payé ta facture.
Un merci, un bon mot demeurent la façon la plus efficace de valoriser le travail effectué. Il ne faut pas les garder pour soi et le dire aux personnes concernées. Ce sont des cadeaux-surprises. D’autant plus si vous êtes du type critique, balancer avec des remerciements demeure une belle façon de rendre vos relations d’affaires plus humaines.
Aimer ce que vous faites comme travail est primordial pour un équilibre de vie. Que les autres aiment ce que vous faites pour eux, ça n’a pas de prix.

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Le gavage.

Vous recevez une demande d’amitié Facebook d’une entreprise. Bon. Vous savez que ce n’est pas la procédure normale. Qu’une entreprise devrait plutôt se créer une page qu’elle moussera dans son réseau pour la faire connaître afin d’y recruter le plus d’adeptes possibles. Vous déciderez vous-même d’y adhérer et même jusqu’à la partager à vos propres amis si vous pensez que ça leur conviendrait à eux aussi. Mais bon, vous vous dites que l’entreprise qui sollicite votre « amitié » n’est peut-être tout simplement pas au courant et vous faites : bah, ce n’est pas la fin du monde en cliquant « accepter » pour augmenter votre propre réseau.
Les jours passent et cette entreprise vous sollicite à un événement. Une activité pour mieux connaître ses services. Un genre porte ouverte. Vous cliquez que « non », vous ne serez pas présent. Ça ne cadre pas dans votre horaire. Et vous n’avez pas vraiment le goût. Vous êtes plutôt fermé aux portes ouvertes… Deux jours après, le même nouvel ami-entreprise vous demande si vous aimeriez essayer un truc qu’il vend. Qu’il serait disponible pour vous en faire une super démonstration! Une autre belle façon de mieux vous connaître. Vous cliquez « non ». Sans plus. Ça n’est pas votre truc tout ça. À vrai dire, ça vous dérange. Le lendemain, cette entreprise vous rappelle sur votre mur Facebook que vous pouvez toujours profiter d’un paquet d’avantages si vous venez acheter chez lui! Vous vous en doutiez. D’ailleurs, l’un de ses avantages est de ne jamais avoir la paix. Vous hésitez entre le désamifier ou simplement l’ignorer. Vous choisissez la deuxième option en espérant que votre silence lui donnera une piste de votre désenchantement. C’est mal connaître la détermination de votre super ami. Les jours se suivent et se ressemblent. D’invitations des plus anodines aux questions les plus stupides en passant par une avalanche de liens encore plus insipides et inintéressants, il continue à vous bombarder de conneries testant vos limites… à leur limite. À bout de patience, vous cliquez sur désamifier et vous voilà enfin soulagé. C’était un bon gars, mais bordel qu’il vous a gonflé avec cette sollicitation extrême et impertinente.
Pour vous relaxer de cette mésaventure, vous commandez en ligne des livres. Vous êtes plutôt pressé, vous omettez de cocher sur les cases qui vous épargnent de recevoir par courriel les nouveautés, coups de coeur et ventes de l’année. Vous vous dites : pourquoi pas? Ça pourrait êre pratique de recevoir toutes ces mirobolantes offres. Et vous cliquez « envoyer » en savourant ce plaisir simple de magasiner en bobettes sur le sofa du salon, pendant qu’il neige en ce début de juin. Le lendemain, vous recevez un courriel de ce commerce en ligne, vous disant qu’au-delà d’un achat de 39 $, la livraison sera gratuite. Cool. Même si vous le saviez déjà. Puisque vous venez justement de commander. La veille. Hier. Il y a à peine 24 h. Pour plus de 39 $. Et que vous n’avez justement pas payé de shipping. Se succèdent les jours suivants : la sélection des livres que vous pourriez aimer, la sélection des livres de la fête des Pères/mères/amoureux/Noël du campeur/ramadan/,etc… Puis suivent les promotions à 10 %/20 %/30 %. Et toujours cette livraison gratuite au-delà d’un achat de 39 $. Vous passez tellement de temps à lire ces courriels que vous n’avez même plus le temps de lire les livres que vous avez commandés. Quand vous décidez que c’est assez. Vous vous connectez à votre compte et vous décochez toutes les cases qui leur permettent de vous emmerder.
Y a cette compagnie de vêtements qui vous embêtent tous les jours qui vous déclinent leur collection un morceau à la fois, ce magazine qui vous offre de vous abonner tout le temps (même si vous l’êtes déjà!!!), ces recettes qui vous arrivent tous les matins… et le sempiternel envoi gratuit à l’achat de 39 $.

D-O-S-E-R. Sachez doser. Cessez de gaver vos clients. Ça leur engraisse la foi qu’ils peuvent avoir en vous. Laissez-les digérer les infos que vous voulez leur transmettre. Trop, c’est comme pas assez. Doser.

Je le sais que vous voulez des clients. On en veut tous. Mais ce n’est pas en les écoeurant à outrance que vous les attirerez. Facebook, les courriels, les infolettres, sont tous des moyens géniaux et à peu de frais de solliciter une clientèle, mais de grâce faites la différence entre partager et agresser. On se faisait une drôle d’image du vendeur d’assurances qui mettait son pied dans la porte pour empêcher le client de la fermer, mais quand vous ne cessez de pousser jour après jour des offres (qui souvent n’en sont même pas) vous vous faites plus de tort que de bien et leur ressemblez.

Savoir doser son information. La rendre intéressante, originale, mais surtout pertinente fera de vous, une entreprise plus respectée. Pas une machine à envoyer des courriels. Bon je vais aller vérifier si l’offre de 39 $ — livraison gratuite — tient toujours….

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