Menu principal:

Profil Facebook de Marc Gauthier

    Me suivre sur Twitter



     Lien RSS


  • Commentaires récents:

  •  

     

    Archive pour mars, 2009

    Philosophie du lundi.

    philodulundi_11

    Devenez indispensable pour vos clients.

    maviemaldessineeJe le confesse je suis un grand consommateur en ligne. J’achète énormément sur le net. Je suis un addict de Ebay (j’y ai effectué quelques 200 transactions avec une cote d’appréciation de 100 %); en acheteur compulsif sur le web, je maîtrise à perfection la mise de dernière minute aux enchères, je fais sacrer des gens partout autour du monde quand je les coiffe à la dernière seconde dans une transaction ebayenne qu’ils pensaient gagner… je connais les trucs pour bider, les coupons de promos qui nous permettent de sauver sur nos emplettes dans plusieurs sites, je connais les robots qui scannent les prix pour vous, qui magasinent à votre place. J’ai acheté des vêtements, des livres, des disques, du matériel informatique, des lunettes, des polices de caractère, des billets d’avion, des oeuvres d’art, des films et même un évier et de la robinetterie. Pas pour rien que je vous parle d’une réelle confession. Je magasine sur le net autant que Carey Price ne garde le sien (ceci étant dit uniquement pour faire chier mes amis fans de la Sainte Flanelle). Dans l’ère des discours d’achat chez nous, d’achat de proximité, de récession économique ainsi que du développement et de l’autonomie des régions, je vous balance que je suis un traître à la nation et que je transige à travers le monde à la recherche d’un certain ratio qualité/prix sans me soucier du marchand-régional-payeur-de-taxes-et-d’impôts-créateur-d’emploi. J’ironise, vous savez bien. Mais pas tant que ça. Cessons de nous mettre la tête dans le sable, la business du marché de détail n’est plus uniquement locale. La notion du marchand-maître-du-jeu n’est plus. No more bullshit. Dans le passé, on nous disait que tel item était indisponible, que ce prix était le meilleur, qu’une commande prenait un mois minimum. Aujourd’hui, on sait en ligne si l’item est dispo, sinon dans combien de jours il le sera, le prix est vérifiable et la possibilité de le recevoir en 24 h est possible. Ça ne va pas bien pour le marchand du coin? Faux. Regardons les choses autrement. Oui, il y aura toujours quelqu’un, quelque part qui sera moins cher et (peut-être) meilleur. Online ou pas. On ferme boutique? On change de métier? Laissez-moi vous raconter deux anecdotes qui me sont arrivées. Je vous ai déjà parlé de Jiix, cette librairie spécialisée en BD (j’hésite à la catégoriser de la sorte, puisque je considère cet endroit beaucoup plus comme un diffuseur de culture qu’une simple librairie, on en reparlera…), où je me procure pas mal de bandes dessinées. Et bien, il y a une couple de semaines, je reçois un courriel d’un des deux sympas propriétaires qui me raconte que Gipi, un auteur italien de qui j’ai déjà acheté les livres, vient tout juste d’en écrire un intitulé « Ma vie mal dessinée » (quel titre!) et que ce livre devrait m’intéresser. Pas n’importe qui. Moi. Je n’ai pas hésité une seule minute et j’ai répondu tout de suite de me réserver le livre. Aucune recherche alternative de prix ni de commande en ligne. Le marchand venait de faire son job en s’occupant de moi. Cette librairie venait de faire ce à quoi on s’attend d’elle : me conseiller, m’orienter, me faire découvrir selon mes goûts. Tout cela avec un service courtois et poli. Autre exemple avec Jiix qui date de quelques mois : j’avais commandé un livre (dont j’ai parlé, ici) et quand celui-ci est arrivé, au téléphone, les deux libraires me disaient avoir une surprise pour moi lorsque je viendrais cueillir ma commande; une jolie affiche de l’auteur. Sans rien demander. Ce sont deux exemples de service plus difficile à réaliser en ligne. On est loin de l’épopée du fil DMI qui a fait la manchette des revues et des émissions de protection des consommateurs quant au prix exorbitant que certains dépositaires chargeaient comparativement aux vendeurs en ligne. Non. Ici, je parle de conseil. De service pur. D’une façon pas mal plus intéressante de faire des affaires. Au lieu de se soucier de baisser leurs prix de 1$ pour attirer une clientèle futile prête à la quitter pour n’importe qui, cette librairie établit une relation privilégiée avec sa clientèle, en la conseillant, en en donnant plus, en devenant indispensable. Voilà une belle façon de passer la crise économique : être indispensable pour ses clients.
    En passant, le livre est magnifique. Gipi est un grand auteur, un grand dessinateur. Même « mal dessinée », cette autobiographie est vraiment généreuse, dure, étrange et complexe, une biographie qui nous livre les peurs, les maladies, les souffrances, les inhibitions, les descentes aux enfers, mais aussi les amitiés, les réflexions, les bonheurs de l’auteur. Aussi complexe qu’une relation client/fournisseur. Merci Jiix pour les conseils.

    > Ma vie mal dessinée, Gipi – Futuropolis
    Pour une entrevue vidéo de l’auteur, au sujet de ce livre, cliquez ici.

    Un Festival haut en couleurs.

    jazzetbluesC’est aujourd’hui que le Festival de Jazz et Blues de Saguenay 2009 prend son envol avec le spectacle d’Harry Manx. Jusqu’au dimanche, 29 mars, pas moins de 30 spectacles seront présentés dans plus de 10 salles pour la plupart dans le centre-ville. Il y aura de la vie sur la rue Racine; aussi bien créer notre propre chaleur, car dame nature a oublié qu’on était rendu au printemps… À surveiller, cette année : l’Orchestre Symphonique avec Yannick Rieu et Alain Lefèvre, la délicieuse Bïa, Émilie-Claire Barlow, Ricky Paquette… consultez l’horaire complet sur le site officiel du Festival. Pour leurs communications de cette année, j’ai décidé d’exploiter une gamme de couleurs assez vives : en fait, les programmes sont imprimés dans 4 teintes différentes, pour créer un effet multicolore quand ils sont enlignés dans un présentoir. Une image festive qui continue d’exploiter « madame jazz » (la fille véhiculée depuis les débuts du festival, il y a aura l’an prochain, 15 ans).
    - – - – - – -
    Dans un billet du mois passé, j’expliquais qu’il arrive très souvent que les tendances se ressemblent, que même en vérifiant préalablement et en tentant de faire des choses différentes, il arrive qu’une idée originale ne le soit pas tant que ça… Astral Affichage lançait la semaine passée sa nouvelle plateforme graphique développée de façon à caractériser chacune des parties du groupe : le bleu pour l’affichage extérieur, le vert pour le mobilier urbain, l’orange pour le transport et le rose pour le numérique… Les mêmes couleurs que celles que j’ai choisies pour le Festival finalement! Pur hasard? Oui et non. Oui, puisqu’à part les couleurs, les concepts sont complètement différents; pour les couleurs, aucun hasard : présentez-vous dans une boutique de vêtements, regardez les publicités (celles du Lait, entre autres) et ce sont les 4 couleurs tendances de la saison (ou de 1982…). C’est ça les tendances. Parfait pour des communications passagères, de saisons, indispensables pour la mode; très peu pour d’autres créations qui se veulent permanentes, qui doivent passer le temps. Pour des gens en création le danger est de tomber dans le panneau, en voulant suivre la mode et de concevoir des pièces qui passeront inaperçues dans le temps.

    Cellos On Fire.

    PrintJ’écrivais dans un ancien billet que j’acceptais quelques fois de réaliser des projets tout à fait gratuitement, la plupart du temps pour des organismes caritatifs qui rejoignent mes valeurs, mais il m’arrive aussi d’embarquer dans d’autres projets uniquement pour le plaisir. C’est le cas de Cellos On Fire (Les Violoncelles en feu), un groupe de musique formé de petits virtuoses classiques : Vincent Bergeron, Nicholas Ellis, Frédéric Ellis, Samuel-San Vachon, William Marcil, Nelson Baily et Charles Guay. Ces jeunes, âgés de 14 à 17 ans, font dans le Métal classique, style musical mis de l’avant par le groupe finlandais Apocalyptica, en interprétant le répertoire de Metallica accompagné de leurs violoncelles. Si vous voulez un aperçu de ce que ça donne, cliquer sur ce lien pour regarder un vidéo du groupe disponible sur YouTube. Un des fiers papas m’a sollicité pour créer une affiche; j’en ai profité pour aller plus loin en faisant aussi un logo, et demander à Paul Cimon, photographe, de bien vouloir embarquer dans cette galère avec moi. Le résultat est sous vos yeux. Si vous voulez les voir en spectacle, ils le seront le 15 mai prochain, 20 h à l’Hôtel La Saguenéenne de Chicoutimi. Comme les petits gars n’ont pas que du talent et qu’ils ont aussi un grand coeur, ils verseront tous les profits de cette belle aventure à un organisme de charité, comme quoi, les mines patibulaires que je leur ai demandé d’exhiber pour l’affiche était simplement un jeu. Faites comme moi, encouragez-les tout en passant une soirée où se mélangeront cravate et manteau de cuir.

    Je suis un fan fini de Gnarls Barkley.

    J’aime Gnarls Barkley. Ce groupe-là groove au maximum. Et que dire de ses vidéos. « Crazy » était un vidéo vraiment cool mais celui de « Mystery Man » l’est tout autant. Un super mélange d’animation traditionnelle et de 3D. J’adore.

    C’est à l’extérieur qu’on est beau.

    Chloro-PR09-F.jpgOubliez ce que l’on raconte, la beauté n’est pas intérieure. Les gens sont beaucoup plus beaux à l’extérieur. Dehors. En plein air. Au grand air. C’est du moins comment, chez Chlorophylle, on voit les choses. Et on voudrait bien que vous y adhériez à cette façon de vivre et de voir la vie. Car Chlorophylle conçoit des vêtements, oui, mais est avant tout une compagnie qui a des valeurs importantes que je partage : le respect de l’environnement et de l’individu. Alors que le vert est à la mode, que les compagnies se mettent à diffuser des messages environnementaux, de se « greenwasher », Chlorophylle fait partie des pionniers du plein air au Québec. Il y a 29 ans, des chums ont décidé de créer leurs propres vêtements d’expédition parce que ce qu’ils recherchaient et ce dont ils avaient besoin pour effectuer leurs sorties extérieures n’existait à peu près pas. De l’amour des forêts, des eaux, des éléments qui les entouraient est née cette compagnie, ce fleuron régional qu’est Chlorophylle. À quelque 500 km du principal centre urbain, le manufacturier a su tirer son épingle (petit calembour (!)) du jeu en se frottant aux joueurs mondiaux du vêtement plein-air. Alors que la plupart des petits joueurs de l’industrie ont été avalés, un jour ou l’autre par des conglomérats, la petite entreprise du Saguenay, tel Astérix devant César, continue à progresser dans ce marché ultracompétitif qu’est celui du vêtement. Il faut visiter le siège social de l’entreprise pour réaliser tout le travail de création qui jaillit de celle-ci. Une équipe de 75 personnes, des métiers non traditionnels tels des patronistes, des designers, des stylistes qui travaillent à vous rendre confortable en toute saison. Parce qu’il est là le défi. Au-delà de ses vertus esthétiques, le vêtement que vous portez lors d’une sortie en trekking ou en camping doit répondre à de hauts standards de performance, de respirabilité et d’imperméabilité. En habillant les gens et en les encourageant à pratiquer un sport, un loisir en plein air, on sensibilise ceux-ci à être plus empathique avec la nature, à réaliser que le monde qui les entoure est beau, mais si fragile. C’est le thème que j’ai développé pour ce deuxième weblog (par mesure environnementale, on a supprimé l’impression de celui-ci). Laissant grande place aux magnifiques photos d’André Kedl, j’ai décidé d’intervenir graphiquement en illustrant mes textes traitant des bienfaits du monde extérieur. Les photos ont été prises dans la magnifique région de Gatineau et Ottawa au mois d’août passé. Une première pour moi, chez Chlorophylle, j’ai aussi travaillé avec son équipe interne (Josée, Nicolas, Ann-Julie et Catherine) au renouveau du site internet en conceptualisant la page d’accueil de celui-ci. Le site internet évoluera de plus en plus pour devenir la pierre angulaire des communications de l’entreprise, je vous invite à le visiter et lire leur nouveau blogue, vous y trouverez une foule d’informations, des trucs pratiques pour ainsi mieux comprendre l’ADN et les valeurs de Chlorophylle.

    > En cliquant sur l’image du catalogue, une version minuscule du catalogue en version flash se téléchargera (…soyez patient!), vous pourrez y tourner les pages (en cliquant sur le coin supérieur droit) et voir mon travail. Je vous conseille par ailleurs de consulter la version plus complète sur le site de Chlorophylle pour une meilleure définition et la possibilité d’avoir plus de détails sur chacun des vêtements de la collection.

    MAJ   La typographie utilisée pour créer le slogan « C’est à l’extérieur qu’on est beau » est Chocolate™. Une autre pure merveille d’Alejandro Paul de Sudtipos.

    CA, 50 ans d’inspiration qui expire lentement.

    communicationartsLe magazine de communication graphique américain, Communication Arts, fête son cinquantième anniversaire avec son numéro des mois de mars et avril 2009. Véritable institution, cette publication a toujours été une de mes favorites parmi toutes celles consacrées au design. D’une facture très sobre, laissant place plus aux oeuvres, ses pages ont toujours été dédiés aux boîtes, photographes, illustrateurs (majoritairement américains) les plus créatifs du marché. De toutes les revues spécialisées en Com auxquels j’ai été abonné, seules Communication Arts et Print ont réussi à conserver ma fidélité. Même si je consacre beaucoup moins de temps à lire ce type de magazine, elles me rappellent des souvenirs pas si lointains, du début de ma carrière, où chaque page était dévorée et lue jusqu’à l’épine. C’était le temps d’avant. Le temps d’avant internet, vous vous en doutez bien. Dorénavant, les sources pour s’abreuver de graphisme, tendances et informations sont maintenant légion, à portée de main (oeil, doigt, souris…). Même si je suis toujours un grand consommateur de revues, je jette maintenant mon dévolu beaucoup plus vers des périodiques qui ne sont pas directement associés au domaine des communications. Des publications traitant de psychologie, actualités internationales, de musique, de skateboard et de sujets économiques trouvent de plus en plus leur place à mon chevet, détrônant les fanzines de design. Pourquoi? Par intérêt, bien sûr, mais aussi par lassitude. Si la presque totalité de mon inspiration se trouvait dans ce type de magazine auparavant, aujourd’hui mes sources sont beaucoup plus diversifiées. Comme un musicien qui s’inspirerait de la créativité d’un auteur ou d’un peintre pour réussir à recréer des univers sonores différents, le communicateur visuel doit décoller son nez de sa feuille de papier pour se ressourcer. Savoir extrapoler ses connaissances, ne pas se restreindre à ce que l’on connaît, expérimenter des idées provenant de domaines totalement différents permet de trouver des avenues intéressantes qui dérogent du quotidien. Ce que je reproche aux magazines telle Communication Arts est de nous montrer des plats déjà servis; puiser ses ingrédients à même des univers diversifiés change les sauces et réinvente la cuisine publicitaire. Pour faire un parallèle avec la bouffe, il trône dans ma cuisine une multitude de bouquins de recettes que je consulte que très rarement, préférant piger ici et là, au travers des pages, des idées que je mélange et apprivoise à mon goût.
    Communication Arts a aujourd’hui 50 ans. 50 ans d’inspiration. Je me rappelle maintenant, outres les exemples d’oeuvres primées, ce qui me fascinait encore plus dans ce genre de magazine était les portraits que l’on brossait des créateurs, pas uniquement de leurs productions, mais qui ils étaient dans leur vie professionnelle et personnelle. Les blogues, comme le modeste que vous lisez, remplacent petit à petit ce transfert de connaissances et d’intérêt. Comme je me plais à répéter à mes clients, le dialogue est beaucoup plus captivant que le monologue…

    Après Tropicana, Pepsi.

    pepsilogoblowatlife

     Quand un illustrateur décide de parodier le nouveau logo de Pepsi…
    > Illustration de Lawrence Yang 

    Choses que je déteste #3:
    Ceux qui mettent les gens dans des cases.

    mouleIl y a trop longtemps que je n’avais pas écrit un billet dans la catégorie « Chose que je déteste… » À croire que tout me plaît dans ce bas monde. Je n’ai pas eu trop de problèmes à trouver, j’ai fait le focus sur mes dernières semaines et j’ai mis le doigt sur un irritant : les gens qui aiment catégoriser les autres, les mettre dans des cases. Du genre, cette fille-là côtoie cette personne, DONC, elle est dans la catégorie « des pas fiables »; ce mec-là travaille souvent avec tel type, il fait DONC partie « des gens non fréquentables ». D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours fréquenté des gens différents. À l’école, au travail ou à la maison, j’ai rarement appartenu à un clan, à une gang. Mes amis viennent de milieux divers, occupent des métiers variés, ont des revenues plus ou moins homogènes, pratiquent ou non un sport, ont plus ou moins de talent artistique, mais ont tous des qualités qui font que c’est un plaisir renouvelé d’en être entourés. Et cela me suffit. Je n’aime pas que l’on me juge non plus parce que je connais telle personne ou que j’en côtoie une autre : j’aime à penser que les gens ne sont pas unidimensionnels, donc pouvant offrir différentes facettes qui plaisent à différentes personnes, mais pas nécessairement pour les mêmes raisons. J’aime la compagnie d’un tel ou d’une telle pour un aspect que vous pourriez détester. C’est pour cette raison que le Monde est intéressant : sinon aussi bien passer son temps à monologuer devant un miroir. Groucho Marx disait « Jamais je ne voudrais faire partie d’un club qui accepterait de m’avoir pour membre ». Il suffit souvent de gratter un peu plus loin que la première impression. N’allez pas croire que je suis un saint : les gens qui me connaissent savent que ce n’est pas le cas; il m’est arrivé fréquemment de juger trop rapidement des types qui m’ont démontré plus tard que j’étais dans le champ par rapport à l’idée que je me faisais d’eux. Vu du contexte professionnel, créer des catégories et y placer des gens est, selon moi, autant désolant. Il m’est déjà arrivé de n’avoir pas été retenu sur un dossier pour une raison du genre : ce n’est pas son domaine, ou pire, ce n’est pas SON type de mandat. Je trouve assez simpliste et très réductrice l’idée de catégoriser mon genre de travail : je suis capable de faire rire, pleurer, réfléchir et acheter. Parce que je peux être drôle, touchant, intelligent et vendeur. Multidimensionnel, quoi. Certains clients connaissent plutôt mon côté « pub », pour certains autres, comme je n’ai conçu que du graphisme traditionnel, ils n’ont jamais songé à moi pour monter une campagne. Dommage. Je pense que découvrir les différents angles d’une personne vous ouvre des chemins qui peuvent vous mener pas mal plus loin que votre itinéraire initial. J’hésite de plus en plus à utiliser le mot « graphiste » ou celui de « concepteur publicitaire » : il diminue les champs de compétence dans lesquels je peux oeuvrer. Alors que des gens cherchent à se doter d’un titre, je rêve de me dépouiller du mien. De cette façon, ça sera vraiment difficile aux individus qui aiment mettre leurs congénaires dans des cases de me mouler dans une catégorie. Et c’est tant mieux. Comme ça ils pourront découvrir que je peux aussi bien les aider à trouver une recette de carré d’agneau, devenir DJ pour un soir ou leur causer littérature autour d’une coupe de vin… que de leur créer un concept publicitaire en anglais pour une clientèle d’ingénieurs Portuguais.

    O. pressée.

    orangeUn article du NY Times a attiré mon attention le week-end dernier. Il traitait de la guigne de certains consommateurs par rapport à leurs marques préférées. L’article citait par exemple le nouvel emballage des jus Tropicana. Pepsi Co avait entrepris à la fin de 2008 un grand ménage au niveau de sa marque phare Tropicana en introduisant son tout nouveau look à ses consommateurs dès le début de l’année. Nouveau logo, nouvelle typographie, emballages plus sobres, avaient été introduits; on avait même enlevé l’orange transpercée par une paille, l’image par laquelle la multinationale du jus était la plus reconnue. Erreur. Les consommateurs n’ont pas du tout apprécié. Tellement en fait, que les nombreux courriels et téléphones dénonçant la stratégie ont été si agressifs que Pepsi Co a du faire marche arrière en annonçant qu’elle reviendrait peut-être à ses anciens emballages dès février. Les propos des consommateurs étaient sans équivoque : l’emballage leur faisait penser à une marque de jus maison ou encore un produit sans-marque générique, et pire encore, qu’il était rendu difficile de différencier Tropicana des autres jus de la compétition. Ce qui est impressionnant, c’est que selon leurs études (parce que ces megas entreprises, ne font pas un geste d’une telle ampleur sans sonder et faire des focus groups) aucun des malaises n’avait été préssenti : même qu’une des conclusions de leurs nombreuses enquêtes révélait que la paille et l’orange (l’image que les gens regrettaient) avaient peu de reconnaissance vis-à-vis la clientèle. On avait sous-estimé le pouvoir de séduction qu’une marque peut détenir. L’«Emotional Branding » comme disent les Français. Cela ne vous rappelle pas les problèmes du Nouveau Coke en 1985? La concurrente de Pepsi avait dû elle aussi faire volte-face par rapport à sa clientèle et son mécontentement.
    À l’heure de Facebook, où un groupe de protestation peut se monter en quelques minutes, où un vidéo dénonçant un produit ou une situation peut se monter en quelques heures et être vu par des millions d’internautes, les compagnies ont de moins en moins de latitude à se laisser aller. Les études à grands frais que Pepsi Co s’est offertes n’ont pas décelé la fibre émotionnelle de Tropicana vis-à-vis ses consommateurs. On a dû réalisé mille et un focus groups dans les règles de l’art, mais en oubliant de sonder les gens sur les choses qui les touchaient vraiment.
    Quelles leçons faut-il tirer de l’aventure Tropicana vs les buveurs de jus d’orange par rapport à des entreprises de moins grandes tailles ou de marchés différents : écouter et sentir. Écouter ses clients; suivre la tendance, oui, mais avant tout leur donner ce qu’ils veulent. Pas ce que nous voulons leur donner, mais bien ce dont ils ont besoin. Éviter le discours : nous savons ce dont vous avez besoin. Plutôt prendre en considération leurs attentes émotionnelles par rapport à nos produits. Surtout ne pas les prendre pour des cons. Surtout ne pas leur vendre de quoi. No bullshit. Dites qui vous êtes, ce que vous faites pas ce que voudriez être et faire. Soyez vous-même. Avant, j’avais tendance à faire de grands préambules avant mes présentations, expliquer de long en large mes axes de communication en préparant le terrain à la présentation de mon concept. Je ne le fais plus. Je fonce et présente mes maquettes. Pourquoi? Parce que c’est de cette façon qu’elles se débattront sur la place publique, mes idées. Je ne serai pas derrière chacune des personnes qui se verront solliciter par ma publicité ou mon emballage à déblatérer que j’ai choisi telle typographie ou une autre pour attirer son attention; il n’en a rien à foutre. Et un concept que l’on doit expliquer est un mauvais concept ou une idée trop compliquée. Sentir les gens autant que les sonder. La différence? Si tu les sondes uniquement, ils te diront ce qu’ils leur plaisent tout en restant à l’intérieur du cadre, par contre, si tu tentes de sentir les émotions de tes clients par rapport à ce que tu fais pour eux, tu auras une meilleure idée de leurs attentes et leurs déceptions. C’est plus souvent qu’autrement dans les détails que les gens accrochent, pas sur les grande lignes. Les gens du service à la clientèle sentent plus souvent les gens que ceux du département des ventes. Ils ont les plaintes, les demandes délicates, ils sentent plus ce que les gens pensent, vraiment; parce que les clients ne font pas face à un spécialiste des ventes, mais bien à quelqu’un qui va écouter leurs doléances plutôt que les convaincre du contraire. Il est primordial pour les entreprises, d’établir un dialogue avec ses clients: fini l’ère des monologues et des pitchs de vente qui sentent le réchauffé; offrez, discutez, réagissez, décloisonnez les murs qui sont entre vous et le client. C’est à partir de ce dialogue que vous serez en mesure de mieux répondre à vos clients.
    Quand vous prendrez une gorgée de jus d’orange, au déjeuner, regardez l’emballage qui se trouve sur votre table et imaginez comment vous auriez réagi si vous aviez été Pepsi Co.