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    Archive pour août, 2008

    Mad Men.

    Quelle belle série télé que ce bijou de Mad Men. Pour ceux qui la connaissaient déjà (la deuxième saison est commencée depuis juillet), veuillez excuser mon ignorance, car je viens tout juste de la découvrir. Une série qui nous conduit au début des années 60, à New York, dans le merveilleux monde de la publicité (!). Joliment tournée, la série dépeint les moeurs de l’époque et dépeint un monde que les plus jeunes d’entre vous ne peuvent avoir connu. Ce qui est le plus bouleversant c’est de constater l’importance du tabac et de l’alcool dans chacun des épisodes, presque la totalité des personnages fument, et ce, partout où bon leur semble : train, bureau, restaurant ou clinique médicale. Dans une société comme la nôtre où les fumeurs sont devenus persona non grata, c’est tout un choc. Mad Men est le sobriquet que les gens donnaient aux personnes qui travaillaient en publicité sur Madison Avenue, à l’époque. Don Draper, un des personnages principaux de la série est le directeur de création de Sterling Cooper, une des meilleures agences de New York. Personnage complexe, il est très représentatif des hommes de la série : buveur, marié, mais très volage, sexiste et raciste. À l’opposé, son épouse, réservée, à la maison et complètement dévouée est le portrait type de la femme des années 60. Un magnifique tableau des moeurs américaines de ces années-là, quoi. L’action se déroule donc à l’agence, où le sexisme envers les employées féminines est stupéfiant, où les chassés-croisés y sont nombreux. Il faut voir s’exprimer des clients, comme Lucky Strike (cigarette) qui juge que le gouvernement est trop sévère au sujet du tabac, qui trouvent déplorable qu’ils ne puissent plus faire témoigner des médecins dans leurs pubs, vantant les mérites de leurs produits (!). On est loin des lois d’aujourd’hui. Magnifiquement réalisée par l’excellent Matthew Weiner (on lui doit aussi Les Sopranos), la série Mad Men veut le coup d’oeil. Les comédiens sont vraiment bons, le ton juste, l’atmosphère crédible, et le monde naissant de la publicité tel qu’on la connaît aujourd’hui y est superbement présenté. En passant, question de censure : la série est disponible pour téléchargement sur iTunes Music Store, mais les gens d’Apple ont censuré l’affiche en enlevant la cigarette au personnage en ombre (image ci-haut)… Par chance qu’ils n’ont pas décidé de flouer l’image à toutes les fois qu’un personnage fume…

    Byrne et Eno.

    27 ans après l’album culte My Life in the Bush of Ghosts, David Byrne et Brian Eno collaborent de nouveau sur un album: Everything That Happens Will Happen Today. Un album autoproduit sous la plateforme topspin (un site internet d’aide à la vente), disponible sur internet en plusieurs formats. Je suis un grand fan de David Byrne. Leader du défunt groupe culte Talking Heads, Byrne est un artiste multidisciplinaire : musicien, producteur (on lui doit l’étiquette multi-ethnique Luakabop), peintre, sculpteur, designer (il faut voir les derniers supports à vélo réalisés pour la ville de New York) et auteur (son blog est très intéressant). Je ne ferai aucune critique du disque puisque, de toute façon, elle ne sera pas objective. J’allais oublier son acolyte Eno, faut-il absolument que je vous le présente? Producteur, arrangeur de Genesis, King Crimson, Kraftwerk, Bowie, U2, Coldplay, etc. Véritable artiste du son, Eno est un incontournable. Je reviens un peu sur l’album My Life in the Bush of Ghosts : à l’époque l’art du sampling était embryonnaire : le disque avait été fait à partir de collages ethniques enregistrées aux quatre coins du globe. Le disque a d’ailleurs été réédité l’année passée et n’avait pas pris une seule ride. L’album est encore dans mon top 10. Pour le disque Everything That Happens Will Happen Today, on retrouve cette envie de créer des environnements sonores différents : échantillonnage, bossa-nova, country. Il existe une version « de luxe » avec un super emballage créé par Stefan Sagmeister. Un seul regret, je n’ai jamais vu David Byrne en spectacle… mais il sera à Montréal en octobre. Comme je préfère les remords aux regrets, y a de grosses chances que je sois au Metropolis, le 30 octobre prochain!

    Votre logo sent la boule à mite?

    C’est impressionnant de voir à quel point certaines entreprises ont de la difficulté à se laisser convaincre de revitaliser un peu leurs logos. Même si ces entreprises sont pourtant souvent prêtes à se faire suggérer des nouveaux trucs, des concepts qui sortent de l’ordinaire, de nouvelles approches, mais lorsque vient le temps de parler du logo: niet, on n’y touche pas! La plupart des raisons évoquées pour refuser une telle opération sont une question d’identité ou de référence même si, à la base, les modifications suggérées sont pour la plupart pratiques ou esthétiques. Pourquoi une telle résistance alors que la plupart des grosses pointures mondiales ont toujours revampé petit à petit leurs signatures. Jamais dramatiquement, bien sûr, mais subtilement. Des marques prestigieuses comme Nike, Coca-Cola, Sony ou Ford (mon exemple) ont tour à tour adouci leurs courbes, amélioré un crénage, rajeuni une typographie, modifié une couleur. Pourquoi le font-elle? Pour suivre la parade. Pour rester jeune, pour s’adapter aux nouveaux médias, parce que les technologies changent tout autant que les tendances. Combien de logos se sont soudainement retrouvés sans saveur lorsque diffusés sur internet ou à la télévision? Une entreprise se doit de démontrer à sa clientèle qu’elle évolue, qu’elle est en avant de la parade et qu’elle s’adapte, sinon le message qu’elle envoie est clair : l’immobilisme est notre marque de commerce. Quand je parle de revamper une marque, je ne parle pas ici de complètement effacer ce qui a été fait, mais plutôt de moderniser celle-ci, lui redonner un second souffle. La plupart de ces changements sont souvent très simples, mais font toute la différence. Pas trop pour ne plus reconnaître la marque, mais assez pour la raviver. Bien sûr qu’il y a des coûts reliés à une telle opération : honoraires, réimpression des principaux outils de communications et d’affichage, etc. Mais comme les changements sont rarement drastiques, la cohabitation de l’ancienne et de la nouvelle identité se vit de façon très souple. Alors si votre logo sent la boule à mite ou semble sortir directement d’une émission de Symphorien, serait peut-être le temps d’y faire faire un petit shampoing…

    Procrastination.

    Aux amateurs de « pourquoi faire aujourd’hui ce que l’on peut remettre à demain »… un petit bijou d’animation qui nous rappelle que, parfois, tout nous semble plus intéressant à faire même les choses les plus inutiles, plutôt que le travail que l’on a à abattre. Cela ne vous rappelle pas un certain samedi matin devant votre tondeuse à gazon ? Pour ceux qui ne connaissaient pas le mot procrastination, ce film est une belle façon d’en apprendre un peu plus et, qui sait, se reconnaître dans certaines situations.

    P.S. En passant, si vous êtes au travail et que vous regardez le film, vous êtes en état de procrastination. Profitez-en!

    The Brand Gap.

    Il y a toujours eu des tendances et des modes au niveau marketing, du « one to one costumer » des années 90 au branding d’aujourd’hui, se sont mélangées plusieurs notions comme celles du guérilla et buzz marketing. Sauf que jamais notion n’aura été autant nébuleuse et mal comprise, pour les entreprises, que celle du branding. Le printemps passé, j’ai assisté à une conférence à Montréal sur ce sujet et bien que rien de nouveau ne nous a été présenté, ce qui m’a le plus surpris est la mauvaise interprétation de ce que le branding signifie pour les gens. En fait, la confusion vient plus souvent qu’autrement quant à l’utilisation du mot. Commençons par dire ce que ce n’est pas en premier. Un branding n’est pas un logo, ni la déclinaison graphique d’une entreprise. Ce n’est pas non plus un produit. Le branding est ce que les consommateurs vivent par rapport à votre entreprise. Sentimentalement. L’expérience globale. Ce n’est pas ce que vous dites que vous êtes, mais bien ce qu’eux disent ce que vous êtes. Nuance majeure. On peut toujours tenter d’influencer par nos communications, mais ultimement c’est le client qui décide ce que vous représentez pour eux. Plus facile en théorie qu’en pratique. Cela rejoint un peu ce dont j’avais mentionné lors de ma lecture du livre Lovemarks de Kevin Roberts, où les gens vivent quasiment une relation d’amour avec leurs marques préférées. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur le branding, des livres pas mal intéressants sont disponibles, dont un vraiment très bien fait, The Brand Gap. Ce n’est pas un livre récent (2003) mais il a la grande qualité d’être simple et concis. L’auteur Marty Neumeier démystifie la notion par des exemples clairs brillamment illustrés et explique comment créer une grande marque. À ma connaissance, il n’a pas été traduit en français.

    The Brand Gap par Marty Neumeier

    Philosophie du lundi.

    Artiste, moi? Jamais! Vraiment? Ben, un peu… Quoique un peu plus… heuuu… beaucoup, finalement.

    Étrange comme les choses changent dans une vie. Prenez par exemple l’image que j’ai de moi-même par rapport à ma profession. Quand j’ai débuté dans le métier, il y a une chose que je n’étais pas capable d’entendre à mon sujet : « haaa, vous êtes un artiste? », ou, « vous, les artistes… ». Je me débattais haut et fort. Je criais au monde entier que je n’étais pas un artiste! J’étais plus que ça. J’étais un communicateur. Un publicitaire. Un consultant. MAIS surtout pas un artiste. Parce que la notion d’artiste me semblait péjorative. Parce que, selon moi, un artiste n’en faisait qu’à sa tête, ne se basait que sur son pif, ne prenait aucune critique; bref, il manquait de professionnalisme. Pour moi, la différence était majeure entre un designer graphique et un artiste. Surtout vis-à-vis le client: l’artiste n’en avait pas : il avait des admirateurs ou des collectionneurs. Cela m’a pris presque 25 ans avant de réaliser que, finalement, je l’aime bien ce chapeau d’artiste dont l’on m’a coiffé. Que maintenant si un client me traite d’artiste, je trouve cela plutôt flatteur! Après des années de reniement me voilà serein devant l’évidence : ben oui, dans le fin fond, un graphiste c’est un artiste. Pas de la façon dont je le décrivais précédemment, mais plutôt comme un individu qui cherche à créer et briser les paradigmes qui nous entourent, qui cherche à réinventer; une personne dont la routine rend morose. Je pense que ce changement majeur de perception, par rapport à mon métier, vient en grande partie des observations que je fais des autres qui pratiquent le même métier que moi. Dans une certaine mesure, le métier de graphiste, designer graphique ou de communicateur a tellement changé depuis l’avènement des ordinateurs que la notion même du métier a changé. Auparavant, on était un dessinateur publicitaire. On devait avoir le talent de créer, de dessiner. Par la suite, il a fallu se mettre à conjuguer avec les nouvelles technologies. Qui dit technologie, dit production, dit série. Une certaine conformité s’est établie. On reconnaissait de plus en plus, dans le travail des graphistes, le logiciel qu’ils utilisaient afin de réaliser une production; on pouvait savoir la version du dit-logiciel par la façon d’utiliser certaines nouveautés rajoutées dans cette mouture. On dénote depuis quelques années un grand retour de l’illustration, des techniques manuelles, de créations se rapprochant plus des techniques mixtes de l’art que du graphisme par ordinateur. Peut-être parce que les « vrais » graphistes en ont marre d’être comparés aux spécialistes du copier-coller. Que les professionnels du métier veulent faire un pied de nez aux gens qui s’improvisent en leur disant : « OK, vous voulez jouer dans la cour des grands, suivez-nous! »; comme un skieur extrême qui amènerait un skieur du dimanche à une petite randonnée « free skiing » où la technique fait la différence. Un retour aux sources, quoi. Qu’on ne m’étiquette pas de traditionaliste : je ne me passerais plus jamais de mon mac même si j’aime bien encore griffoner et donner vie à une idée sur du papier. Finalement, il ne me manque que le chevalet, le béret et le foulard. Parce que moi, vous savez, je suis un artiste. Haa…? Et moi qui vous croyais graphiste… Vraiment? Ben, je le suis un peu… quoique un peu plus… heuuu… beaucoup, finalement. Comme les temps changent.

    Le crayon à l’oeuvre: série d’auto-collants créé pour le fromage Tortillo. Fait entièrement à la main, oui oui, c’est pas beau ça?

    iMarc ou la vie est belle sans Bell.

    Un mois. J’ai pu me retenir un mois. Un mois exactement. Depuis le 11 juillet , en fait que cela me titillait. Le mac évangéliste en moi était en sevrage… jusqu’à samedi dernier. J’ai couru chez Rogers me procurer mon iPhone! Enfin. Le téléphone le plus évolué, le plus sexy, le plus techno était enfin à moi! D’une pierre, deux coups je me débarrassais de mon Motorola (avec l’écran qui disparaît au soleil… remarquez que je n’ai pas eu trop de misère avec ce problème, cet été) mais tout autant de Bell. En changeant pour un iPhone, je devais changer de fournisseur de réseau. Apple ayant décidé d’avoir un fournisseur unique par pays et Rogers étant le seul à offrir la technologie 3G au Canada, je devais me résoudre à quitter Bell. C’est de l’ironie, bien sûr. En fait, j’étais très heureux de. Pourquoi? Parce qu’à plus d’une occasion, ils ont réussi à m’extirper le plus de dollars qu’ils pouvaient par des frais supplémentaires et me faire mourir en ligne avec un service à la clientèle déficient. Émilie (la chipie robotisée qui vous fait patienter en tentant de vous trouver un conseiller), je te quitte… juste un peu, quand même, puisque mon accès internet et ma ligne téléphonique sont encore hébergés chez vous… mais il y a comme une brèche de créée. Puisque l’on parle de Bell, ils ont changé leur logo la semaine passée. Que dire? Qu’ils ont tenté de revenir à la base, mais sans succès? Originalement conçu très sobre (par Frédéric Metz – quel designer et communicateur! – il me semble…), le logotype de Bell avait été remplacé dans les années 90 par l’affreux personnage avec un cerceau autour du crâne et une version italique de la typographie originale. C’était moche et de mauvais goût. Là, on revient à la base avec un logotype plus simple, mais le choix typographique ne me revient pas. Je suis un mauvais juge? Peut-être. Cela vous démontre les limites et la complexité d’une marque. Ma mauvaise expérience avec Bell ne me fait guère apprécier ses communications. Son slogan « La vie est Bell » n’a aucun impact sur moi, parce que, pour moi, la vie est mieux « sans » Bell. Aucune publicité, slogan, redesign ne me fera changer d’avis. La vie d’une marque est fragile et complexe. Une compagnie a beau tenter de rattraper le coup, tenter de reconquérir, son histoire d’amour avec sa clientèle tient plus à une expérience globale qu’à un voeu pieux publicitaire. Ma vie est belle quand je ne reçois pas de surfacturation de mon fournisseur de cellulaire. Ma vie est belle quand on répond à mon appel de service avant 1 heure. Ma vie n’est pas plus belle parce que l’on me dit que la vie est belle. La vie est belle parce que j’ai mon iPhone.

    Y = ax + b

    Quelques chiffres intéressants, parus dans la section « Crunch » du magazine Marketing du 28 juillet, sur la génération Y :

    27 — L’âge moyen de l’Y au Canada (né entre 1977 et 1986) (… vous en connaissez ou vous vous reconnaissez?)
    9 — Le nombre de pseudonymes utilisés par un seul Y (… cela donne une bonne idée de son intérêt pour la technologie)
    26 —
    Pourcentage d’Y qui pensent que la sécurité d’emploi est importante (attendez de lire la suite…)
    47 —
    Pourcentage d’Y habitant encore chez papa et maman (oups… facile à comprendre: relire la phrase du dessus)
    23,000,000 —
    Le nombre de messages (média) auxquels l’Y aura été confronté avant ses 21 ans (… impressionnant, non?)
    31 — Pourcentage des Y qui trouvent que télécharger de la musique gratuitement est du vol (…)
    62 —
    Pourcentage des Y qui pensent que pirater une coupole de télé satellite est du vol (… étrange cette dualité par rapport au téléchargement de pièces musicales, non?)
    74 —
    Pourcentage des 14-29 ans qui pensent que l’humour est indispensable en pub (… quand on pense aux 23 millions de messages cités précédemment, cela vous donne une bonne idée à quel point ils sont difficiles à impressionner…)
    30 —
    Pourcentage des jeunes qui regardent des annonces en ligne (… c’est énorme! Cela veut dire que si votre publicité est bonne, le jeune décidera de lui-même de la visionner… à nouveau!)

    Tiré de Marketing — 28 juillet 2008

    Victor a perdu son papa.

    L’illustrateur et artiste de Montréal, Vittorio Fiorucci n’est plu. Le plus célèbre des affichistes québécois est décédé le 31 juillet dernier à l’âge de 75 ans. On lui doit entre autres, Victor, le petit bonhomme vert du Festival Juste Pour Rire, mais plus de 300 affiches dont certaines, très célèbres, créées pour le cinéma québécois, l’Opéra de Montréal, etc. Son œuvre était appréciée mondialement et lui a valu de nombreux prix internationaux. L’Encyclopédie Universalis le reconnaît comme l’un des meilleurs affichistes au monde. Son style clair, ses couleurs vives et son humour ont toujours été la marque de commerce de ses créations. Il a réussi à développer un style unique et reconnaissable, qu’il a fait évoluer avec les années. J’ai eu la chance de le rencontrer pendant mes études universitaires et d’assister à une conférence. Très fort en gueule, il avait réussi à impressionner les jeunes designers en herbe que nous étions à l’époque, par son franc parler mais aussi pour l’aura qui se dégageait du personnage. Très peu d’artistes réussissent à faire une carrière à la fois artistiquement impeccable et commercialement réussie; lui a réussi à être reconnu tout en étant populaire. On admirera encore longtemps les oeuvres de Vittorio; même si Victor, le 31 juillet a crié: Papa, c’est finiiiiiiiiiiii !